‹ L'évolution des moyens de transport [microform]. Voyageurs--lettres--marchandisesChapitre 35 sur 75 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Le Budget et le Personnel des postes sous

l'ancien régime.

Les bureaux loués à des sous-fermiers. — Celui du Nivernais rapporte 38.000 francs en 1700. — Gages des employés : 570 francs en moyenne; de 180 francs à 7.000.— « Lettres en déboursés. » — « Lettres en rebut. » — Plis taxés à l'arrivée. — En 1738, le bail de la ferme est de 11 millions de francs. — Les Rouille-Pajot se partageaient le bénéfice. — Leur bail est brusquement résilié par le Cardinal de Fleury. — La poste est mise en régie.

— Le revenu net des postes monte à 15.600.000 francs en 1768, à 23 millions en 1790. — La place du régisseur Grimod de la Reynière vaut 400.000 francs. — Le produit net actuel (1913) est de 46 millions, mais le produit brut est de 370 millions au lieu de 33 millions en 1791.

— Pour l'ancien régime, les postes étaient surtout un impôt. — La Révolution, en dix ans, double Timportance du service ; le chififre des kilomètres parcourus passe de 7 et demi à 15 millions. —Jusqu'au milieu du règne de Louis-Philippe, nombre de petites villes se passent de bureaux de poste. — La distribution est hebdomadaire dans les campagnes. — Telle commune, qui n'en voulait pas davantage en 1832, a besoin de 9 facteurs en 1910.

Sous TAncien Régime, à Tépoque où la poste était en ferme, les bureaux de province étaient, tantôt loués à des sous-fermiers, qui les faisaient valoir pour leur compte, — celui du Nivernais rapporte ainsi 38.000 francs par an (1700), — tantôt confiés à des employés analogues à nos receveurs actuels. Les gages de ceux-ci, dont la moyenne était de 570 francs, — 801 bureaux coûtaient 480.000 francs sous la Régence, — variaient suivant les localités depuis 5.500 et 7.000 francs, pour Bordeaux, Besançon ou Amiens et depuis 2.800 francs, pour Aix, Bayonne ou Compiègne, jusqu'à 180 francs, sommes comprenant les frais de bureau et le loyer, que le comptable essayait parfois de porter en dépense, mais qu'on lui rayait impitoyablement à Paris. Les autres articles étaient les « lettres en déboursés » , dont Taffranchissement était avancé partiellement par le bureau de départ, et les « lettres en rebut », que leur destinataire avait refusé de payer. Les recettes consistaient dans les ports encaissés, classés soit en deux catégories, — Paris et province, — soit d'après le détail des bureaux d'origine : sur 65.000 francs recouvrés par celui de Genève en 1693, les lettres venues de Lyon représentaient presque les deux tiers; celles de Strasbourg, Huningue,

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Besançon et Annecy, toutes ensemble, 3.150 francs seulement. A Paris, à l'arrivée des courriers, les principaux associés de la ferme, tant Pajot que Rouillé, au nombre de 8, taxaient eux-mêmes les plis, leurs commis triaient et 80 facteurs faisaient la distribution.

Telle était la situation en 1738, où le bail primitif de 3.900.090 francs en 1672, et de 6.300.000 francs en 1683, accru en 1694 des postes de Louvois, s'était peu a peu élevé à 11 millions de francs. Durant cette période, la « surintendance des postes » avait plusieurs fois changé de titulaires, depuis Torcy, à qui le cardinal Dubois l'avait enlevée, jusqu'à Fleury, qui se Tétait attribuée depuis quelques années. Mais la dynastie des Rouillé-Pajot se perpétuait immuable; hiérarchisés et disciplinés vis-à-vis les uns des autres comme des étrangers, mais travaillant comme une famille unie dans un bien^ patrimonial. Les filles avaient pour dot une part dans la ferme ; mais les gendres comme les fils recevaient leur décompte en fin d'années, sans avoir la liberté de le vérifier.

Le profit que chacun savait être considérable,. se partageait entre tant de personnes que cela ne faisait pas un particulier ou deux assez riches pour donner de l'envie; pourtant le ministère

désirait depuis longtemps savoir le chiffre de ces bénéfices. Pontchartrain, contrôleur général des Finances sous Louis XIV, avait une fois tenté de voir clair dans cette situation ; mais les Pajot, en donnant une forte somme pour les bâtiments du Roi, s'étaient assuré le repos et le Régent n'avait pas eu plus de pouvoir. Brusquement, un matin de l'année 1738, Fleury annonça aux fermiers que le bail était résilié et les invita à remettre séance tenante le service aux frères Grimod et Thiroux, désignés pour leur succéder en qualité de simples régisseurs. Ceux-ci, au nombre de 6, étaient gratifiés ensemble d'un traitement fixe de 270.000 francs, plus une participation du tiers dans les recettes nettes au-dessus de 11 millions de francs, chiftre de l'ancien bail.

Le Trésor ayant encaissé l'année suivante 1.500.000 francs de plus, on en peut conclure que le bénéfice des fermiers était d'environ 2 millions. Trente ans plus tard (1768), le revenu des postes montait à 15.600.000 francs; il était de 23 millions au moment de la Révolution ; ce qui n'avait pas empêché les régisseurs-intéressés de s'enrichir à leur tour : la place de l'aîné des Grimod, le S*" de La Reynière, passant pour valoir 400.000 francs par an.

Le produit net serait d'ailleurs un bien mauvais

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indice du degré d'utilité, de progrès et même de bonne gestion des Postes. Ce service public, qui en 1791, rapportait :23 millions à l'État, et moitié plus sous la Restauration, ne procurait à notre budget de 1913 qu'un boni de 46 millions, y compris les télégraphes et les téléphones. Le produit brut, d'une date à l'autre, a progressé davantage': il était de 33 millions de francs en 1791, il est aujourd'hui de 370 millions. L'ancien régime exploitait donc à 70 p. 100 de gain; pour lui, les postes étaient surtout un impôt; dans l'exploitation contemporaine, — à 12 et demi p. 100 de gain seulement, — le côté fiscal passe tout à fait au second plan. La comparaison des produits bruts, à deux époques diverses, nous renseignerait encore très mal sur le développement effectif de l'organisme, parce qu'il y a cent vingt-huit ans, les tarifs étant très élevés, on obtenait une somme relativement forte avec un nombre assez faible de correspondances.

La Révolution eut cette conception du rôle .moderne des postes et tenta bravement de le réaliser : en dix ans, malgré les troubles intérieurs et la guerre étrangère, elle doubla fimportance de ce service. L'emploi des petits courriers ou entreprises particulières, c'est-à-dire des piétons ou des méchantes charrettes à un cheval

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dont le conducteur, assis sur une botte de paille, avait sa malle derrière lui, subsistait, pour des routes de première importance comme celles d'Amiens, Orléans, Reims, Troyes, Saint-Quentin, Rouen, Chartres et la Bretagne, jusqu'en 1791, Des malles furent alors établies sur toutes les grandes routes; V « entreprise » fut réservée aux chemins de traverse. Gomme les maîtres de poste étaient tenus au transport gratuit^ — sauf le pourboire du postillon, — de deux malles par semaine, tandis qu'il fallait leur payer assez cher le port de la troisième, l'ancienne administration ne se pressait pas d'établir ce troisième ordinaire, dont tout le Midi notamment était privé. Dans le Nord, il n'y avait pas longtemps que des services directs avaient été institués entre des villes peu éloignées, qui précédemment n'étaient reliées qu'avec la capitale. Aussi, de Mézières à Charlemont, — trajet de 10 lieues, — une lettre mettait-elle trois semaines, parce qu'elle devait aller à Paris et en revenir.

En comparant, de 1791 à l'an IX (1801), le parcours annuel des agents des postes, en voiture, à cheval ou à pied, l'on constate que, dans l'espace de ces dix années, le chiffre des kilomètres était passé de 7 millions et demi à 15 millions. — Il est aujourd'hui de 260 millions, dont

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189 millions sur voies ferrées. — Quoique les postes eussent ainsi doublé d'importance, leur produit brut avait à peine augmenté (de 33 millions à 35) et leur produit net avait baissé (de 23 millions à 16 et demi).

Xes recettes étaient demeurées stationnaires : parce que le tarif des affranchissements avait été abaissé et que le port des papiers de procédure, — le sac à procès était une partie notable du trafic postal sous la monarchie, — était moins lucratif .depuis que les tribunaux avaient été rapprochés de leurs justiciables. Les dépenses au contraire s'étaient beaucoup accrues : l'extension du service en poste à un très grand nombre de routes n'avait pu se faire qu'à un prix quatre fois plus haut qu'en 1791, pour dédommager les maîtres des postes de la presque inactivité à laquelle ils étaient réduits, par la concurrence des voilures libres, presque aussi rapides que les malles ; quant aux buralistes, leur traitement avait grossi à proportion du travail qui leur était imposé. Quoique ce travail se fût multiplié depuis le début de la Révolution, rien n'eût pu faire prévoir en 1801, ni même en 1840, le prodigieux développement des postes qui, dans notre France contemporaine, véhiculent, classent et font annuellement parvenir à leur adresse trois mil-

liards et demi de lettres, de cartes, journaux et papiers de toute sorte.

Si l'on suit en détail dans certaines localités la marche du progrès postal depuis^ cent ans, on remarque que, jusqu*au milieu du règne de LouiS'Philippe^ nombre de petites villes ne possédaient encore ni bureaux, ni distribution journalière. Quant aux simples communes rurales, la plupart se contentaient d'une distribution par semaine. A Peyreleau (Aveyron) où le facteur passait tous les huit jours, une délibération du Conseil municipal s'exprime ainsi en 1832 : « Le service actuel des postes suffit aux besoins; le service journalier ne serait d'aucun avantage, » En 1843, ce chef-lieu de canton fut doté d'une receveuse à 180 francs par an ; en 1850, il eut deux facteurs; maintenant, il en a sept et il en demande deux de plus, << indispensables », dit-il (1910). Il reçoit de différentes directions quatre courriers par jour et émet environ 2.000 mandats. Plus tôt ou plus tard, suivant les régions, l'ancien porteur à 100 francs par an, payé parfois en nature par un poids convenu de blé, fut remplacé par une administration plus perfectionnée; mais partout, une fois éveillé, le besoin de communications grandit à mesure qu'il était satisfait.

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