‹ L'évolution des moyens de transport [microform]. Voyageurs--lettres--marchandisesChapitre 8 sur 75 · ROUTES DU MOYEN AGE, PISTES OU SENTIERS · texte numérisé non relu

ROUTES DU MOYEN AGE, PISTES OU SENTIERS

voisines, comme l'explorateur aujourd'hui entre deux villages de l'Afrique équatoriale.

La venue d'un prince, d'un personnage de marque, avait cela de bon au moyen âge pour Tédilité que l'on ne se contentait pas de joncher de verdure les rues qu'il devait parcourir, mais qu'aussi l'on ôtait le fumier qui les encombrait, « pour élargir le chemin par lequel gens de cheval, ni charrettes ne pouvaient passer »; les autorités se remuaient et forçaient les possesseurs des terrains limitrophes à « rhabiller la route » d'urgence. Pareils expédients étaient encore de mise sous Louis XIV, puisque Golbert écrit à l'intendant de Bourbonnais, où devait aller le Roi : « Il faut faire remplir les mauvais endroits de cailloux ou de pierres, s'il y en a dans le pays ; sinon, les remplir de terre avec du bois ; et vous pouvez employer un troisième moyen qui serait de faire ouvrir les champs en abattant les haies et en remplissant les fossés pour le seul passage du Roi. Ce sont là les expédients dont on s'est toujours servi pour faciliter les voyages du Roi dans toutes les provinces par où Sa Majesté doit passer. » En 1788, à la fin de la monarchie, l'intendant de la généralité de Tours écrivait à la municipalité de Saumur « d'avoir à rendre praticable le chemin qui conduit à cette ville, afln

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que le carrosse de Mesdames, sœurs du Roi, qui devait y passer, ne reste pas embourbé comme à leur précédent voyage ».

Tomber dans des trous pleins d'eau où Ton pense se noyer, traverser des kilomètres de terrains marécageux au risque, pour les chevaux et les cavaliers, d'y rester enlisés en hiver, s'enfoncer dans les boues au milieu d'un village, verser • par la maladresse d'un postillon, se casser un membre ou perdre la vie, furent des éventualités fâcheuses, bien que normales, auxquelles les voyageurs demeurèrent exposés pendant des centaines d'années et jusqu'à des temps tout proches de nous : avant 1820, de Lyon à Sury, près de Montbrison, les chemins étaient si mauvais qu'il était tout à fait extraordinaire de ne verser qu'une fois pendant le trajet.

On s'y résignait; on mettait 12 heures pour faire 6 lieues ; on attelait 22 chevaux à la diligence pour lui faire franchir les mauvais pas; on attendait que le véhicule brisé fût réparé, à prix exorbitant, par le charron local qui profitait de l'aubaine. Si la route défoncée cesse d'être accessible aux charrettes, on fait venir le blé sur des chevaux de bât; si l'objet n'est pas transportable, on prend patience : en 1698, le chemin de Paris à Dijon est si déplorable que, les États de

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Bourgogne ayant voté l'achat d'une statue de Louis XIV, qui remonta par eau jusqu'à Auxerre, on tenta vainement de Tacheminer par terre jusqu'à Dijon. Il fallut s'arrêter dans un bourbier, à une lieue d' Auxerre, où le bronze attendît vingt et un ans, sous un hangar, que la route s'améliorât.

Monotones et séculaires, les lamentations des commerçants, des corporations, des assemblées locales, sur les passages « gâtés », rompus, ruinés, inondés ou inaccessibles, rempliraient des volumes. Pour un même transport, sur une même distance, le prix des charrois doublait suivant que la voie était plus ou moins difficile. Je ne parle ici que des routes postales et des terrains plats; les montagnes n'étaient abordables qu'à pied ou à cheval. Avant la construction de la première route, ordonnée par \e Premier Consul (1800), la traversée des Alpes entre Lyon et Turin s'opérait à dos d'homme ou de mulet; on démontait les voitures et Ton transportait séparément caisse, roues et brancards, que l'on remontait sur le versant opposé. Quant aux chemins de « paroisse à paroisse », la plupart n'étaient praticables que pour les bêtes de somme ; nul n'aurait osé, il y a cent vingt ans, entreprendre un réseau vicinal ; les commissaires

delà Convention étaient unanimes à déclarer que la dépense serait trop forte et que la contribution ferait trop murmurer. Sur les chemins d'importance moyenne, si étroits que les voitures devaient y passer toujours par les mêmes ornières, le célèbre Réaumur imagina sous Louis XV, pour les affronter en berline sans le secours des pionniers, de raccourcir les essieux des petites roues, afin qu'ils ne fussent pas accrochés sans cesse par les bords en cuvette des talus.

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