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Ainsi, pendant cette période d'histoire, l'ordre social interne des principales puissances européennes influença vivement leur politique extérieure et leurs méthodes diplomatiques. S'appuyant sur les classes dirigeantes de la société, noblesse et haut clergé, négligeant les aspirations de l’ensemble du pays, le pouvoir royal put poursuivre la satisfaction de ses désirs personnels et de ses intérêts dynastiques qui parfois divergeaient des intérêts nationaux. L'Etat tout entier était incarné dans la personne du souverain qui faisait peu de cas des désirs de ses sujets, aussi bien lors des relations internationales que pour les affaires internes.
Les souverains ne respectaient guère les droits des peuples, et tous les moyens leur étaient bons pour faire triompher leurs desseins personnels. Les pactes de famille, notamment, caractérisèrent la primauté qu'exerçait la volonté personnelle du souverain dans la conduite de la politique étrangère de la Nation. Très souvent, au cours de l’histoire, deux ou plusieurs membres d’une même famille régnèrent concurremiment sur dies Etats dont les intérêts n’étaient pas forcément les mêmes. Mais, en vertu des liens du sang qui unissaient les souverains de ces Etats, des traités d'alliance étaient conclus entre eux, parfois au détriment des intérêts nationaux. C’est ainsi qu’en 1761, le pacte de famille réunit les deux branches des Bourbons, de France et d’Espagne; l'Espagne fut ainsi entraînée danS une guerre contre l’Angleterre qui lui coûta son empire colonial.
Cependant, il faut noter que si les souverains poursuivirent généralement leur politique personnelle, de pré-
/ férence à celle qu’exigeait le bien de la Nation, ils essayèrent toujours de se justifier vis-à-vis de leurs sujets. De même qu’à l’intérieur de l'Etat, les mesures les plus arbitraires étaient attribuées à l’amour du bien public, de même dans le domaine des relations internationales, les proclamations et les manifestes royaux invoquaient invariablement la justice et le droit à l’occasion des guerres et des usurpations les moins acceptables.
SECTION III Le milieu économique et colonial.
Au cours des siècles, les questions économiques ont toujours hanté les soucis des peuples, et influencé les actions de la diplomatie des Etats.
Mais, alors que de nos jours, le phénomène des échanges, de l’interpénétrabilité, tient une place considérable dans la vie économique internationale, aux XVI, xvir et xvirr° siècles, le problème était tout autre, et les Etats organisés luttaient surtout pour obtenir la possession de vastes territoires vacants. À cela, les Nations européennes trouvaient un double avantage : obtenir des matières premières à peu de frais, avoir des débouchés pour leurs objets manufacturés. La lutte pour la possession des matières premières a toujours existé, mais sous l’influence des progrès techniques, les produits que l'homme juge indispensables actuellement ne sont plus les mêmes qu’autrefois. De nos jours, les gisements de pétrole, les arbres à caoutchouc, les minerais de cuivre,
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peuvent être des armes politiques entre les mains de ceux qui les détiennent sur leur territoire métropolitain ou colonial.
Autrefois, ces matières premières qui semblent aujourd’hui si nécessaires, n’étaient pas des sujets de préoccupation pour lés gouvernements ; par contre, le chlorure de sodium, le simple sel marin, pouvait avoir tune influence politique considérable. En effet, en dehors de son utilité directe pour l’alimentation de l’homme et des animaux, ce produit était à peu près le seul moyen de conservation des matières organiques, spécialement des viandes et du poisson. Or, jusqu’au xvirr° siècle, on ne connaissait en Europe qu’un très petit nombre de districts producteurs de sel. Les marais salants étaient rares, par définition, puisqu'on ne peut les installer que dans des mers à forte salure, et sous des climats favorables à l’évaporation. Par aïlleurs, on rencontrait quelques salines de sel gemme en Lorraine, en Bavière, dans let Tyrol, la Hongrie, la Pologne.
Richelieu lui-même avait dû se préoccuper de la question ; en 1637, il écrivait à Longueville :
« Si vous aviez pu prendre les salines de la Bourgogne, c'eût été une bonne affaire; mais ce qui ne peut se faire en une fois se fera en une autre. »
En 1678, Louis XIV devait mettre ce conseil à exécution. Ceci n’est qu’un exemple entre mille de l’ancienneté de l’interdépendance des problèmes économiques, politiques et diplomatiques. On connaît le mot de d’Artevelde au xrv° siècle :
« Toute Flandre est fondée sur draperie; or sans laine . on ne peut draper. »
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Voilà qui éclaire d'un jour singulier les rapports de l'Angleterre et des Pays-Bas pendant plusieurs siècles. Très longtemps, les laines anglaises furent à peu près indispensables aux métiers gantois. Lorsque Henri VIII voulut faire pression sur Charles-Quint, il lui suffit d’interdire ou de restreindre l’exportation des laines anglaises vers Anvers,
Les luttes économiques ont toujours existé ; de tout temps, chez les peuples dépourvus des produits de première nécessité, sont nés des sentiments de vive irritation contre ceux qui les détiennent. De là, au désir, lorsqu'ils sont les plus forts, de s’en emparer par la violence, il n’y a qu’un pas, parfois trop vite franchi.
Parallèlement au problème des matières premières, . celui des débouchés s’est posé de bonne heure. Le marché européen se ferma très tôt. Nous avons vu que les difficultés qui avaient surgi entre Henri VIII et Charles- Quint avaient empêché les marchands anglais d’écouler leurs stocks de drap sur le marché des Pays-Bas. D'une manière générale, l’insécurité politique continuelle de l'Europe ne pouvait qu’inciter les principales puissances européennes à se créer un domaine colonial répondant à leurs besoins économiques. Mais la métropole voulait se réserver le bénéfice du marché de ses colonies, et cet avantage était même considéré comme un des buts principaux de la colonisation. Les règles suivies en ces matières par les principales puissances étaient à peu près les mêmes, et, d’ailleurs, toujours très rigoureuses. En voici l’essentiel :
1° Les produits métropolitains avaient seuls accès sur