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LE CLIMAT DIPLOMATIQUE

Nous examinerons tour à tour les caractéristiques du milieu politique, social, économique et juridique dans lequel se déroulèrent les négociations diplomatiques du XVI° au Xvine siècle.

En effet, c’est dans la politique intérieure de l'Etat que se trouve la clé des événements d’ordre extérieur, des attitudes et des campagnes diplomatiques, des négociations, des alliances, des guerres et des traités. Les démarches diplomatiques d’un Etat sont l'expression des idées qui dominent ceux qui le gouvernent, et le peuple en général. Ils portent, en outre, le cachet de l’organisation des puissances publiques de l'Etat.

SECTION I

Le milieu politique.

Dans leur forme même, les négociations diplomatiques

étaient, il y a trois ou quatre siècles, très différentes de ce qu'elles sont aujourd’hui, en raison du climat politi-

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que européen, lui-même bien peu semblable à celui que nous connaissons maintenant.

Le principe même du régime monarchique, avec sa corollaire, la souveraineté de droit divin, n’était guère contesté, et avait eu pour conséquences logiques l'établissement d’un pouvoir absolu dans les Etats qui, au prix d’une sage et lente évolution, avaient su transformer en monarchie héréditaire une monarchie élective peu stable. Mais dans les Etats mêmes où, en raison des circonstances, le pouvoir royal était des plus théoriques, la souveraineté n’appartenait pas à la Nation tout entière, mais à une faible oligarchie.

Bien entendu, la politique extérieure de l'Etat, ses méthodes diplomatiques pouvaient varier selon les influences qui s’exerçaient sur le gouvernement. C’est pourquoi nous croyons bon d'étudier quels furent, du xvr° au XvI® siècle, les rapports internes des différentes forces en présence dans les principales puissances européennes de cette période d’histoire.

Lorsqu’en 1515 François I‘ fut proclamé roi de France, la monarchie était héréditaire depuis cinq siècles, et la féodalité qui, un temps, s'était opposée à ses desseins, avait été brisée par Louis XI. Mais, pendant trois siècles, la royauté allait trouver en face d’elle deux grands Corps : l’un intermittent, les Etats-Généraux, l’autre permanent, le Parlement. Divisés en trois ordres, clergé, noblesse et Tiers-Etat, les Etats Généraux avaient la possibilité de présenter au moyen des cahiers de doléance leurs revendications. Les problèmes qui leur étaient soumis avaient surtout trait aux affaires financières, mais

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par incidence, ils arrivaent à commander tout l’ensemble de la politique.

Convoqués fréquemment, au xvr° siècle, en raison des troubles que provoquaient les querelles religieuses, (il y eut six assemblées des Etats de 1560 à 1614), les Etats Généraux prétendirent imposer leur. volonté à l’autorité royale, et, pour ce faire, choisir un monarque à leur convenance. Pour faire triompher leur politique, obtenir la première place dans l'Etat, accorder à la royauté la seconde, ils n’hésitèrent pas à provoquer l'intervention étrangère. Aux Etats de Paris, en 1593, bon nombre de représentants français avait pris partie pour Isabelle d’Espagne, qui, au mépris de la loi salique, avait posé

sa candidature au trône de France.

Dans cette lutte contre la prépondérance des Etats Généraux, la monarchie avait d’abord été soutenue par le Parlement. C’est ainsi qu'après les Etats de Blois, en 1588, le Comité des Seize, s'appuyant sur la Ligue, avait été jusqu’à faire pendre le Premier Président du Parlement de Paris, et deux conseillers, tous trois suspects de fidélité envers la monarchie légitime.

Le règne de Henri IV, le gouvernement de Richelieu, l’avènement de Louis XIV affermirent l’autorité royale, et, sans doute en raison des excès qu’ils avaient commis, les Etats Généraux ne furent plus convoqués après 1614.

Mais alors le Parlement voulant, à son tour, servir de contrepoids à l'autorité royale désormais assurée, se considéra comme une sorte de délégation permanente des Etats (Généraux.

Issu de la Curia Regis, qui s’occupait non seulement

de l’exercice de la justice, mais aussi de l'administration des grandes affaires, par ses attributions mêmes, le Parlement, Corps judiciaire, fut amené à prendre un caractère politique. Chargé d'enregistrer les édits, il les examinait, et participait ainsi au pouvoir législatif. Il s'était formé chez lui des traditions et des doctrines; muni du droit de remontrances, il critiquait le gouvernement, et se donnait un air libéral.

En 1615, au lendemain de l’échec des Etats Généraux, le Parlement avait adressé à Marie de Médicis de sévères remontrances sur son gouvernement. Plus tard, Richelieu, si rude pourtant, avait dû lui permettre les remontrances sur les édits de finances, lui laissant ainsi de nombreuses occasions de toucher aux affaires politiques.

Usant largement de cette faculté, le Parlement, pendant la Fronde, engagea la lutte contre Mazarin, et le contrôle de la politique financière devait lui servir de prétexte pour tenter de limiter l’absolutisme royal.

Les méthodes autoritaires de Louis XIV lui permirent de régner sans partage; son testament, cependant, ne! fut pas respecté. Pour le casser, la Régence dut avoir recours au Parlement qui devint alors plus puissant que jamais. Sous le règne de Louis XV, Choiseul et Maupeou choisirent alternativement de gouverner avec ou contre le Parlement jusqu’à ce que ce dernier chancelier, lassé de se heurter sans cesse à sa résistance, se résolut enfin à le supprimer.

L'autorité de la monarchie française, pendant cette période d’histoire, fut souvent qualifiée de pouvoir absolu. En réalité, et si l’on excepte le règne de Louis XIV,

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