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d’une rente perpétuelle, soit de redevances féodales ; il leur fallait, en outre, engager des ouvriers agricoles, alors appelés colons ou journaliers. Enfin, dans beaucoup d'Etats, et même en France, particulièrement en Bretagne et en Franche-Comté, il existait encore, au milieu du xvirr siècle, un grand nombre de serfs.
Cet état de choses était particulièrement fâcheux, si l’on songe que jusqu’à la fin du xviu* siècle les neuf dixièmes de la population européenne vivaient aux champs, du travail de la terre. En effet; la France comptait alors une vingtaine de millions d'habitants, parmi lesquels deux cents mille à peine tiraient, directement ou indirectement, leurs ressources des travaux de l’industrie dont les conditions étaient d’ailleurs très différentes de celles que nous connaissons maintenant. Les grands établissements étaient l'exception. Certes, des entreprises comme les manufactures royales de Sèvres, des Gobelins, de Beauvais, les ateliers de constructions navales, de matériel d’artillerie, où régnait déjà une certaine division du travail, groupaient plusieurs centaines d’ouvriers. Mais, dans le domaine de la production, dans le domaine industriel, en général, ce qui prédomine, c’est Vatelier artisanal, l'atelier familial. Le régime des corporations favorise le cloisonnement, le maître ne travaille qu'avec un très petit nombre de compagnons. D’autre part, l’état technique de l’industrie favorise la dispersion. Il y a peu de machines, et l’activité est surtout manuelle. Dans le domaine de la filature, par exemple, le tisserand travaille à domicile, et il faudra attendre l'invention de la navette et du revideur automatique
(1733 et 1770) pour que puissent se constituer les manufactures annonciatrices des grandes usines modernes. En résumé, jusqu’à la fin du xvur siècle, et en raison de son importance réduite, de ses caractères de localisation et de dispersion, l’industrie ne joua qu’un rôle relativement faible dans la vie de la Nation. Même lors- qu’ils étaient exprimés, les vœux des ouvriers ou des artisans parvenaient difficilement jusqu'aux oreilles royales. Par contre, il faut attribuer une place spéciale au commerce, du moins au grand commerce, en raison de son influence, non seulement économique, mais aussi politique. Certes, le petit boutiquier vivant modestement dans une demeure mal éclairée, et ainsi propre à la mise en vente de marchandises souvent peu engageantes, demeurait soumis à l'emprise du régime corporatif, et n'avait qu’une importance très réduite, se confondant parfois avec celle de l'artisan producteur. Maïs les négociants importateurs d’épices, de riz, de sucre, d’essences rares, de bois odorants, de café, de thé, de vanille, de cacao, exportateurs de vins, de tissus, de dentelles, de produits manufacturés, étaient des agents de pénétration et d'expansion nationale, éducateurs des Etats voisins, parfois même de leur pays d’origine. Une place spéciale leur était faite dans la société. | D'autre part, l’importance des capitaux nécessaires,
les risques courus, l'étendue des débouchés, avaient conduit à créer les grandes compagnies à charte du commerce extérieur et de colonisation auxquelles était confié non seulement le monopole du trafic entre la métropole et le pays exploité, maïs souvent aussi une véritable souveraineté politique.
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Heureux de trouver dans ces compagnies de puissants agents de l'expansion nationale, le souverain abandonnait volontiers entre leurs mains certaines des attributions de l'Etat, et, en particulier, l'administration, l’organisation militaire et judiciaire de la colonie. Chose curieuse, après avoir perdu leurs attributions commerciales, les Compagnies conservèrent cependant, dans certains cas, leurs attributions politiques.
Les grands négociants, les chefs des Compagnies à charte, occupaient ainsi une place prépondérante dans l'Etat.
En résumé, et si l’on considère la composition des Etats européens aux xvir° et xvirr siècles, lon constate que seule une très faible minorité était capable de sintéresser à la politique extérieure et à la diplomatie de l'Etat. Presque tous les paysans étaient absolument illettrés, car l'Etat n’avait pas encore pris à son compte la charge de l'instruction. Dans les campagnes, seul le clergé pouvait inculquer les notions les plus élémentaires aux fils des paysans aisés ou des hobereaux de province. La grande masse du peuple demeurait très ignorante. Si les livres étaient peu répandus, les gagettes l’étaient encore moins, et les informations se propageaient surtout oralement, ce qui n’était pas pour en affenmir l'exactitude. Mais la nature du régime militaire protégeait le peuple contre son ignorance des faits diplomatiques. Les armées étaient composées de soldats de métier, et le paysan dont la demeure était éloïgnée du théâtre de la guerre ne s’en souciait guère. Lés gens de Bretagne ou de Guyenne s’intéressaient fort peu à ce qui se passait dans les Flandres,