TROISIÈME LEÇON
Espagnols, Italiens et Gaulois; CuUistes, précieux ht burlesques. — Boileau. ~ Réaction de l'esprit bourgeois contre la. littérature aristocrati(iue. — Les Satires et la première époque de là vie de Boileau. — Formation de l'idéal classique. -^ L'imitation de la nature. — L'autorité de la raison. — L'imitation des anciens. — Du fondement de l'imitation des anciens dans la doctrine de Boileau. — La religion de la forme. — Troisième époque de la critique, ou les règles fondées en nature et en raison.
Messieurs,
Je vous disais l'autre jour, en vous parlant de Chapelain — et j'insistais même sur ce point à propos de la règle des trois unités, — qu'autant que des anciens, Chapelain, dans ses œuvres comme dans sa critique, avait été l'imitateur ou l'élève des Espagnols et des Italiens. Tout en effet, vous le savez sans doute, était alors à l'Italie ou à l'Espagne, si je puis ainsi dire; la littérature elle-même comme les modes ; et Chapelain, qui pouvait bien être homme à guider les cou-
rants, comme nous Tavons vu, ne l'était pas à les remonter. Or, les Italiens, à ce moment de leur histoire, c'était le cavalier Marin, l'auteur de cet Adone que Chapelain lui-même avait débuté par louanger dans une préface mémorable; c'était un certain Bartoli, que j'avoue que je n'ai point lu, mais que je vois qu'on appelle, d'un nom assez significatif, le « Marini» de la prose; et les Espagnols, c'était l'auteur de Don Quichotte, qui est aussi celui de Persile et Sigismonde, mais c'étaientsurtout les Conceptistes et les Cultistes, un certain Ledesma; et un autre encore plus illustre, dont le nom est devenu synonyme d'emphase et de galimatias, je veux dire le fameux Gongora.
Sur tous ces personnages, et sur le caractère de leurs œuvres, vous trouverez de nombreux renseignements, pour les Espagnols, dans VHhtoire des Idées littéraires en Espagne au xvii^ siècle de M. Menendez y Pelayo ; vous en trouverez pour les Italiens — et sur le Marinisme en particulier, dont il ne fait pas le chapitre le moins original, — dans l'excellente ou plutôt dans la remarquable Histoire de la Littérature italienne de Francesco de Sanctis. Il ne manque pas d'autres histoires de la littérature italienne : il y en a de plus volumineuses; il y en a, comme on dit aujourd'hui, de plus « documentées », qui contiennent plus de faits, plus de titres, plus de dates, plus d'analyses; il n'y en a pas, à mon gré, de meilleure, de plus philosophique, ni de plus agréable à lire que celle de de Sanctis.... Pour nous, et pour notre objet, sans entrer dans plus de détails, il nous suffît ici que, d un consentement unanime, si les Marini et les Bortoli sont les maîtres de la préciosité^ les Le-
desma et les Gongora le soient, eux, de l'emphase et de l'amphigouri.
Emphase ou Préciosité^ ce que ces deux défauts de Tesprit et du style ont de commun entre eux, c'est de chercher dans la surprise ou dans l'étonnement, qu'ils confondent avec l'admiration, le principe de la beauté. On veut se « distinguer », se tirer de la foule; on veut dire des choses « qui ne s'attendent point » ; et l'originalité qu'il n'est jamais facile, ni même toujours possible, de mettre dans les choses que l'on dit, parce qu'il faut avoir quelque chose à dire, on la met, on essaye au moins de la mettre dans la manière dont on dit les choses, dans l'usage imprévu que Ton fait des mots, dans le tour de la phrase. En voici quelques exemples :
Mais je me sens jaloux de tout ce qui te touche,
dit l'amoureux Pyrame à son amie Thisbé, dans la tragi-comédie du poète Théophile,
Les fleurs que sous tes pas tous les chemins produisent Dans l'honneur qu'elles ont de te plaire me nuisent; Si je pouvais complaire à mon jaloux dessein, J'empêcherais tes yeux de regarder ton sein; Ton ombre suit ton corps de trop près, ce me semble ..
et Balzac, à son tour, dans la lettre au cardinal de la Valette, si souvent citée : « Présentement, au mois où nous sommes, je cherche tous les remèdes imaginables contre la violence de la chaleur. J'ai un éventail qui lasse les mains de quatre valets, et fait un vent dans ma chambre qui ferait des naufrages en pleine mer. » Lisez encore les lettres ou les petits vers de Voiture,
Ainsi parlait-on à l'hôtel de Rambouillet. Il y a seulement cette différence, ou cette nuance, que tandis que les uns, les précieux, cherchent plutôt leurs effets dans la subtilité des pensées et dans le raffinement de l'expression, les autres les demandent plutôt à l'énormité des hyperboles ou à l'ampleur des mots :
Je chante le vainqueur des vainqueurs de la terre....
Balzac est plus « emphatique », et Voiture est plus « précieux », mais le grand Corneille a souvent trouvé le secret d'être à la fois l'un et l'autre....
Impatients désirs d'une illustre vengeance, A qui la mort d'un père a donné la naissance, Enfans impétueux de mon ressentiment....
Si d'ailleurs vous étiez curieux de bien préciser la nuance, la recherche en serait intéressante, et même le sujet serait à peu près neuf. Tout le monde en effet a parlé des Précieuses, des dames de Rambouillet et de l'illustre Sapho ; elles ont défrayé des volumes; mais on n'a oublié que de nous dire ou d'essayer de nous dire ce que c'est que la Préciosité.
Dès à présent, nous pouvons mesurer la grandeur du service qu'allait rendre Boileau, rien qu'en se mettant en travers de ce double courant. Mais, avant d'y venir, il faut encore noter, qu'en dépit de l'Espagne et de ritahe, comme en dépit de la Pléiade, ni la préciosité ni le cultisme n'avaient triomphé d'un vieux fonds gaulois, qui subsistait donc toujours, et qui s'épanouissait librement en inventions burlesques, ou grotesques, ou peut-être tout simplement grossières, telles que VHistoire comique de Francion de Charles
Sorel (1632), la Rome ridicule du sieur de Saint- Amant (1643), ou le Virgile travesti de Scarron, (1648). J'emprunte une strophe au second de ces trois
Il vous sied bien, monsieur le Tibre, De faire ainsi tant de façon, Vous dans qui le moindre poisson A peine a le mouvement libre; Il vous sied bien de vous vanter D'avoir de quoi le disputer A tous les fleuves de la terre, Vous qui, comblé de trois moulins, N'oseriez délier en guerre La rivière des Gobelins....
Il y en avait sur ce ton un peu plus de mille vers ; et, aux environs de 1640, c'était là ce que l'on appelait de l'esprit ; et quand on voulait rire, c'était à cela que l'on se délassait.
Entre les trois directions qui s'ouvraient devant lui, Boileau, lui, allait prendre la quatrième, sur les traces de l'auteur des Lettres Provinciales. — Vous savez que, dans toute la langue, il n'y avait pas de livre dont il fît plus de cas —
fils d'un père greffier, né d'aïeux avocats,
parmi lesquels ce serait miracle qu'il ne se fût pas glissé quelques procureurs où quelques sous-greffîers ; bourgeois de Paris, comme Poquelin et comme Arouet, bourgeois né dans la Cité même, dans la cour du Palais, au centre et dans l'antre de la chicane et de la basoche; ce que Boileau représente avant tout dans la critique et dans la littérature du xvii® siècle, ce qu'il
^'^"^ représente, et à tous égards, d'une manière éminente, c'est l'avènement de l'esprit bourgeois.
Remarquez en effet qu'avant lui, qu'avant Molière et qu'avant Pascal — dont il convient ici de joindre les noms au sien, — la littérature est essentiellement aristocratique. Elle l'est, par l'habituelle affectation de gentilhommerie dont les écrivains se croient tenus; elle l'est, par la qualité du public auquel ils s'adressent, que ce soit le public restreint des gens de cour ou le public à peine un peu plus étendu des ruelles où l'on singe la divine Arthénice; elle l'est enfin, et vous venez de le voir, par la nature même de ses défauts. Pour comprendre et pour goûter les Lettres de Balzac, il y faut une éducation spéciale, comme pour se complaire aux plaisanteries de Scarron, comme pour entendre les « règles » de Chapelain lui-même. Je veux dire, qu'appuyées comme elles sont sur l'autorité des anciens ou sur celle des Italiens, de Vida, de Robortelli, de Scaliger, de Gastelvetro, ne pouvant être contrôlées que par des érudits, elles ne peuvent donc être acceptées et intelligemment pratiquées que par eux. Mais, avec Pascal, avec Molière, avec Boileau, l'esprit bourgeois prend conscience de sa force; il s'oppose à l'esprit aristocratique des salons et des ruelles; il s'émancipe de la protection du grand seigneur ou du financier, et conséquemment de Tobli* gation de leur plaire. Bientôt même il ne craindra pas, dans les Satires et dans la comédie, de s'atlaquer presque de front aux partisans et aux marquis :
Que George vive ici, puisque George y sait vivre, Qu'un million comptant, par ses fourbes acquis, De clerc, jadis laquais, a fait comte et marquis....
BOILEAU-DESPRÈAUX. 93
C'est ce que je veux dire, en insistant d'abord sur ce fait que Boileau est un bourgeois de Paris; qu'il l'est de naissance et d'éducation; qu'il l'est d'instinct et de goût; qu'il en a l'humeur indépendante et brusque, volontiers satirique, la défiance innée de tout ce qui n'est pas clair — dût-il d'ailleurs être superficiel, — la philosophie sommaire, une certaine étroitesse d'esprit, beaucoup de confiance en lui-même, dans la sûreté de son goût; et enfin cette franchise un peu rude qui est la probité du critique. Défauts et quahtés, mêlés et compensés, je ne sache pas dans l'histoire de notre littérature, je n'y trouve point de modèle plus complet, plus original et plus ressemblant de l'esprit bourgeois.
Rien de plus naturel si cette indépendance d'esprit, aidée du goût de la raillerie, commence par l'induire en satire : c'est la première époque de sa vie littéraire; étendez-la de 1660 à 1670 environ. Il daube sur les uns, il daube sur les autres; il s'en prend à Chapelain d'abord, et aux pédants en sa personne ; il s'en prend aux « grotesques ^) ; il s'en prend à Quinault, avec une liberté qui va jusqu'à son maître Corneille. Ce Tasse encore que l'on admire, et cette Jérusalem d'où sont sorties pour lui, comme d'une outre d'Éole, ^toutes les Pucelle, tous les Saint-Louis, tous les Clovis, tous les Moïse, tous les Alaric, il n'y voit que du « clinquant », que du paillon, la splendeur du faux goût italien, et il ose le dire :
Qui pourrait aujourd'hui, sans un juste mépris. Voir l'Italie en France, et Rome dans Paris?
Naturellement aussi, comme il attaque, on lui répond. Les pamphlets pleuvent et les répliques : réplique de Gotin, réplique de Boursault, réplique de Coras, réplique de Saint-Sorlin. Lui, riposte à son tour, il redouble de verve, il se pique, il s'anime, il s'encourage à la satire :
Un clerc pour quinze sous, sans craindre le holà, Peut aller au parterre attaquer Attila.... Et je serai le seul qui ne pourrai rien dire, On sera ridicule, et je n'oserai rire!
Ce qu'à Dieu ne plaise, en vérité! et la bataille s'échauffe; les coups, mieux adressés, sont plus vigoureux et plus droits ; pour le soutenir dans la lutte, il a d'ailleurs avec lui Molière, il a La Fontaine, il a Racine ; il a le public ; il aura bientôt le roi même ; et sur tous les points, ou sur presque tous, il a tellement raison, que nous nous demandons comment la victoire ne s'est pas décidée tout de suite en sa faveur, et ce qu'on attend donc pour passer à lui.
La réponse n'est pas difficile : nous sommes dans le siècle de la règle et de la discipline ; et on attend qu'il ait énoncé, ou, comme nous dirions, formulé sa doctrine. En effet, jusqu'ici, sa satire est toute encore de verve; sa critique est toute personnelle; elle ne donne point de raisons; ce qui lui déplaît est mal, et ce qui lui plaît est bien.
En vain il veut parfois faire grâce à quelqu'un, Sa plume aurait regret d'en épargner aucun.
C'est son humeur qui agit seule en lui. Il se venge en riant de l'ennui de ses lectures. Ou, en d'autres
BOILEAU-DESPREAUX. 95
termes, il ne blâme ni ne loue par principes, mais d'instinct; il a seulementle goût juste, le mot prompt, la main leste; rien de pédant, ni de calculé, ni de réfléchi, mais l'insolence heureuse de la jeunesse, au service du bon sens et de l'honnêteté littéraire. Cependant, il ne tarde pas à s'apercevoir que cela ne saurait suffire; il cherche la règle de ses jugements, il la trouve, il la traduit dans ses Épîtres et dans les vers de son Art poétique : c'est la seconde époque de sa vie littéraire; et nous pouvons l'étendre de 1670 à 1685 à peu près.
Or, il n'a pas plus tôt commencé de réfléchir, qu'il s'aperçoit que tous ceux qu'il attaquait, sans en bien savoir le pourquoi, c'est que, d'une manière, ou d'une autre, ils s'éloignent de la nature.
Tous ces pédants sont artificiels, et, si je puis ainsi dire, ils sont surtout livresques; ils traversent la vie comme sans l'apercevoir; ils se nourrissent d'une fausse érudition qu'ils vont dégorger dans le monde; puis ils retournent à leurs bouquins; et, le lendemain, de recommencer. Pour les précieux, c'est une autre afîaire, quoique ce soit au fond la même chose, mais ce ne sont pas les livres, c'est le monde, eux, qui les empêche de voir la nature. Si Chapelain la voudrait plus réglée, plus compassée, plus rectiligne, Voiture la veut plus mièvre, plus délicate et plus ornée. Celuilà trouvait la nature trop irrégulière, et celui-ci la trouve « trop frugale en ses ajustements ». Mais en quoi l'un et l'autre s'accorde, c'est à la trouver « imparfaite », et à se flatter de la « perfectionner ». Et de même aussi les grotesques, puisque, s'ils « chargent les contours » selon l'expression du temps, c'est que,
comme les précieux et comme les pédants, ils trouvent la nature « trop plate ». Les autres voulaient plaire; et eux aussi; mais d'une autre manière, en faisant rire; et, comme la caricature en est le moyen le plus simple, ou le quolibet et la turlupinade, ils se gênent, ils se torturent, ils se contorsionnent pour faire « plus drôle » que nature. Lisez plutôt Saint- Amant ou Scarron.
Et la conclusion n'est pas non plus difficile à tirer: il faut retourner à la nature ; et sans prétendre à faire mieux, plus noble ou plus plaisant qu'elle, il faut l'imiter.
Nous avons changé de méthode, Jodolet n'est plus à la mode, Et maintenant il ne faut pas Quitter la nature d'un pas.
Ainsi s'exprime quelque part La Fontaine ; et comme pour lui — comme pour Molière, comme pour Pascal ou comme pour Bossuet, — l'imitation de la nature, voilà pour Boileau la règle des règles, celle qui domine toutes les autres, qui les résume ou qui les juge, ou plutôt encore celle que toutes les autres n'ont pour objet que de nous aider à suivre.
Que la nature donc soit notre étude unique....
Car la nature plaît sans étude et sans art....
Rien n'est beau que le vrai, le vrai seul est aimable....
Il n'est pas de serpent ni de monstre odieux, Qui par l'art imité ne puisse plaire aux yeux....
Chacun pris en son air est agréable en soi.
Ces sortes de vers abondent, vous le savez, dans L'oileaii; et, ce n'est pas assez, vous le savez encore, que d'énoncer la rè^le, mais lui-même il rapplique; et, dans telle de ses Salives — le Bepas ridicule, par exemple, ou la Satire sur les femmes^ qu'il composail en 1093, — on peut se demander s'il n'a pas peutêtre, une ou deux fois au moins, poussé trop loin le naturalisme ou le réalisme de l'exécution.
Deux assiettes suivaient, dont l'une était ornée D'une langue en ragoût, de persil couronnée; L'autre, d'un godiveau tout brûlé par dehors, Dont un beurre gluant inondait tous les bords....
Qu bien encore :
T'ai-je fait voir de joie une belle animée Qui souvent, d'un repas sortant tout enfumée, Fait, même à ses amans, trop faibles d'estomac, Redouter ses baisers pleins d'ail et de tabac?
Cependant la nature est bien vaste; et, conséquemment, la recommandation de l'imiter est bien vague. Même, en un certain sens, tout n'est-il pas dans la nature? et, non seulement la laideur, mais la singularité, mais la bizarrerie, mais la monstruosité ne sont-elles pas de la nature? A plus forte raison, le caprice et la fantaisie.
Cette vie est à tous, et celle que je mène. Quand le diable y serait, est une vie humaine!
C'est ce qu'un plus grand poète exprime encore, d'une façon moins humoristique et plus vraie, quand il fait observer qu'on ne saurait sortir de la nature, l'idéaliser ou la dégrader, qu'avec des moyens qui en
Brunetière. — L'évolution des genres. 8
sont, qui en font eux-mêmes partie. Recommander l'imitation de la nature, c'est donc bien; mais ce n'est pas dire grand'chose, si l'on ne précise à son tour la nature de l'imitation; et — chacun de nous enfin ayant sa manière de voir, de sentir, de reproduire la nature — il faut convenir maintenant d'un principe qui restreigne, en s'y ajoutant, celui de l'imitation de la nature.
N Ce principe, c'est celui de l'autorité ou de la souveraineté de la raison — et, à ce propos, il se peut bien que le cartésianisme soit ici de quelque chose ; — mais Boileau n'était pas incapable de le découvrir, à lui tout seul; car, après avoir fondé les règles en nature, qu'y avait-il de plus logique et de plus conséquent que de vouloir les fonder en raison? Nous imiterons donc la nature, et nous l'imiterons fidèlement, mais nous ne l'imiterons qu'en tant que rationnelle. Considérons un peu ce que ce seul mot — dont je crains bien à la vérité que Boileau n'eût jamais voulu se servir — enveloppe de conséquences.
Cela veut dire, en effet, tout d'abord, que nous n'imiterons la nature qu'en tant que nous la trouverons ellemême raisonnable, logique et conforme à son propre plan. Par exemple, est-il naturel d'être hydrocéphale, je suppose, bec-de-lièvre ou pied bot? Non, cela n'est pas naturel, puisque c'est même une déviation du plan de structure qui est celui de l'homme. Inversion, arrêt de développement, hypertrophie de l'organe, tous ces mots qui nous disent comment les monstruosités s'engendrent, impliquent par eux-mêmes qu'elles n'ont pas raison d'exister. Pareillement, il y a des cas de tératologie morale, qui ne sont pas naturels quoi-
qu'ils soient dans la nature, et qui ne la représentent pas, mais au contraire qui la contredisent. Nous ne les imiterons pas, et nous nous souviendrons que, s'il n'est pas de serpent,
ni de monstre odieux Qui par l'art imité ne puisse plaire aux yeux;
c'est à la condition qiie, dans le « monstre » ou dans le « serpent », nous retrouvions pour ainsi dire la nature à la base, et qu'ils en soient eux-mêmes une partie.
Gela veut dire, en second lieu, que nous n'imiterons la nature qu'en tant que nous la trouverons conforme ou identique à elle-même dans l'espace ot le temps;
De Paris au Pérou, du Japon jusqu'à Rome;
en tant qu'universelle et en tant qu'éternelle. Ainsi, la manière dont on mange, avec les doigts, si vous le voulez, ou avec une fourchette; les mets que l'on mange, et la façon dont on les assaisonne, n'affectent pas, ne modifient point la nécessité de manger. Pareillement, en passant du physique au moral, sous l'habit de cour d'un grand seigneur français et sous la toge d'un Romain, les sentiments, les passions, les idées sont les mêmes, ou du moins ils ne valent la peine d'être représentés par l'art qu'autant qu'ils sont vrais d'une vérité plus générale qu'eux-mêmes, antérieure à l'expression qu'on en donne, et capable de durer plus qu'elle.
C'est ainsi que Lucile, appuyée de Lélie, ,
Fit justice en son temps des Cotins d'Italie.
A leur exemple, nous essayerons donc, dans la nature même, de discerner l'éphémère d'avec le durable, le principal d'avec l'accessoire, le contingent d'avec le nécessaire; et nous n'en imiterons que ce ({u'elle a de plus permanent.
Et cela veut dire enfin que nous ne l'imiterons qu'autant qu'elle est intelligible et accessible à tous.
Le vrai peut quelquefois n'être pas vraisemblable;
et, pour être assurés de la vérité de nos idées, il ne suffît pas que nous les concevions. Pareillement, d'avoir éprouvé nous-mêmes un sentiment, ce n'est pas une raison pour qu'il soit naturel. Il faut voir. Et, pourvoir, il faut comparer, sortir de soi, se juger du dehors, en comptant avec les sentiments des autres. Quelle que soit la diversité des opinions humaines, il y a quelques points dont tous les hommes tombent d'accord; et si changeante que puisse être notre sensibilité — non seulement d'un homme à un autre homme, mais de nous-même à nous-même, — cependant nous souffrons des mêmes peines comme nous jouissons des mêmes plaisirs. Nous nous garderons donc d'abonder dans notre sens propre. Au contraire, nous nous efforcerons de demeurer toujours en communication avec nos semblables. Nous ne leur parlerons pas de nous, mais d'eux-mêmes; et puisqu'enfîn ce qui fait le lien des sociétés humaines, c'est la raison, nous n'imiterons de la nature entière que ce que tous les hommes consf;ntiront à nommer avec nous des noms de nature et de naturel.
Suivons ces idées à l'application. — Pourquoi la Règle des trois unités? — Parce qu'il n'est pas naturel^
•fu'en trois ou quatre heures de temps, on enferme une action dont la durée réelle aurait rempli des mois, des années, ou des siècles; et parce que, d'autre part, il n'est pas raisonnable qu'on disperse à travers l'espace ou le temps un sujet dont l'effet même dépend, par hypothèse ou par définition, du degré de sa concentration. — Pourquoi la condamnation du Burlesque"^ — Parce qu'il n'est pas naturel qu'un homme, si ridicule soit-il, offre continûment à rire, quoi qu'il dise ou qu'il fasse, sans intervalle ni relâche; et parce qu'il n'est pas raisonnable de faire parler les reines comme des harengères : ce sont plutôt les harengères qui s'efforceraient à parler comme les reines. — Pourquoi la condamnation des précieux et de la Preciosïïé? — Parce qu'il n'est pas naturel qu'on emploie le langage à obscurcir la pensée, toujours assez obscure d'ellemême; et parce qu'il n'est pas raisonnable^ si l'on converse ensemble, de parler justement pour n'être pas entendu. — Pourquoi encore la proscription du Merueilleux chrétien! Parce qu'il n'est pas naturel qu'on mêle Dieu, de sa personne, aux affaires des hommes — et à quelles affaires souvent, comme dans la Jérusalem du Tasse! — et puis, parce qu'il n'est pas raisonnable^ comme dans le Clovis ou dans la Pucelle, d'augmenter le nombre des miracles à croire. C'est le janséniste ici qui perce....
Il reste seulement une dernière question : c'est à savoir qui nous assurera que les règles sont fondées en nature et en raison ? Leur constance même, répond Boileau; et c'est ici qu'intervient dans sa doctrine, comme correctif, comme complément à la fois et comme moyen, le principe de l'imitation des anciens.
On n'en a pas toujours très bien vu l'importance; et il est possible que Boileau lui-même, pour toute sorte de raisons, ne l'ait pas nettement aperçue. Je crains au moins qu'il n'y ait quelque superstition dans l'admiration qu'il professe pour Pindare, par exemple; et j*aimais mieux la franchise un peu bourrue de Malherbe. Mais ce qu'il n'a pas vu, il l'a senti d'instinct; et que, sans l'exemple ou l'autorité des anciens, il ne pourrait sauver sa doctrine du reproche d'arbitraire. C'est ce qu'il n'est pas mauvais, c'est même ce qu'il est capital de montrer.
Nous lisons donc VOdyssée d'Homère, ou VIphigénie d'Euripide, ou les Satires d'Horace. Il y a tantôt deux mille ans que l'auteur des Satires est mort; et, pour celui de VOdyssée^ qui pourra dire en quel temps il vivait? Tout a donc changé depuis eux dans le monde. Grecs e,t Romains, ils vivaient sous un autre ciel, dans une société dont la structure différait tellement de la nôtre qu'à peine aujourd'hui nos érudits sont-ils d'accord de ce qu'elle pouvait être. Ils n'avaient point de redingotes ni de pantalons, mais ils portaient la chlamyde ou la toge; ils se chaussaient de sandales ou de cnémides, et nous portons des bottes. Leurs habitations différaient des nôtres. Ils avaient des esclaves. Ni le mariage, ni la famille, ni la propriété n'étaient constitués chez eux sur les mêmes bases que chez nous. Avant d'être à lui-même, l'individu appartenait à sa communauté. Enfin, ils parlaient d'autres langues, dont il est bien vrai que la nôtre dérive, mais dont il est également vrai que nous ne pouvons nous rendre maîtres qu'à force de patience, de peine et de temps.
BOILEAU-DESPRÊAUX. 403
Et cependant, nous les comprenons! Si quelques détails nous échappent, c'est comme il nous en échappe aussi quelques-uns dans les œuvres elles-mêmes de nos contempprains et de nos compatriotes. Deux ou trois mille ans écoulés ; des guérites, des invasions ; une religion nouvelle substituée aux fictions de leur mythologie ; l'esclavage aboli, la femme émancipée de la tyrannie domestique, l'individu rendu à lui-mêm»e; l'esprit humain renouvelé, transformé par la science, rien de tout cela n'a pu faire que nous ayons cessé de les comprendre ou de les sentir. Rappelez-vous, à ce propos, les paroles de Racine, dans la préface de son Iphigénie. « J'ai reconnu avec plaisir par l'effet qu'a produit sur notre théâtre tout ce que j'ai imité ou d'Homère ou d'Euripide, que le bon sens et la raison étaient les mêmes dans tous les siècles. Le goût de Paris s'est trouvé conforme à celui d'Athènes. Mes spectateurs ont été émus des mêmes choses qui ont mis autrefois en larmes le plus savant peuple de ia Grèce, et qui ont fait dire qu'entre les poètes Euripide était extrêmement tragique. » Yoilà le fondement de l'imitation des anciens; voilà le pouvoir de la nature et de la raison ; et voilà le signe auquel nous les reconnaissons chez nos contemporains.
En effet, tandis qu'autour de nous et en nous tout changeait, il faut bien, si nous comprenons encore, si nous goûtons toujours Euripide ou Homère, il faut bien que quelque chose en nous soit demeuré le même; et, à l'expérience, il se trouve que c'est ce qu'il y avait en eux de plus universel sans doute, mais aussi de plus profond, et je ne sais en vérité si je ne puis dire de plus intime. La conséquence n'est-elle
pas bien claire? Elle l'était du moins pour Racine, et elle l'était pour Boiieau. Voulez-vous savoir si votre vision des choses, ou, comme ils eussent dit plus simplement, si l'idée que vous vous en faites est conforme à la nature et à la raison? Consultez les anciens, non point parce qu'ils sont anciens — quoique d'ailleurs on pût prétendre que, dans la nouveauté du monde, étant plus près de la nature, ils l'ont mieux attrapée, — mais parce qu'ils sont d'irrécusables témoins qu'il existe au fond de l'homme, sous la diversité des apparences, quelque chose de permanent et d'éternellement identique à soi-même. C'est en eux et chez eux que la nature et la raison ont leurs titres; c'est d'eux, par conséquent, qu'il faut apprendre à les reconnaître; et c'est d'eux qu'à notre tour nous apprendrons à imiter l'une, à réaliser l'autre, et à les égaler ou à les surpasser eux-mêmes.
Vous voyez en quel sens et dans quelle mesure on peut dire ici, qu'en dépit de la façon presque injurieuse dont il en a toujours parlé, jusqu'à lui préférer Marot, ce qui est le comble de l'injustice, ou du prosaïsme, si vous le vowlez, Boiieau n'en est pas moins, sans le savoir, le continuateur et l'héritier de Ronsard. Mais, s'il admire comme lui les anciens, il sait les raisons de cette admiration, que Ronsard et son école éprouvaient confusément, sans distinction ni choix, pour l'antiquité tout entière, avec une préférence ou une faveur marquée pour les Alexandrins, parmi les Grecs, c'est-à-dire pour les Itahens de l'hellénisme; et, parmi les Latins, pour Sénèque et pour Lucain, c'est-à-dire pour les Espagnols. Dans les anciens, ce qu'aime Boiieau, c'est la nature et c'est la raison. Et si les anciens,
comme nous le disions, lui servent d'une règle pour juger de l'expression de la raison et de la vérité de l'imitation dans les œuvres des modernes, inversement et réciproquement, l'expérience de la nature et de la raison lui servent à distinguer les anciens pour ainsi dire d'avec eux-mêmes, Euripide d'avec Sénèque, et Lucain d'avec Virgile.
Mais ce qui distingue bien plus profondément encore sa pratique ou sa critique de celle de Ronsard, c'est le prix qu'il attache à la forme ; et dont on ne saurait assurément le blâmer, dans une langue où, comme dans la nôtre, il n'y a pas de différence essentielle entre le vocabulaire de la prose et celui de la poésie. C'est en effet un dernier point que nous ne saurions omettre, en essayant de réduire, comme nous faisons, à ses principes , la doctrine littéraire de Boileau. Dans ce bourgeois il y a un artiste, je veux dire à la fois un remarquable ouvrier et un théoricien scrupuleux de son art. Poète ou non, ce n'est pas là le point, quoique, après tout, son œuvre abonde en vers heureux, en vers brillants de bon sens et de clarté, qui, s'ils sont devenus proverbes en naissant, c'est apparemment qu'ils exprimaient d'une « manière vive, fine, et nouvelle en leur temps » des vérités d'usage; et ce n'est déjà pas un mérite si commun. Il faut faire attention encore que, depuis deux cent cinquante ans bientôt passés, le vers français, aussi lui, di évolué, comme le reste ; et, puisqu'on en tient compte quand on parle de la versification de Molière ou de celle même de Racine, il en faut tenir compte également pour parler des vers de Boileau. Vous remarquerez même là-dessus que, si l'on n'en tenait pas
compte, on commettrait à son égard la même injustice qu'on lui reproche précisément — et avec raison — d'avoir commise à l'égard de Ronsard.
Mais, quand j'accorderais h ses détracteurs les plus acharnés que les vers des Satires ne valent pas ceux des Sonnets à Cassandre, et encore moins ceux des Châtiments ou des Contemplations, il faut en revanche qu'ils conviennent à leur tour que, si quelqu'un a senti le prix de la forme en poésie, c'est Boileau. Relisez ses Satires, ses Épîtres, son Ar^ poétique; relisez ses Préfaces, et en particulier la plus ample, celle qu'il a mise en tête de son édition de 1701. « Il y a bien de la différence entre des vers faciles et des vers facilement faits. Les récits de Virgile, quoique extraordinairement travaillés, sont bien plus naturels que ceux de Lucain, qui écrivait, dit-on, avec une facilité prodigieuse. » Parcourez également ses Lettres h Brossette : vous y verrez les scrupules de l'artiste. Ou encore, et comme contre-épreuve, regardez et remarquez ce qu'il attaque en la plupart de ses ennemis littéraires.
Oh ! le plaisant projet d'un poète ignorant Qui de tant de héros va choisir Childebrand.
Il avait déjà dit, dans l'épître du Passage du Rhin :
Oh! que le ciel, soigneux de notre poésie, Grand roi, ne nous fît-il plus voisins de l'Asie.
Il n'est plaine en ces lieux si sèche et si stérile Qui ne soit en beaux mots partout riche et fertile.
L'un est « plat et grossier », l'autre est « dur et pénible »; celui-ci construit son vers sans art, et
BOILEAU-UESPRÉAUX. 107
celui-là rime « sans génie ». S'il y a donc un art d'écrire, et s'il y a surtout un art de rimer, s'il y a un art de flatter l'oreille, mettons que Boileau ne l'ait pas connu ou pratiqué lui-même, il en a pourtant enseigné les leçons; et ses leçons n'ont pas été per- j/ dues, s'il est vrai, comme il aimait lui-même à s'en vanter, qu'elles aient aidé à former Racine. J'irai plus loin; et, comme sa doctrine faisait la part manifestement trop étroite à l'originalité du poète, en le réduisant à l'expression des idées communes, je dirais volontiers que, comme c'était .l'unique moyen de l'y réintégrer, peut-être a-t-il mis quelquefois trop haut le mérite de la forme.... Je livre le problème à vos méditations.
Aucune de ces idées ne devait cependant s'établir ni triompher sans soulever de nombreuses protestations, et si les querelles de personnes, Boileau contre Cotin, Gotin contre Boileau, avaient rempli, comme nous l'avons dit, les premières années de sa vie littéraire, la discussion des questions de principes en allait remplir et même un peu agiter les dernières, de 1690 à 1702.
Il est vrai qu'il avait habilement choisi son terrain. Sur la question de forme, en effet, et sur le prix qu'il y attachait, comment X^'&Précieux l'eussent-ils pu contredire? La perfection de la forme, ils l'entendaient d'une autre manière, sans doute, et, vous l'avez vu, très différente de la sienne, mais enfin, quant au principe : que les choses valent surtout de la manière qu'on les dit et par la façon qu'on y donne; ils en tombaient d'accord avec lui. C'est ce qui peut servir, en passant, à vous rendre raison de l'estime
singulière que Boileau, non seulement dans ses vers, mais dans sa prose, et jusque dans la préface de l'édition de 1701, a toujours professée pour Voiture. Il attendit d'être mort, pour en déclarer les jeux de mots «insipides », dans sa Satire sur VEquwoque\ et, en attendant, il lui savait gré d'avoir « extrêmement travaillé ses ouvrages ».
Encore bien moins pouvait-on aisément l'attaquer sur ce qu'il avait dit du pouvoir et de l'autorité de la raison :
Aimez donc la raison : que toujours vos écrits Empruntent d'elle seule et leur lustre et leur prix....
Les jansénistes seuls, au xvii® siècle, auraient pu faire un reproche à Boileau de l'excès de confiance qu'il mettait dans ce qu'ils appelaient, eux, à Port- Royal, « l'imbécillité » de la raison humaine. Mais, tous ou presque tous, ils étaient amis de Boileau, à commencer par le plus fameux etle plus considéré du parti, celui que l'on saluait alors du nom du « grand Arnauld ». D'ailleurs, s'ils se défiaient de la raison, ils se défiaient bien davantage encore de l'imagination et de la sensibilité, ces deux « maîtresses d'erreur ». Et, comme en dehors des jansénistes, il ne restait plus que les cartésiens, c'est-à-dire les plus rationahstes des hommes, ce n'était pas les Perrault ou les Fontenelle qui pouvaient songer à faire descendre la raison du rang où Boileau l'avait mise. Si donc le principe était contestable, et il l'était — en tant que l'imagination et la sensibilité sont les premières des vertus que nous devions exiger d'un poète, — il était d'accord avec l'esprit général du siècle;
et, au fait, je ne vois pas qu'aucun des adversaires de Boileau l'ait sérieusement contesté, ni qu'il en ait seulement fait mine. Chapelain lui-même ne l'eût pas pu, s'il l'eût voulu, lui, dont la Pucelle était si i^aisonnable, et, comme vous l'avez pu voir, si savamment 7^aisonnée\
Enfin, sur la manière étroite, et surtout timorée, dont Boileau avait entendu l'imitation de la nature — comme si, aussitôt après l'avoir énoncé, il eût reculé devant les conséquences de son propre principe, — il y eût eu plus, il y eût eu même beaucoup à dire. Mais, bien loin que ses contemporains pussent lui reprocher qu'il n'allait pas au bout de son principe, et qu'après avoir fait quatre pas en avant il en faisait trois en arrière, j'ai tâché de vous montrer qu'il ne leur avait justement rien proposé de plus révolutionnaire que d'imiter la nature, au lieu de s'ingénier, comme on faisait jusqu'alors, à la pei'fec donne?'; et on l'eût plutôt accusé de faire à la nature, dans sa doctrine, la part encore trop grande.
En voici, au surplus, une preuve assez éloquente : c'est qu'aussitôt que Boileau se fut retiré de la lutte, non seulement ce naturalisme, dont il avait été, avec l'auteur de la Critique de VÉcole des Femmes et de V Impromptu de Versailles , le véritable théoricien , ne gagna personne à sa cause, n'étendit même pas son droit jusqu'à faire entrer dans l'art la représentation de la nature extérieure, mais il put voir tout autour de lui la préciosité renaître ; et, dans les ruelles transformées en salons, les Fontenelle et les Lamotte reprendre la tradition des Balzac et des Voiture. Ce sera bien autre chose encore, quelques années plus
ilO l'évolution des genres.
lard, quand la marquise de Lambert, et après elle Mme de Tencin, seront devenues des puissances. Les premières années du xviiie siècle rappelleront à cet égard les premières années du xvii®. Une fois de plus dans rhistoire de la littérature, l'homme naturel disparaîtra, s'évanouira dans « l'homme du monde ». Et pour nous débarrasser d'un vice, dont les traces se voient encore, je ne dis pas seulement dans les romans de Marivaux, je dis jusque dans le Petit Carême et jusque dans VFsprit des Lois, ce ne sera pas assez des plaisanteries de l'auteur de Gil Btas et du Bachelier de Salamanque, mais il n'y faudra rien de moins que l'intervention de Voltaire. Et voilà pourquoi les ennemis de Boileau ne pouvaient pas lui faire un grief de la timidité de son naturalisme.
Que leur restait-il donc? Il leur restait à l'attaquer sur l'article de l'imitation des anciens, et, effectivement, c'est ce qu'ils allaient faire. Avec quels arguments, et d'ailleurs avec quel succès — ou plutôt avec quel insuccès, — c'est ce que nous verrons en étudiant la Querelle des Anciens et des Modernes,
19 novembre 1889