‹ L'évolution des idées chez quelques-uns de nos contemporainsChapitre 17 sur 36 · TROIS ROMANS SUR LE MARIAGE · texte numérisé non relu

TROIS ROMANS SUR LE MARIAGE

qui ne sont que des préjugés quand aucun principe ne les étaie, la morale de M"'* Favié semble n'exister plus, il apparaît aussi clairement que la morale de M™e Le Hagre n'existe pas encore. Nous en cherchons les fondations et nous trouvons des fosses vides.

Que constatons-nous? Francine sera moins dévouée que sa mère *. L'ancien magistrat Marchai, émancipateur des consciences féminines, le lui dit, et elle ne le contredit point : elle ne se doit point toute à sa fille; elle a d'abord, au contraire, sa vie et son bonheur propres à créer. Il ne s'agit pas pour elle, comme pour la Nora d^Ibsen, de délivrer et de grandir son âme, mais de découvrir un nouveau mari qui la console du premier. Elle est plus pratique et plus vulgaire à la fois que la Scandinave. Logique d'ailleurs, elle part avec l'amant souhaité. Entre temps, elle déclame contre l'Eglise catholique, « ennemie de la vie » — ce qui n'a aucun sens 2. Et c'est tout. Nous ne voyons pas là une morale nouvelle, mais seulement des manquements à l'ancienne.

1, En outre, elle sait haïr, tandis que sa mère ne le savait pas. (Cf. p. loi.) Notable progrès !

a . L'Eglise ne condamne pas l'amour : elle en fait un sacrexneot, comme a dit fort bien M. Dimicr dans la Souricière.

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Le héros de la Maison vide, Martyne, possède une fortune suffisante pour ne pas voir dans la vie autre chose que les jeux élégants de son dilettantisme intellectuel. Afin de faire plaisir à une vieille tante, il épouse sans amour, mais aussi sans répugnance, une jeune fille bonne et simplette. Egoïste, soucieux cependant de correction, point méchant non plus, il s'arrange de façon à ce que sa femme ne le gêne guère, sans qu'elle ait le droit de se prétendre délaissée ni même la possibilité de se sentir malheureuse. Comme il est vaguement avocat, il réserve sa liberté sous le prétexte de causes à étudier; et la pauvrette le croit, s'ennuie un peu sans doute, car elle Taime, mais ne se plaint pas.

Tout irait donc pour le mieux dans ce froid ménage, si la foudre ne frappait Martyne...

Un soir, comme il dîne chez un médecin de ses amis, la conversation tombe sur une maladie nouvellement observée : le cancer du rein. Avec épouvante, il en reconnaît les premiers symptômes : il les éprouvait depuis plusieurs mois sans y attacher d'importance!... Il acquiert bientôt la certitude qu'il lui reste juste deux ans et demi à vivre.

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