‹ L'Évolution Des Méthodes DiplomatiquesChapitre 17 sur 46 · SN CU LE · texte numérisé non relu

SN CU LE

« L'agent secret doit tâcher de concilier les points en » quoi les ordres secrets diffèrent de ceux qui lui vien- » nent par la voie ordinaire, de la manière la plus » adroite qu'il lui sera possible, en ayant cependant tou- » jours pour principal objet de suivre ce qu’il connaît » être la volonté de S. M. »

Ces recommandations n'étaient pas toujours faciles à suivre, et lorsque les circonstances obligeaient l’agent à prendre un parti définitif, et à s’écarter ainsi nécessairement de l’une des instructions reçues, il agissait selon sa conscience, ou selon son intérêt personnel.

Une lettre adressée en 1752 par le Comte de Broglie, alors ambassadeur de France en Pologne, au Prince de Conti, alors chef de la diplomatie occulte de Louis XV, permet de se rendre compte, d’ailleurs de façon plaisante, des difficultés qu'éprouvaient les agents à double mission. Le Comte de Broglie était en effet admis au secret du roi, et s’acquittait au mieux de son double ‘ rôle. Voici la lettre :

« Ce que je trouve de plus difficile à remplir, c’est de « rendre le compte que je dois au ministre de tout ce » qui se passe, de tout ce que j’ai fait, et de le rendre » conforme aux intentions de Votre Altesse Sérénissime » et aux grandes vues qu’Elle a été chargée par S. M. » de poursuivre. Cela me met dans le cas de lui cacher » bien des choses que je vois, et d’en supposer beaucoup » que je ne vois pas; cette conduite est bien éloignée » de ma façon de penser, car si je lui parlais avec la » même sincérité qu’à Votre Altesse Sérénissime, cela

AREAS

diminuerait sûrement l’attention qu’il faut qu’il porte à la Pologne, et, en conséquence les secours qu’il est est nécessaire d'envoyer pour entretenir de bonnes dispositions. ;

» M. de Saint-Contest, par exemple, me marque dans sa dernière lettre que tout ce qui lui revient de la santé du roi de Pologne paraît annoncer une chute prochaine, et il est chargé de lui en rendre compte.

» Si je lui avais répondu ce que je vois et ce que je pense, je lui aurais dit que je le trouve très bien portant; il mange très bien et a très bon visage ; mais comme il me semble que l'intention de Votre Altesse Sérénissime est qu’on fasse regarder comme prochaine la mort de ce prince, je réponds à ce ministre que le roi de Pologne n’est pas réellement malade dans ce moment-ci, mais qu’il est gros, et qu’il a le cou si court qu’il me paraît menacé d’une apoplexie prochaine. ».

S'il fallait juger dans son ensemble la diplomatie

occulte, et particulièrement celle du xvirr siècle, il sem-

blerait qu’elle ait présenté plus d’inconvénients que

d'avantages. Certes, elle contribua fortement à assouplir

la rigidité des négociations, et parvint ainsi à quelques

résultats fructueux ; d’autre part, la correspondance

secrète fut longtemps une excellente source d’informations.

Mais que de dangers parallèles. Ayant souvent à sa

base quelque intrigue de Cour, la diplomatie occulte contrariait ou parfois même paralysait les efforts de la

tu diplomatie officielle. Elle aboutissait à confier des se- crets d'Etat à des personnages peu sûrs qui, par traîtrise ou par intérêt, pouvaient n’en être que d’infidèles dépositaires, Ainsi l'intérêt même de l'Etat se trouvait ec servi par les embarras que se créait à elle-même une politique frauduleuse.

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