THEORIE DE L EVOLUTION II
seulement apparaissent les Insectes, et parmi ceux-ci les groupes à métamorphoses incomplètes précèdent ceux à métamorphoses complètes. Dans un même ensemble de formes, on constate encore cette progression dans le développement. Les Ammonitidés du carbonifère, comme les Goniatites, ont une ligne suturale simple, elle se complique chez les genres du trias, comme les Cératites, enfin la complication devient extrême et la richesse des formes distinctes extraordinaire jusqu'à l'extinction complète du groupe.
Théorie de rÉvolution. — Ces faits de développement progressif ont été longtemps regardés comme dépourvus de signification. Il en a été ainsi tant qu'on a considéré les faunes qui se sont succédé sur notre planète, comme indépendantes les unes des autres, comme résulant de créations distinctes et répétées. Lamarck et Geoffroy-Saint-Hilaire soupçonnèrent les premiers que les animaux fossiles sont les ancêtres de nos animaux actuels, que ceux-ci en sont sortis par des modifications successives des espèces. 11 a fallu la puissante impulsion donnée par Darwin auxidées de transformisme pour faire entrer définitivement ce principe dans la science paléontologique.Nous n'avons pas à rechercher ici le sort qui attend le darwinisme, c'est-à-dire l'ensemble des théories propres à Darwin; nous n'avons pas à montrer que, si la sélection naturelle peut expliquer comment les modifications utiles se conservent, les causes de ces modifications restent encore obscures. Les idées transformistes biront des changements; les naturalistes chercheront plus en plus à démontrer l'influence des milieux et étudieront méthodiquement et scientifiquement cette luence. Les principes de Lamarck et de Darwin s'uni-
12 LA PALEONTOLOGIE
ronten une synthèse féconde, comme le montrent déjà les importants travaux de M.Cope en Amérique*, Mais ces questions sont en dehors de notre sujet. Nous rete^ nons seulement ici l'idée d évolution pour l'appliquer à rétude des formes fossiles. Ces formes doivent être considérées comme unies aux formes actuelles par un lien génétique. Il y a une tendance manifeste pour chaque type à se modifier de plus en plus, et les formes les plus compliquées dérivent des formes les plus simples. Cela n'est vrai cependant que d'une manière générale, et sous rinfluence de conditions particulières, il peut y avoir arrêt de développement et régression.
Formes persistantes. — Qyand on considère l'ensemble des fossiles et qu'on les compare les uns aux autres ou aux espèces actuelles, alors se dégagent de toutes ces observations un certain nombre de faits généraux qui démontrent l'existence d'une évolution. L'un des plus remarquables est la persistance d'un certain nombre de formes à traverslesdivers âges géologiques. Les Lingule, les Discines se sont perpétuées depuis les temps primaires jusqu'à l'époque actuelle sans modification sensible, bien qu'elles aient émis en quelque sorte des rameaux d'où sont sorties des formes nouvelles. Les Nautiles ont persisté de la même manière. Dans nos mers actuelles, on trouve des Térébratules à peine différentes de celles de la craie blanche. Dans les grandes profondeurs océaniques, on a constaté l'existence de Crustacés rappelant singulièrement les Éryons jurassiques et aussi des Oursins à plaquettes mobiles comme cer taines espèces de la craie, et les Oursins paléozoïques
■ 1 Voir Copc : Origin oftbe Fittert, New-York, 1887.