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CHAPITRE XI L68 Auberges et Hôtelleries

Prii éeê boM Ii6l«lt à Ltoo. tout Louit XV. — 73 frAnc» ptr Jour poor on ménage. — Opinion d'Eresnie. au XVI* riètU, sur les tiiberg«« de France et d'Allemagne. et Mabillon en Suiate. — Jagementa con- — • Ifaiaons d'étrangère ■ aooa la Rérolatioo. — • La btUe liôtMae a pratique arec dea garnemeou ». — La Pranee • patrie daa étraogera ». — 8 fr. àToura, poor le petit déjeuner en 1784. >- 400 punaiaea à fkMal Salnt-Jalieo, à Naotea. — U patron de l'hdtel dTork à Paria, fait daoaer tea domaati^Ma pour di?artir lei Toyageara. — Laa liu infMaiira ao nombca à oahii dea bôlaa. ~ Nécaiiité de eoacher avec dea inconnue.

— La • masTaia eoocbaar ». — Lee aubergea de Pranea d'aprèa Locke au xvti« et Arthur Young au xvm* aiècle. — « Si voua étiez Tenu, il y a aeulement troJaiamiinat, citoyen, Toua auriez eu de la moutarde. »

— • On lo0» à piad at 4 cbevai. > — Laa • Baigaenra. •

— L'écart angBiarta aatra laa bôteUeriea da taïa. — Prix daa lapaa at dea chambrée, au moyen âge et aax tempa uiodariai, — HAtala du Pont-iam-PartU, de 7o«- 9tmt de CamrUmdê. — Appartaaanta à SM franca par

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La première auberge où se présente la famille SmoUet, à son arrivée à Lyon, lui demande 27 francs par jour « pour un appartement composé de trois médiocres chambres an troisième étage >», plus 72 francs pour le souper et le dîner et 7 francs pour son domestique. « J'en aurais eu pour 100 francs par jour sans compter le breakfast et le café de l'après-midi. Je fus si suffoqué de cette volerie que, sans répondre un mot, nous nous fîmes conduire à une autre auberge où je suis maintenant. Je paie 75 francs par jour, je suis très mal logé et très médiocrement nourri; j'aurais pu économiser moitié en mangeant comme et avec tout le monde; mais c'est un plan que ni ma santé, ni celle de ma femme, ne me permettait de suivre. »

Les loyers étaient chers à Lyon et ils augmentèrent fort sous Louis XVI; celui de l'hôtellerie du Parc, la plus fréquentée de la ville, passa, de 1778 à 1787, de 22.000 à 40.000 francs. Sans doute les prétentions des hôteliers lyonnais avaient haussé depuis le zti* siècle, où Érasme, surpris do leur bon marché, déclarait ne pas comprendre comment ils peuvent traiter avec cette abondance pour un prix si médiocre : « On croirait, dit-il, qu'ils y mettent du leur plutôt que de chercher à amasser du bien ». Il n'en était

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pêB de même des « hôtes » d'AUemagoe, gens de qua' *^ ---rois qui, toujours au dire d'Érasme, ne 11. lit arrogants TÎs^-vis de la clientèle et

loi mettaient Tolontiert le marché à la main : « Si vous n'ètet pas content, tous tenez le remède, allez ailleurs ».

En Suisse, au contraire, Montaigne se montre fort satisfait des hôtels où, dans les salons appdés « poêles», tendus de cuir gaufré et ornés de Tôlières, on jouo de Torguc, de la Tiole ot de Tépinette. « Lorsqu'on arrive dans une aul>erge suisse, écrit cent ans plus tard (1682) le bénédictin Mabillon, l'hôte et l'hôtesse tous tendent la main et vouii assurent qu'il ne pouTait venir personne chez eux qui leur fût plus agréable. » Ces bons procédés n'empêchaient pas qne, dans la salle à manger, les mouches étaient en si grande abondance qu'il fallait s'en détendre aTec on petit balai.

Les mots, suiTsnt les caprices de la langue, se renouvellent plus ou moins vite que les choses ; tantôt les mémei choMet se sont exprimées suivant les époques par des mots différents ; tantôt des mots immuables continuent à désigner des chose* transformées, Cest ainsi que le mot d' « hôtel » s'est maintenn de l'HôleUDicu à l'ilôteUPalace, bien que les rites de l'hospitalité et aussi sa

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forme et ses prix aient changé depuis 700 ans. L'hôte, sacré pour les peuples antiques* n*est plus regardé de nos jours comme « envoyé des dieux w que par les aubergistes dont il alimente le commerce. Les nations civilisées sont peu tendres aux nomades pauvres, dits « vagabonds » ; c'est chez elles désobéir à la loi que de ne pas demeurer quelque part. Aux nomades riches dits « cosmopolites n l'abri tarifé que réservent les caravansérails modernes n'a rien de commun avec celui que nos pères trouvaient dans les « hôtels » ou, quand ce terme aristocratique fut passagèrement proscrit à l'époque révolutionnaire, dans les « maisons d'étrangers. »

Un édit flscal do 1628 imagina, sans succès d'ailleurs, d'ériger en offices héréditaires la profession des hôteliers; cela n'eût pas égalisé leurs talents ni leur humeur dont les jugements contradictoires des voyageurs nous attestent l'extrême variété. « Avec quelle joie le soir, quand vient la lin de l'étape, dit un bourgeois du temps de Richelieu, n'aperçoit-on point l'hôtellerie et comme on admire la prudence et humanité de celui qui, le premier, inventa de bÂtir semblables lieux sur les grands chemins où un homme hara.ssé, et mouillé, quoique étranger et inconnu, est aussi bien traité qu'en sa maison. » Il n'était

(VAS toujourt» auMi bien traité, lorsque « la belle bôtesse a pratique avec des gamemeots qui, la nuit, dévalifent les toyag^urs ».

Les maîtresses d'hôtel, servantes, etc., écrit un

\Qglais sous Louis XV, « n'accueillent pas les

irangers avec complaisance, ne viennent pas à

our rencontre; il faut demander plusieurs fois

me chambre pour l'obtenir!... » Au contraire,

î I. la même année (17d3), rante la chère

lait dans nos auberges, la promptitude

loUe on est senri, les lits excellents, Tair

<le la personne qui vous sert à table,

la plus accomplie de la maison, dont le

! et les manières inspirent le respect au

libertin le plus éhonté. Qui voit avec plaisir les

valets en Italie avec leur effronterie et leur inBo-

lonce?« De mon temps, on ne savait en France ce

|ue c'était que surfaire; c'était véritablement la

patrie des étrangers. »

Tout flatteurs qu'ils soient pour notre amourl»ropre national, ces éloges ne sauraient être icceptés sans réserve : à Tours, en 1784, une voyageuse ne trouve pour souper que « les restes d'une carpe laissée sans doute par de précédents convives auxquels l'odeur avait sufQ • ; elle préfère se contenter d'un morceau de pain. Un déjeuner composé « de deux petits pains, d'un

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peu de beurre, de trois cuillerées de lait, de sucre jaunâtre et d'eau bouillante (j'avais mon propre thé), nous est compté 8 francs et tout à l'aTOnant >». La propreté de l'hôtel Saint-Julien, à Nantes, laissait gravement à désirer : « nos lits fourmillaient de punaises, ma femme de chambre et moi en tuâmes 04 : deux jours après, oo démonte les lits et on tue près de 400 punaises; jamais, depuis le commencement de noti voyage, nous n'en avions vu en telle abondance. Ciiaque nuit, pendant une semaine de séjoui leur massacre partiel continua avec succès.

C'est d'hier ou d'avant-hier seulement, depuile regain de clientèle apporté par la circulation automobile, que les punaises ont disparu dans le< petites villes; il y a longtemps en revanche qu'a Paris un patron n'offre plus, comme sous Louis XVI aux voyageurs de Thûtel d'York, ru»' Jacob, ce divertissement délicat et gratuit de vo. danser ses domestiques dans la grand'salle.

Un touriste actuel no noterait plus, comme Gaspard Dollfus eu i()63, que l'hôtellerie de Flandres à Paris est un bon gite, parce qu il s'y trouve feul dans une belU chambre avec uo lit bien monté » ; la jouissance d'une chambre et d'un lit nous paraissent banales et constituant pour chacun le minimum de confort et de mobi-

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lier. Krreuri .Nans parler den petites auberges comme celle où M*' de S^Tigué ue troutait pour lit que de la pailU fraîche « sur quoi, racootet-elle, nous avons tous couché sans nous désha- ' filaient généralement en nombre 11 des h6t«s ; d'où nécessité de coucher souvent avec dea inconnus.

L'cxpresaion de • mauvais coucheur • ne se prenait pas jadis au figuré; car lorsqu'on avait, par une civilité assez ordinaire, « offert la moitié de son lit » à un survenant tardif, affligé d'un naturel égoïste ou agité, on risquait de passer une nuit sâDS sommeil. Ht comme la pièce principale, qui servait aussi de salle à manger, était toujours garnie de plusieurs lits on se trouvait, en cas de presse, sept ou huit voyageurs de différents sexes à coucher dans la mémo chambre. Que les gens aisés apportassent leurs draps lorsqu'ils avaient à passer la nuit dans de médiocres bourgades, on ne s'en étonnera pas; mais qu'à Versailles, sous Louis XV, un maréchal de France, descendu à l'hôtel Fortisson, mentionne, comme une chose toute naturelle, qu'étant accompagné de deux autres personnes, il fait venir des lits de Saint-Germain, voilà qui nous éclaire sur le degré d'indigence du mobilier dans les auberges des plus grandes villes.

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Les meubles y sont en général si mauvais disait Arthur Young vers 1787, qu'un aubergiste anglais en ferait du feu ; il n'y a ni balai, ni sonnette, les domestiques sont sales, la cuisine est noire de fumée et les murs des autres pièces blanchis à la chaux ou couverts de Tieilles étoffes qui sont nids à teignes \^i à araignées. Nous devons à Locke, cent ans plus tôt, une description aussi peu séduisante des auberges de Boulogne et d'Abbeville qui, dit-il, « ne sufliraient pas à garantir un berger d'Ecosse contre les atteintes de Tair » et offrent, ({uoique mal closes, un assemblage d'odeurs nauséabondes. Grande bigarrure d'ailleurs : à Blois, la chambre de l'hôtel Gallère, où Louis XIV, dit-on, s'arrêtait lors des chasses, possède encore en 1765 un sopha en yelours vert brodé, ses murs sont tendus d'étoffe magnifique tissée de soie et d'argent ; mais les portes et le plancher seraient tout au plus dignes d'une chaumière, les fenêtres d'une écurie et le plafond d'une grange. Au Havre, dans le meilleur hôtel, sur un sol carrelé et sans tapis, une table en bois blanc et quelques chaises communes voisinent avec deux beaux miroirs garnis de chandeliers.

Les prix de jadis, tels que nous les relevons durant sept siècles dans les comptes des voya-

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içeurv. - ' 'rs, si nou^ lot»

rapprocli: i\ : nuls hùleis de

Paris ou même de protince ; mais c'est au prix des auberges actuelles de chefs-lieux de canton où, disait naguère l'enseigne, « on loge à pied et à cheval », qu'il faut les comparer, parce que c'est à ces auberges qu'ils correspondent. Encore les gros bourgs de notre république se piquentils de plus de rafQnement, sur les détails de l'habitation ou de la nourriture, que ceux d'il y a cent vingt ans et il n'est pas de petite localité où l'on répondrait aujourd'hui comme en 1802 l'hôtelier d'Yvetot au dineur qui demande de la moutarde : « J'en suis désolé, citoyen, mais je n'en ai pas. Si tous étiez Tenu ici il y a seulement trois semaines, vous en auriez eu. »

Au moyen Age la différence de tarif entre les deux classes de voyageurs, — cavaliers et piétons, — ne représente pas seulement le fourrage et l'écurie du cheval, mais aussi, pour son propriétaire, un gite meilleur et un ordinaire plus copieux que celui de l'homme de pied : le premier payait 12 et 13 francs par jour lorsque le second ^, n'en payait que 5. Suivant la qualité des hôtes et ^Hles prétentions des aubergistes, la dépense, par ^VHngt-quatre heures, variait de 3 fr. 30 pour un

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o ir. 20 pour un m haut ménestrel » (1441 7 et 8 francs pour des messagers et valets de prince, à 17 francs pour un magistrat accompagné de son clerc. Le duc de Bretagne, avec sa suite de 20 personnes, payait 105 francs à Saint- Orner (1361) ; soit par tète moins cher que le sieur de Gouberville dont la note était de 7 fr. 50 en Touraine(1554). Ces chiffres comprenaient dîner souper et coucher, un morceau de pain avec ui. coup à boire au matin et deux fagots par jour. Un repas seul coûte de 3 francs à Corbeil pour un journalier (1384) jusqu'à 0 francs à Rouen pour un gentilhomme (1422).

L'écart aux temps modernes augmente entre le prix comme entre les hommes, parce qu'il se crédes hôtelleries plus soignées pour les riches celle de VAugey où logeaient à Paris sou Louis XII les ambassadeurs de Maximilien, était un piteux gite auprès des hôtels Britannitfue rue Guénégaud, de Mantoue rue Montmartre, ou de la Heine-Marguerite rue de Seine, sous Louis XIV. Il existait encore des logis (1692) où Ton dînait pour 0 fr. 87 (5 sous), comme celui où descend en arri vant dans la capitale le paysan parvenu de Mari vaux, M petites auberges, dit ce personnage, À qu le mépris de la pauvreté a fait donner le nom de gargotes (?^ » et de nos jôurK d'ailleurs l'on eu

IIS AUBERGIS KT R«iTII,l.||llB8 13:^

trouverait d'analogues; mail le prix de 1 fr. 75 {{0 tous) passait au zrii* siècle pour infime) puisque Boileau dit d'une dame brelandière qu'elle

des affroDU qu« oe tooffrirtit psi fbflliMi d'une aQl>«rg« à dix êcui par rtpoê.

Let bons hôtels coûtaient 4 fois plus ; 7 francs ; les moyens avaient deux tables, l'une à 5 fr. 25, l'autre à 3 fr. 50. Quant aux jeunes élégants et aux personnes de distinction, c'est chez les baigneurt qu'ils descendaient arec leur laquais : le moindre logement y coûtait une ringtaine de francs; pour un séjour d'une quinzaine il en coûte 1.210 francs au duc de laTrémoTlle, nourriture et pourboires compris.

Les auberges rurales prenaient en moyenne 8 francs par jour à la fin de l'ancien régime : au Paouet, en Basse- Bretagne, on dînait pour 1 fr. 50 arec du pain, de la soupe, du bouilli et une pinte de cidre et, pour 50 francs en Provence, au Pont-Saint-Esprit, on avait 4 chambres et souper pour quatre avec filets d'ours, truffes, dessert, punch et vin. A Lyon le Russe Xaramsine paie 24 francs par jour et Arthur Young 16 francs à Nantes. Une famille anglaise de 5 personnes accompagnée de 3 domestiques, passe 24 heures à Calais chez Dessein, l'hôtel le

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pins répulé du continent, célébré par Sterne (lani> le Voyage sentimental, où les servantes, coilTées de bonnets à barbes flottantes, sont mises à la dernière mode : la note monte à 180 francs, dont 30 pour le logement des maîtres, autant pour le dîner, 28 francs pour 3 bouteilles de vin fln; 4 bougies sont comptées 8 francs, le thé 12 francs, le service 18 francs.

A Paris, Thôlel du Pont-Sans-Pareil, où descend le roi de Danemark sous Louis XV, l'hùlel de Tréville, rue de Tournon, où logea la suite de Joseph II lorsqu'il vint rendre visite à Marie- Antoinelle, l'hôtel de Montmorency et Thôtel du Parc Royal, rue Jacob, dont les appartements valaient Jusqu'à 935 francs par mois, n'étaient pas supérieurs par les prix seulement à leurs devanciers, mais aussi par le cadre et le traitement.

Sauf des couteaux de table, chose très difllcilo encore à obtenir sous le Consulat, à Paris comme en province, — chacun étant supposé apporter le sien, — le service était soigné; il se voyait à V Hôtel de Toscane^ rue dé Hichelieu et, place de la Hévolution, — aujourd'hui de la Concorde, — à V Hôtel de Courland^f des appartements luxueux à 520 francs par semaine, où les étrangers remplaçaient les anciens propriétaires

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