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LA CONCEPTION UNITAIRE DES FORCES

L'électricité, la lumière, la chaleur, etc., seraient des manifestations diverses de Ténergie.

L'idée que l'énergie pourrait être indestructible est d'origine assez récente. Le dogme de sa conservation ne compte guère, en effet, qu'un demi- siècle d'existence.

Jusqu'à Tépoque de sa découverte, la science ne connaissait qu'un seul élément permanent, la matière. Depuis soixante ans elle en possède, ou croit en posséder, un second, Ténergie.

Le principe de la conservation de l'énergie se présente sous une forme si imposante et si simple, il répond tellement à certaines tendances de notre esprit que l'on supposerait volontiers qu'il attira vivement l'attention le jour même où on l'énonça. Toute autre fut sa destinée. Pendant dix ans il ne se rencontra pas dans l'univers un seul savant acceptant de le discuter.

En vain son immortel auteur, le docteur Mayer, d'Heilbronn, multipliait ses mémoires^ et ses expériences. Elles ne trouvèrent aucun écho. Mayer mourut de désespoir et îçnoré à ce point que, lorsque Helmholtz refit, quelques années plus tard, la même découverte, en se basant uniquement d'ailleurs sur des considérations mathématiques, il ne soupçonnait même pas l'existence de son prédécesseur. L'esprit critique est une faculté si rare que les idées les plus profondes, les expériences les plus convaincantes, n'exercent aucune influence tant qu'elles ne sont pas adoptées par des savants jouissant du prestige d'une autorité officielle.

Il arrive néanmoins à la longue qu'une idée nouvelle finit par avoir pour défenseur un savant possédant ce prestige, et alors elle fait rapidement son

1. Le premier mémoire de Mayer : Bemerkungen tiber die Kraefte der iinbelehten nalur a élé publié en 184S. Son dernier Bemerkungen ùher dm Mechanische Aequivalent der Waerme (Remarques sur l'équivalent mécanfque de la chaleur), a été publié en 1851.

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chemin. Dès que la grandeur de Tidée de la conservation de l'énergie fut comprise par l'un d'eux, elle eut un immense succès.

Ce furent surtout les discussions de W. Thomson et les expériences de Joule, confirmant les résultats de Mayer sur l'équivalence de la chaleur et du travail, qui attirèrent l'attention des spécialistes. Toute l'armée des ouvriers de la science s'abattit sur ce sujet et, en peu d'années on arriva à proclamer, sur des bases d'ailleurs assez étroites, l'unité et l'équivalence des forces physiques.

Cette généralisation dérivait d'expériences qui, en réalité, ne la contenaient pas. On la déduisit d'abord, des recherches faites pour déterminer l'élévation de température produite dans un liquide par la chute d'un poids tombant d'une hauteur donnée. On constata que pour élever de 1 degré la température de 1 kilogramme d'eau et produire ce qu'on appelle aujourd'hui une grande calorie, il fallait faire tomber d'une hauteur de 1 mètre un poids de 425 kilogrammes. Ce chiffre de 425 fut qualifié d'équivalent mécanique de la chaleur.

On constatait simplement, dans cette expérience et celles du même ordre, que les diverses formes d'énergie peuvent se transformer en travail mécanique; mais cela n'indiquait nullement de parenté entre elles. On peut, en faisant tourner une machine par le bras de l'homme, par la vapeur, le vent, l'électricité, .etc., produire le môme travail, bien que les causes en soient visiblement fort différentes. Parler de l'équivalent mécanique de la chaleur, signiûe uniquement qu'avec 425 kilogrammes tombant de 1 mètre on élève la température de 1 kilogramme d'eau de 1 degré. En réahté la chaleur ou une forme quelconque d'énergie équivaut au travail à peu près comme une pièce de vingt sous équivaut à la livre de bœuf qu'elle permet d'acheter.

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