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compter avec les libertés locales. Quant à la Suède, elle avait longtemps possédé une Diète, mais Charles XI avait dû en limiter les pouvoirs pour maintenir en respect ses ennemis extérieurs : Russes, Polonais et Prussiens.
De cette étude de la situation politique des différents Etats européens, du xvE au xvirf siècle, on peut conclure que la conduite des affaires du pays, de sa politique extérieure, et de sa diplomatie appartenait toujours, sinon à un seul, du moins à une faible minorité. Dans les Etats où le pouvoir royal était chancelant, c'était alors une féodalité qui, avec plus ou moins de bonheur, se partageait le soin de s’occuper des affaires publiques ; la masse du peuple était toujours tenue à l’écart. Comme nous allons le voir, il faut en chercher la cause dans les caractéristiques du milieu social de l’époque.
SECTION II Le milieu social.
Aux xvIr° et xviri° siècles, la structure sociale des principaux Etats de l'Europe occidentale, à peu près la même pour tous, eut une influence marquée sur les relations internationales et les méthodes diplomatiques de l’époque. Les institutions politiques élevées sur les ruines du système féodal avaient eu pour conséquences l’augmentation du pouvoir personnel royal dont l'autorité reposait, d’ailleurs, sur les mêmes fondements que celle des seigneurs féodaux. Mais pour maintenir son absolutisme, le souverain avait dû s'appuyer sur l’aristocratie féodale
Granet. e
qui, pourvue de privilèges immenses, et affranchie de toute contribution aux charges publiques, avait donné naissance à la classe de la noblesse. Parallèlement à celle-ci, le Haut-Clergé jouissait de la même situation sociale, des mêmes droits, des mêmes immunités. Le monarque appelait auprès de lui les membres de l’une et de l’autre classe, et leur faisait occuper les places les plus importantes de la Cour et de l'Etat, devant, pour gouverner, lier étroitement leurs intérêts aux siens. La condition du bas clergé, du tiers-état, des classes agricoles, offrait avec celles des classes privilégiées, un contraste frappant. Les commerçants, les industriels, les savants, les artistes, dont, par leurs mérites, beaucoup auraient pu prétendre à la direction des affaires du pays, s’en trouvaient écartés par leur origine; l’accès aux situations élevées leur était fermé. Les paysans n’étaient que matière taillable dont la fonction était de faire vivre les classes supérieures, et d'entretenir leur oisiveté ; ils avaient des devoirs, mais pas de droits. En effet, après avoir dépossédé les seigneurs féodaux, le roi en était venu à considérer le territoire de l'Etat comme un patrimoine dont il pouvait disposer à sa guise. Mais, en contre-partie, il avait dû reconnaître aux anciens féodaux, donc aux nobles et au clergé, un droit de protection sur la population des terres féodales. Or, cette protection s’achetait fort cher, et la plupart des paysans n'étaient pas libres tenanciers de leurs terres : ils n'étaient pas propriétaires du sol qui continuait d’appartenir à une faible minorité. Ils devaient donc s'acquitter, en échange des terres qui leur étaient concédées, soit