‹ L'Évolution Des Méthodes DiplomatiquesChapitre 28 sur 46 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

- RaPPoRTS DU DROIT INTERNATIONAL PUBLIC ET DES MÉTHODES DIPLOMATIQUES, AU XIX° SIÈCLE.

Le début du xix° siècle avait été marqué, on le sait, par une tentative de Directoire des puissances. A la suite de son échec, l’on en revint assez rapidement à la vieille

notion de l’équilibre, avec sa corollaire, la non-interven-

tion des Etats dans les affaires internes des autres. Mais, désormais, ce principe n’est plus limité au Continent européen; fiers des prérogatives qu’ils possèdent sur le Continent américain, les Etats-Unis entendent les défendre envers et contre tous. Mais la non-intervention prend alors chez eux une forme spéciale sous le nom de doctrine de Monroe. Elle était spécialement dirigée contre les Puissances européennes qui auraïent pu être tentées de venir ‘en aide à l'Espagne, alors en lutte contre ses colonies révoltées. Bien qu’interdisant aux Etats européens de s’immiscer, sous quelque prétexte que ce soit, dans les affaires américaines, la doctrine de Monroe permettait à la diplomatie des Etats-Unis de s'intéresser de très près aux affaires intérieures des autres Etats américains, et d'intervenir chaque fois que leurs intérêts ou ceux de leurs nationaux étaient en jeu.

En Europe, les méthodes diplomatiques des différents Etats s’adaptèrent au principe déjà ancien de léquilibre. Cependant, au cours du xIx° siècle, l'apparition de. Puissances nouvelles, Allemagne et Italie, modifia foncièrement les rapports des forces en présence.

La constitution de ces Etats ne put d’ailleurs s’opérer que grâce à l’application du principe des nationalités qui, pour l’Italié, aboutit à l’unité, alors que l’Allemagne devenait une union fédérative. -

Mais une des conséquences malheureuses de lappari-

tion des Etats nouveaux fut que le principe de léquilibre fut vicié et dégénéra. L'Europe vécut désormais sous le régime de la paix armée. En effet, il était apparu clairement à tous que la victoire de la Prusse sur la France n'avait été rendue possible que grâce à la minutieuse organisation militaire qu’elle avait su constituer dès le temps de paix. Aussi, après 1870, les grandes Puissances continentales suivirent cet exemple, et firent appel à la conscription, On en vint, ainsi, à consacrer le principe brutal suivant lequel la valeur d’une nation se mesure uniquement à sa puissance militaire. La menace de guerre devint le meilleur des instruments diplomatiques. On n’admet un Etat à faire valoïr ses droits dans une conférence internationale que du jour où, comme le Japon, il a fait la preuve de sa force, ou réussi à trouver un allié intéressé qui puisse opposer à la menace une menace au moins égale ; toute la diplomatie de la fin du xix* siècle repose sur ces combinaisons de force, et l’alliance franco-russe était une réplique à la Triplice qui depuis 1882 assurait aux Empires centraux une puissance indéniable,

Ave

Ainsi conçue, la notion de l'équilibre devient dangereuse, car il faut toujours craindre que survienne un moment où s’affronteront les puissances en présence.

Certes, l'épreuve de force que faisait pressentir cette politique put longtemps être différée. Au xix° siècle, les hommes d’Etat et les peuples ont désormais le sentiment d’une solidarité unissant les diverses nations. De là, les nombreux. Congrès affirmant cette communauté, les nombreuses unions proclamant cette solidarité, A cet égard, la transformation économique qui s’est produite au xix* siècle a eu, par certains côtés, d’heureux effets en créant mille liens nouveaux entre des Etats à conceptions ou à civilisation différentes, Maïs, aussi, les rivalités économiques sont devenues beaucoup plus âpres entre les différentes puissances industrielles, commerciales ou financières, toujours prêtes à se disputer les occasions possibles de profit, car l’accroissement des ressources des Etats pose aussi le problème des débouchés. Malgré tout, le développement des relations industrielles ou commerciales impose les traïtés de commerce, et l’activité économique internationale doit être organisée. La diplomatie de la fin du xix° siècle est ainsi profondément affectée par la fréquente répétition de conférences internationales où siègent côte à côte les représentants d'Etats dont les intérêts politiques diffèrent.

Pour assurer une paix stable, nécessaire au fonctionnement de l’économie internationale, on tenta à plusieurs reprises, et notamment aux Conférences de La Haye, en 1899 et 1907, la réalisation d’une convention générale d’arbitrage qui aurait eu pour but de régler

MAP LV, ts

pacifiquement tous les litiges internationaux, et d’écarter par là même toute menace de conflit armé. D’autre part, on avait réussi à codifier les lois de la guerre terrestre ou maritime, à définir les divers modes de blocus, à délimiter la contrebande de guerre. L'adoption de la Convention générale d'arbitrage aurait d’ailleurs rendu ces règles sans objet,

Mais, pour être universel, le Droit international doit pouvoir être la résultante des différentes conceptions philosophiques des Etats qui composent la Communauté internationale. Or, à la fin du xIx° siècle, il y avait en Europe incompatibilité absolue entre les conceptions des Empires centraux, Allemagne et Autriche-Hongrie, et celles des Puissances occidentales, France et Angleterre. . De nombreux publicistes allemands préconisaient ouvertement la rupture au profit des Empires centraux de l'équilibre de force existant en Europe. Voici ce qu’écrivait à ce sujet le D' Georges Bernhard :

« On ne peut tendre autour de l’Europe un réseau de » conventions internationales. C’est une mauvaise mé- » thode. Elle désarme les forts au profit des faibles. Le » droit n’a de solidité dans le monde que s’il est soutenu » par la force. Le meilleur moyen d'assurer la paix en » Europe est d’y constituer un groupe d'Etats assez fort » pour qu'on n'ose pas s'attaquer à lui. L'Allemagne et » PAutriche-Hongrie doivent former um seul bloc au » centre de l’Europe. »

S’inspirant de cette théorie, la diplomatie allemande s’efforça par tous les moyens d'empêcher un accord général qui eût assuré la paix à l’Europe. |

Page 1