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LA CONCEPTION UNITAIRE DES FORCES

ans à en soupçonner la portée. Son idée géniale fut justement de comparer une chute de chaleur à une chute d'eau, et tous les progrès postérieurs oni consisté à reconnaître que les diverses formes de l'énergie obéissaient, dans leur distribution, aux lois qui régissent Técoulement des liquides. Voici d'ailleurs exactement ce qu'écrivait Carnot :

« La production de la puissance motrice est due, dans les machines à vapeur» non à une consommation réelle du calorique, mais à son transport d'un corps chaud à un corps froid, c'est-à-dire à son rétablissement d'équilibre, équilibre suppose rompu par quelque cause que ce soit, par une action chimique telle que la combustion ou par toute autre.

«... On peut comparer la puissance motrice de la chaleur à celle d'une chute d'eau : toutes deux ont un maximum que l'on ne peut pas dépasser quelle que soit d'une part la machine employée à recevoir l'action de l'eau et quelle que soit de l'autre la substance employée à recevoir . l'action de la chaleur; la puissance motrice d'une chute d'eau dépend de la hauteur et de la quantité du liquide ; la puissance motrîce de la chaleur dépend aussi de la quantité de calorique employé, et de ce que nous appellerons la hauteur de sa chute, c'est-à-dire de la différence de température des corps entre lesquels se fait l'échange du calorique ^. »

Carnet ne fut pas un expérimentateur. Son bref mémoire est basé sur de simples raisonnements, et il se ramène dans son essence au court passage que je viens de citer.

Et pourtant, par le fait seul que son principe fut compris, la science théorique et pratique du dernier siècle fut entièrement bouleversée. Un physicien ou un chimiste n'énonce plus une proposition nouvelle sans vérifier d'abord si elle n'est pas eu contradiction avec le principe de Carnot. On peut dire que jamais théorie si simple n'eut des conséquences si profondes. Elle servira toujours à montrer le rôle prépondérant des idées directrices dans l'évolution scientifique et à quel point est lente l'acquisition des généralisations les plus élémentaires.

1. Sadi Carkot. Réflexions sur la puissance motrice du feu, 1824, pp. 6 et 15.

Le second principe de la thermodynamique a, en réalité, plus d*importance que le premier, dont il est d'ailleurs fort indépendant. Alors même que l'énergie ne se conserverait pas, sa distribution se ferait toujours, au moins dans la très immense majorité des cas, suivant le principe de Garnot.

La généralité de ce principe permet de l'étendre à tous les phénomènes de l'univers. Il règle leur marche et les empêche d'être réversibles, c'est-à-dire les condamne à se faire toujours dans le même sens et à ne pouvoir, par conséquent, remonter le cours du temps. Si une puissance magique plus grande encore que celle des démons du mathématicien Maxwell, obligeait les édifices moléculaires à repasser par leurs états antérieurs, elle ramènerait lentement le monde en arrière, l'obligerait à remonter le cours des âges, et forcerait ainsi ses habitants à revêtir successivement toutes les formes antérieures sous lesquelles ils se manifestèrent pendant la succession des temps géologiques.

Le principe de Garnot fut complété par celui dit de la moindre action, ou principe de Hamilton, qui fait connaître le chemin que suivent des molécules sollicitées par une force pour se rendre d'un point à un autre. Il nous dit que ces molécules peuvent prendre une seule direction, celle qui demande le moindre effort. G'est encore là un de ces principes d'une simplicité très grande et dont la portée fut cependant immense. Reprenant la forme donnée plus haut par nous au principe de Garnot que les fleuves descendent vers la mer et ne remontent pas leur cours, nous pouvons y ajouter qu'en vertu du principe de la moindre action, les fleuves se dirigent vers la mer par le chemin qui demande à l'écoulement de l'eau le moindre effort, c'est-à-dire celui de la plus grande pente.

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