‹ L'évolution des moyens de transport [microform]. Voyageurs--lettres--marchandisesChapitre 36 sur 75 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

Le télégraphe aérien.

CanoD^ de 2 en 2 lieues, de Francfort à Paris, pour annoncer une nouvelle, en 1742. - Pigeons voyageurs en Orient. — Le télégraphe du jardin du Luxembourg en 1690. — L'invention d'Amontons. — Le a tachygraphe »

. ou « télégraphe » de Ghappe (1791). - Expériences de Ménilmontant. - Première ligne de Paris à Lille. — 196 positions. - 2 signaux par mot. - Vocabulaire de 1795 : 8.464 mots usuels. — 14 kilomètres entre les stations. - La première dépêche du 15 Fructidor an IL -- Jalousie de cette invention à l'étranger. - Difficultés d'argent. — Efiforts héroïques de Ghappe. — Lignes de Paris à Strasbourg, Brest, Milan. - Développement de 4.000 kilomètres, en 1852, lorsque le télégraphe optique disparut.

Ces communications allaient être accélérées au XIX* siècle par la vapeur et l'électricité; le xviii* siècle, en ses dernières années, vit seulement la naissance du télégraphe aérien. On avait eu ridée, lors de l'élection de TEmpereur en 1742, de placer des canons de deux en deux lieues de

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Francfort à Paris, « ce qui aurait fait connaître la nouvelle en cinq heures ; » mais le transport des canons aurait, parait-il, coûté 34.000 francs. Les pigeons voyageurs étaient pourtant connus, à cette époque, et employés en Orient par les capitaines de navires qui, en arrivant à Alexandrette, leur confiaient des missives pour les négociants d'Alep ; Ton en lâchait aussi de Bassora pour Bagdad, éloigné de plus de cent lieues.

La première expérience d'une petite ligne télégraphique fut faite dans le Jardin du Luxembourg (1690), sous le patronage du Dauphin et de sa maîtresse, la grosse M"^ Choin, très enthousiaste de cette idée, bien que l'histoire ne lui prête pas d'ordinaire un grand mouvement dans l'esprit. L'invention était due à Amontons, de l'Académie des Sciences, qui trouva, dit Fontenelle, le moyen de faire parvenir une nouvelle en trois ou quatre heures aussi loin que de Paris à Rome, sans qu'elle fût sue dans tout l'espace compris entre les deux villes. « Cette proposition si paradoxale et si chimérique en apparence fut exécutée sur une petite étendue de pays; » des gens disposés en plusieurs postes consécutifs, munis de longuesvues, apercevant les signaux, se les transmettaient les uns aux autres jusqu'au dernier en aussi peu

de temps qu'il fallait au premier poste pour faire les signaux au deuxième.

Manquait-il à cette découverte quelque détail qui la rendît pratique? Toujours est-il qu'elle sommeilla durant cent années, jusqu'à ce que Claude Chappe établît en 1791 à la barrière de rÉtoile son premier tachygraphe, — qui écri vite, — plus heureusement baptisé par Miot, chef de division à la Guerre, de télégraphe, — qui écrit de loin. — Une expérience officielle, ayant été décidée par l'Assemblée Législative, après que la première machine eût été nuitamment brisée par des hommes masqués, une seconde fut hissée à Ménilmontant, chez Lepelletier Saint- Fargeau. Celle-ci fut incendiée par la populace comme suspecte de permettre à Louis XVI, enfermé au Temple, de correspondre avec ses partisans. Reconstruit sous la protection de la force armée, un nouvel appareil donna des résultats si probants par un échange de dépèches avec Saint- Martin-du-Tertre, localité distante de 35 kilomètres, que Chappe, appointé « ingénieur-télégraphe » à 5 livres 10 sous par jour (1793), fut aussitôt chargé de mettre sur pied une première ligne de Paris à Lille.

Au châssis mobile de 1°^,65 centimètres de long sur 1°^,35 centimètres de large, garni de lames de

Persiennes à deux faces, blanches et noires, et flanqué de deux autres châssis plus petits qui se profilaient sur Thorizon, Topérateur, placé dans une chambre basse, donnait Timpulsion avec un système de cordes et de poulies; lesquelles actionnaient aussi un petit appareil de contrôle, le repétàewr, placé à côté de lui. Quoique la machine pût prendre cent quatre-vingt-seize positions, chaque mot, au début, n'exigeait pas moins de six signaux, réduits peu après à deux par les vocabulaires de 1795.

Il fut alors dressé trois répertoires distincts de quatre-vingt-douze pages chacun, à quatre-vingtdouze mots par page, correspondant aux quatrevingt-douze signaux ou développements du télégraphe dont Tun indiquait la page et l'autre le mot. Le premier de ces codes renfermait ainsi 8.464 mots usuels; le second contenait un même nombre de phrases, pour la Guerre et la Marine; le troisième était géographique. Entre Paris et Lille, les seize stations, à 14 kilomètres en moyenne les unes des autres, furent reconnues plus tard trop espacées pour assurer une marche normale ; de même avait-on suivi trop rigoureusement le principe de la ligne droite, au lieu de choisir les hauteurs les plus propices.

Le jour pourtant où apparut sur le dôme du

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Louvre, cimier bien maigre et peu esthétique pour ce casque géant, la mécahique parlante de Chappe, fut une date mémorable dans rhistoire des communications. Le 15 fructidor an II (!•' septembre 1794), parvenait la première dépèche, pour laquelle les appareils se déployaient simultanément depuis la tour Sainte-Catherine, à Lille, jusqu'au dernier poste de la butte Montmartre. C'était la nouvelle d'une victoire ; Carnot vint en donner lecture à la tribune de la Convention : « La ville de Condé est restituée à la République ; la reddition a eu lieu ce matin à six heures ».

Bien que l'histoire politique de la Révolution, — la seule écrite jusqu'ici, — ait, suivant sa coutume pour tout ce qui n'est pas la lutte voyante et brillante des partis, à peine mentionné l'inauguration dû télégraphe aérien, ce succès national excita grande jalousie à l'étranger: il parut en Allemagne des pamphlets pour décrier la machine de Chappe et en démontrer l'absurdité. A la tète de ce mouvement, Bergstrasser, l'auteur de la synsématographie, écrivait au roi de Prusse : « Le télégraphe sert à amuser les Parisiens qui, les yeux fixés sur la machine, disent : Il va! Il ne va pas! » Il alla pourtant, mais on a peine à • comprendre comment. Tout manquait à Chappe, l'argent surtout, quoique son administration nais-

santé parût disposer de « 13 millions par an ». Mais au temps où 100 francs valaient 5 sous en assignats et 0,60 centimes en mandats « territoriaux » du Directoire, ces 13 millions de papier représentaient à peine 90.000 francs en numéraire.

La ligne de Strasbourg exigeait 6.000 livres de fil de laiton; Chappe en obtint 300 et imagina d'y suppléer en empruntant aux mobiliers confisqués, épars danâ les magasins nationaux, les cordes de métal employées naguère à la suspension des lampes. A Metz, lorsque déjà la toiture du bâtiment où siégeaient Tes administrateurs du district était enlevée pour faire place à Téchafaudage du télégraphe, le travail fut interrompu faute de fonds, et les fonctionnaires, faute de toit, allèrent siéger ailleurs. L'an VI enfin, à l'occasion du Congrès de Rastadt, le Directoire délivra 176.000 francs en numéraire pour la construction de cette ligne de 600 kilomètres, comprenant 46 postes de Paris à Strasbourg ; elle fut achevée en 5 mois. Les baraques étaient en bois; celles de la ligne de Paris à Brest furent construites la même année, en maçonnerie, au nombre de 55 sur un parcours de 870 kilomètres. Trois lignes fonctionnaient au début du Consulat, le 18 Brumaire : celles du Nord, de l'Est et de la Bretagne.

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Celle de Lyon, assez avancée, fut prolongée sous rEmpire jusqu'à Milan et Venise, et 1 ensemble du télégraphe aérien comportait en 1852, lorsqu u disparut, un développement de 4.000 kilomètres. Ce télégraphe primitif ne faisait pas de recettes, réservé comme il Tétait aux dépêches officielles avec, pour unique client, la loterie d'Etat dont il publiait les numéros gagnants. Son budget en 1814 s'élevait à 360.000 francs ; chiffre modeste auprès des 96 millions de francs que produisaient nos télégraphes et téléphones de 1913.

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