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tions initiales durent s'adapter aux événements postérieurs ou furent fausséees par l’emportement des masses populaires. A l’origine, la Déclaration des Droits de l’homme était aussi bien internationale que nationale. Elle proclamait dans son article 3 : « Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la Nation, aucune section du peuple, aucun individu ne peut s’en attribuer l'exercice. »
Au point de vue international, la conséquence était l'affirmation du droit irréfutable pour une nation gouvernée malgré elle par un pouvoir étranger, de protester et de proclamer son indépendance. Conséquence logique des principes chers aux philosophes du xvin* siècle, le principe des nationalités faisait ainsi son apparition sous une forme indirecte, dans le cadre de l’idéologie révolutionnaire.
Sur le plan concret, c'était une modification complète du système politique adopté jusqu'alors; désormais, plus de diplomatie d’intrigue, plus de politique d’alliances, plus de démonstrations militaires, mais un système de pactes avec les nations. Voici d’ailleurs un vote de la Constituante caractéristique de cet état d’esprit :
« La Nation renonce à entreprendre aucune guerre dans le but de faire des conquêtes, et n’emploiera jamais ses forces contre la liberté d'aucun peuple. »
Mais, bientôt, sous la pression des événements, cette notion se modifie. Robespierre proclame que « lorsqu'il s’agit d’acquiescer aux vœux des habitants, et de réunir une population à une nation où sont proclamés les principes de la liberté, et non pas à un pays dominé par un despote, il ne saurait jamais y avoir de conquête ».
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Principe dangereux, et pouvant servir de prétexte aux guerres les moins justifiées.
En effet, l’idée d’une guerre idéologique, d’une guerre de propagande, prend corps peu à peu; parmi les députés à la Législative, les uns proclament « qu’il faut déclarer la guerre au rois, et la paix aux nations »; d’autres supplient « de céder à la généreuse impatience du peuple qui veut la guerre pour hâter la libération du monde entier ». |
Cette idéologie souleva contre la France l’unanimité européenne. La victoire de Valmy fut la consécration du triomphe du droit et du peuple sur la force et les convoitises des souverains d’outre-Rhin, mais constitua également un nouveau point de départ pour l'idéologie révolutionnaire. Celle-ci évolua désormais vers la dictature; on refusa le droit de suffrage à tous ceux dont les idées s’écartaient des dogmes révolutionnaires. C’est ainsi qu’à l'extérieur de nombreux plébiscites plus ou moins fictifs servirent de prétexte à la réunion à la République de nombreux territoires,
A partir de 1795, les principes qui, en 1789, avaient guidé les hommes de la Constituante, furent abandonnés. La diplomatie du Directoire, celle du Consulat, retrouva l'influence des anciennes traditions monarchiques; si elle se guida d’après la raison d'Etat, elle sacrifia également au désir de la conquête, et succomba parfois sous la pression des ambitions et des passions. Déjà, le Comité de Salut public avait dû faire passer l’intérêt national et le droit de conquête avant les vœux des populations.
« Il n’est personne parmi nous, déclarait-on, qui ne
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tienne invariablement à cette grande vérité, selon laquelle l’affermissement de la République française, le ; repos et les intérêts de l’Europe sont attachés à l’agrandissement de notre territoire jusqu’au Rhin. Pour l’indemniser des maux et des dépenses de la plus injuste des guerres, ainsi que pour se mettre en état d'en prévenir une nouvelle par des moyens de défense appropriés, la République française doit conquérir par la force, ou acquérir par des traités, les pays qui seraient à sa convenance, sans en consulter les habitants. »
Avec le Directoire, la diplomatie française se fixe et prend la forme agressive et conquérante à laquelle la Nation française va s’attacher pendant près de vingt ans. Les Directeurs entraînent le peuple à la guerre qui permet les expédients nécessaires à une administration aux abois. Mais, bientôt, chacun des grands généraux qui conduisirent alors la France à la victoire eut sa diplomatie personnelle; celle de Bonaparte ne tarda pas à prévaloir,
Bonaparte réussit à affermir, tout à la fois, les conquêtes de la France et son pouvoir personnel. Parlant au nom des principes de la Révolution, il souleva les peuples en invoquant la liberté; rétablissant l’ordre à l’intérieur, il fit à l’extérieur de la propagande révolutionnaire, et des émissaires préparèrent le terrain aux armées. L'Empire adopta ces méthodes; Napoléon voulut vaincre l’Europe autant par la diffusion des idées de liberté que par la force des armes. Dans les instructions qu'il donnait, dans les manifestes qu’il publiait, il déclarait constamment, du moins au début de son règne, qu’il
faisait la guerre aux institutions féodales odieuses à toutes les nations, et qu'il désirait fonder son pouvoir, non pas sur l’asservissement des peuples, mais sur leurs sympathies. Ceci explique pourquoi, au début de l’Empire, les populations accueillirent sans haine les armées françaises qui, pensaient-elles, apportaient aussi avec -elles les institutions libérales. Les souverains des Etats envahis ne trouvèrent pas alors chez leurs sujets l’esprit de résistance à l’envahisseur sur lequel ils auraient pu compter.
Mais, à partir de la guerre d’Espagne, la lutte ne tarda pas à changer de caractère. Les populations avaient eu le temps de s’apercevoir que l'Empereur songeait bien plus à augmenter son pouvoir personnel qu’à s'occuper du bien de ses sujets. L’écho des appels à la liberté des peuples fut vite étouffé par les réquisitions et la conscription.
En effet, bien avant 1813, le sentiment national s'était réveillé en Allemagne, en Italie et en Espagne; l’héroiïsmie d’un André Hofer souleva le Tyrol, comme le patriotisme de ses prêtres avait sauvé l'Espagne. Désormais, prêts à combattre pour l'indépendance de leur pays, les peuples se groupèrent autour de leurs souverains dans un mouvement d'enthousiasme ignoré jusqu'alors. La liberté leur était toujours chère, mais cette fois, ils pensaient l’obtenir en secouant le joug français devenu insupportable. De fait, leurs souverains leur avaient promis, en contre-partie de leur aide, des institutions politiques et des lois libérales.
L’on admet généralement que Napoléon fut vaincu par
l'effort obstiné de l'Angleterre; on ne saurait oublier cependant que sa chute fut également causée par la lutte des peuples pour leurs libertés, leurs droits, et leur indépendance.
Les guerres et les conquêtes de la Révolution et de l'Empire, la diffusion et l'expansion des idées libérales avaient détruit l’ancien système créé par le traité de Westphalie, et jeté les bases d’un nouvel ordre international. En 1815, le Congrès de Vienne eut donc un double objectif : établir les principes sur lesquels reposerait désormais l’ordre européen; fixer définitivement le statut territorial.
Talleyrand voulut revenir en arrière, et baser à nouveau le système européen sur les règles qui avaient été appliquées en Europe avant la Révolution française. Son opinion prévalut contre celle du tsar Alexandre I°, désireux d'adopter des mesures plus libérales, « d’étudier la situation morale des diverses nations, et de s’y conformer, afin d'établir, d’après ce point de vue général, la constitution territoriale, l’organisation intérieure ainsi que les relations réciproques des Etats dont la réunion devait à l’avenir former la grande famille européenne ».
Les intérêts des peuples ne furent pas respectés par la Sainte-Alliance, accord à caractère quasi-mystique et religieux, signé en septembre 1815, et dont l’objet était, selon les déclarations mêmes des souverains, « de faire connaître à l'univers entier leur inébranlable résolution de suivre, aussi bien dans la direction des Etats qui leur étaient confiés, que dans les relations politiques avec tous les autres gouvernements, uniquement les préceptes de la sainte religion, de l’amour et de la paix ».