‹ L'Évolution Des Méthodes DiplomatiquesChapitre 11 sur 46 · RME · texte numérisé non relu

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ments et leurs formes. Le droit international était inexistant, et les consciences les plus strictes ne pouvaient en dégager les principes dans un état de guerre perpétuelle.

Ce fut la religion catholique qui, par certaines institutions comme la trève de Dieu, contribua à assouplir des mœurs internationales rudes et farouches. Peu à peu les Etats chrétiens acquirent le sentiment de l’identité de leurs aspirations morales et religieuses.

Mais dans le monde, d’autres conceptions religieuses coexistaient. Tout comme l'Eglise catholique, l'Eglise islamique aspirait à la primauté ; ce fut le rude choc des Croisades, premier aspect des luttes d’idéologie contraire ; désormais la paix ne sera qu'une trève, puisque, pour le Coran, la lutte contre l’infidèle doit être éternelle.

La force matérielle nécessaire à l'établissement d’un ordre durable dans le domaine international, manquait à la Papauté. L’eût-elle possédée, le Droit international n'aurait pu se fonder et grandir qu’en dehors de son influence, car comment concilier sa base même, c’est-àdire l’indépendance réciproque des Etats, avec l’absolutisme qu’exige le catholicisme. Les premières règles du Droit international purent apparaître et se développer, lorsque fut réalisée l’unité intérieure des principaux Etats, France, Angleterre, Espagne. La disparition de la féodalité, l'établissement dans chaque pays d’un pouvoir unique et ferme, permirent de dégager les premiers principes devant servir de base aux relations internationales. Ce fut l’abolition des guerres privées, la protection accordée aux ambassades permanentes, Dans le

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‘domaine de la guerre comme dans celui de la paix, on peut désormais parler d’un droit international. À l’occasion de la guerre de Trente ans, Grotius va écrire son ouvrage : De jure belli ac pacis.

Religieuse à son origine, la guerre de Trente ans s'était transformée en une sanglante querelle politique. Nous attacherons un intérêt tout spécial aux traités de Westphalie qui y mirent fin. En effet, ceux-ci sont caractérisés, au fond, par l'apparition de la notion nouvelle de l'équilibre européen; dans la forme, par l'importance, la solennité et la longueur des négociations qui en précédèrent la conclusion. Les traités de Westphalie furent l’objet du premier grand Congrès européen; jusqu'alors, il n’y avait jamais eu d'exemple d’une réunion des représentants des divers Etats examinant leurs affaires en commun, et prenant des décisions obligatoires pour tous.

Mais cette fois, la paix ne pouvait être conclue que par un accord général, et à des conditions répondant à la situation particulière des belligérants.

Dès 1636, des offres de médiation étaient venues du Pape, et de la République de Venise ; cependant, ce ne fut seulement qu’en 1644 que les plénipotentiaires se réunirent dans la Westphalie pour traiter de la paix. Le Congrès comprenait les représentants de l'Empereur et des Princes allemands, ceux du roi de France, de la reine de Suède, des rois de Danemark et d’Espagne, des Provinces-Unies; enfin les représentants du Pape et de la République de Venise,

Le délai qui sépare l'ouverture des négociations de la conclusion des accords, peut, au premier abord, sembler

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fort long, puisque les traités ne furent définitivement signés que le 24 octobre 1648, soït quatre ans et demi après les premières réunions du Congrès. Il s'explique, d’une part, en raison des difficultés de communication des plénipotentiaires avec leurs gouvernements, et de la complexité des questions à régler ; d’autre part, à cause de l’inexpérience et des hésitations des envoyés et de leurs craintes puériles de compromettre l’honneur et la majesté des souverains représentés. : |

En effet, les règles devant présider à la conclusion des traités ne paraissaient pas très nettes. C’est ainsi que les Suédois voulaient être placés sur un pied d'égalité absolue avec leurs alliés les Français. Pour éviter les difficultés de préséance, les négociations furent menées simultanément dans deux villes distantes d’une quarantaine de kilomètres, à Munster pour les Français, à Osnabrück pour les Suédois. Ce fut à cette occasion que le français commença à devenir langue diplomatique à la place du latin qui avait été employé jusqu'alors.

Au fond, les traités sanctionnaient formellement le schisme accompli dans l’unité religieuse de l’Europe occidentale par la naissance du protestantisme ; reconnaissant l’autonomie des nombreux Etats de la Confédération germanique, ils consacraient la faiblesse de l'Allemagne, et parallèlement, la suprématie internationale de la France.

Mais le fait nouveau était la réunion des Etats européens en une seule communauté internationale pénétrée de la solidarité de ses intérêts, et trouvant nécessaire de délibérer, non seulement sur les affaires générales, mais encore sur l’organisation intérieure de chaque Etat.

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Le principe de l’équilibre européen est désormais posé. . C'était, d’ailleurs, au nom de ce même principe d’équilibre que, depuis longtemps, les petites républiques italiennes, tout en se défendant de viser à l’hégémonie dans la péninsule, tentaient sans cesse de s’agrandir les unes aux dépens des autres. Déjà, à la fin du xvr siècle, Elisabeth d'Angleterre avait donné du principe de l’équilibre la meilleure définition que nous connaissions :

« Il s’agit de partager l’Europe en Etats à peu près égaux, afin que leur force étant en équilibre, ils craignent de s’offenser, et n’osent méditer de trop grands projets. »

Après le traité de Westphalie, le principe de l’équilibre politique constitua la base des relations internationales. Les souverains et leurs représentants, l’invoquèrent dans tous les actes de la politique étrangère; ils en abusèrent également pour justifier toutes sortes de violences et de prétentions injustifiées. C’est en son nom que les puissances contractèrent des alliances, et formèrent des coalitions; c’est aussi en son honneur qu’elles firent des déclarations. de guerre, et se partagèrent le territoire d'autrui. Primitivement, le système de l’équilibre européen avait été défensif. Il avait pour but d’éviter qu’une puissance ne devint plus forte que les autres.

Guillaume d'Orange avait su conclure une alliance générale des Etats européens contre les prétentions de Louis XIV à la domination universelle. Puis ce dernier avait lutté contre la réunion sur une même tête des couronnes d’Espagne et d'Autriche. Enfin, toujours dans l’intérêt de l'équilibre européen, les traités d'Utrecht

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