FERDINAND BRUNETIÈRE I
« Comme si, cependant, Tart et la science n'étaient pas dans Thistoire Téternelle et vivante contradiction Tun de Tautre : la science pliant la liberté de l'esprit humain au joug des lois de la nature et s'imposant comme d'autorité, Tart au contraire échappant à la contrainte de ces lois et rendant à Tintelligence la pleine possession d'elle-même * ! »
Ce culte de la liberté humaine, dès alors il le professait en chrétien, je dirais même en catholique, si, comme le prétendait récemment M. l'abbé Laberthonnière, « contre le protestantisme qui les niait (au temps de la Réforme), l'Eglise catholique défendait le mérite humain, le libre arbitre^ la responsabilité, comme elle les défend maintenant contre le déterminisme 2 ». A ce déterminisme, que prêchait Zola, Brunetière opposait ainsi sa conviction personnelle : « Nous croyons, nous, que tout homme se fait à soi-même sa destinée, qu'il est le propre artisan de son bonheur, et le maladroit ou criminel auteur de ses
I. Le Roman naturaliste (^eKomaxi naturaliste en 1875), p. 6.
a. France de Demain, — Enquête sur la valeur comparée du catholicisme et du protestantisme au point de vue éducationnel. — 5 déc. 1904, p. 402 •
infortunes *... » Et il s'appliquait à montrer ce qui manquait à Flaubert pour ne l'avoir pas cru: « Lui, qui débrouille si bien les effets successifs et accumulés du milieu extérieur sur la direction des appétits et des passions du personnage, ce qu'il ignore, ou ce qu'il ne comprend pas, ou ce qu'il n'admet pas, c'est l'existence d'un milieu intérieur. Il ne conçoit pas qu'il y ait au dedans de l'homme quelque chose qui fasse équilibre à la poussée, pour ainsi dire, des forces du dehors. Toute une psychologie subtile, bien autrement complexe que sa psychologie physiologique, la psychologie des forces intellectuelles et volontaires qui soutiennent le bon combat contre le choc de la sensation, lui échappe entièrement. Ne lui parlez pas d'une liberté qui se détacherait en quelque façon du corps, qui le dominerait, et qui l'asservirait à des fins plus élevées que la satisfaction des désirs corporels : il ne vous entendrait pas 2. »
En outre, on discerne bien que, dès cette époque, Brunetière avait des raisons supra-littérai-
1. Le Roman naturaliste (le Roman expérimental, 1879), p. ii3.
2. Le Roman naturaliste (le Naturalisme français, 1880), p. 181.