‹ L'Évolution Des Méthodes DiplomatiquesChapitre 29 sur 46 · HUE E · texte numérisé non relu

HUE E

Aspirant à l’hégémonie, l'Allemagne ne pouvait admettre qu’un équilibre de forces fut maintenu en Europe; il lui fallait le rompre, fût-ce au plus haut prix. Ceci explique l'attitude de la diplomatie allemande lors des Conférences de La Haye. L'Allemagne ne voulut pas adopter la Convention générale d'arbitrage obligatoire, même dans les cas où elle en avait déjà reconnu la nécessité par des traités particuliers conclus avec certains Etats. C’est que, d’après la théorie de Jhering, l’arbitrage porte atteinte à la souveraineté absolue de l'Etat dont le droit de guerre est la plus haute manifestation. Pour les théoriciens allemands, la force justifie tout ; elle donne aux Etats forts le droit d’opprimer les Etats faibles. La nation qui lutte pour la satisfaction d’un intérêt est présentée comme obéissant à une force indépendante d’elle, et qui lui est supérieure ; il s’agit alors d’un phénomène auquel il n’y a pas à mêler des considérations de morale et de droit. Bien mieux, les auteurs allemands font appel à la théorie du fatalisme pour justifier leurs conceptions particulières : fatalité économique qui oblige un peuple industriel à s'emparer des matières premières, des mines de charbon et de fer ; fatalité ethnique qui contraint un peuple prolifique à prendre sa place au soleil ; fatalité raciale qui oblige le peuple qui incarne la pureté d’une race, qui a le dépôt de ses traditions, à soumettre à son autorité les frères de la même race ; fatalité de la culture supérieure qui prédestine l'Allemagne à être maîtresse de la nouvelle Europe.

En face de ces théories à la gloire de la force se dressaient celles des Puissances qui avaient pour idéal le

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