CHAPITRE ÎV Vitesse moyenne et durée des voyages
Rareté des déplaceroeoU. — Les c records j» des cbevaucheurs; 210 kilom^trea on 30 heures; 530 kilomètres en 48 heures au xv« sit^le. — Rapidit(> de transmission de certaineK nouvelles. — Etapes ordinaires de 50 kilomètres par jour en été pour les messagers à cheval. — De Nîmes à Paris le délai est de six semaines (1560). — De Toulouse À Paris, 15 jours (1588). — De Paris à Troyes, 4 jours 1/2 (1511). — De Paris h Madrid, 20 Jours au XVII* siècle; le courrier diplomatique, « à franc étrier p, tenu de faire le trajet en dix jours. — La vitesse augmente vers la fln du xviii* siècle. — Le Roi fait 12 kilomètres à l'heure dans ses déplacements. — La vitesse de Choiseul ; il met onze heures d'Arras k Paris en berline. — De Paris à Lyon, en < carrosse » public, par le Bourbonnais, 10 jours, avant 1775; 5 à 6 jours depuis 1775 par la Bourgogne ; 4 jours depuis 1810 en marchant jour et nuit; 3 jours sous Louis-Philippe; en 191S, par le rapide, 6 h. 20 minutes.
Sans doute Vergniaud Toyageait en diligence il ne »e voyait guère d'autres véhicules : « Tout aujourd'hui, dit Arthur Young à la même épo-
que, j'ai tuiri one 6m ploi grande! rouiet» à trente milles de Paris; je n'ai reucontré qu'une voiture de personne aisée et rien davantage qui y reesemblàt ». Les déplacements élaient-ils donc aussi rares à la veille de la Hévolutiuii qu'au milieu du siv* siècle où, d'après les registres dn f>^ge d'Aix (1348K il passait au maximum treiieo pcn^onneâ par jour allant de Provence en Languedoc ou eict verta»
En tout cas, malgré l'invention i . iturns publiques, il existait il y a cent vi- tniirt'
les voyageurs riches et pauvres, i ^iilT^^-
rence au point de vue du confort et il en existait autant au point de vue de la rapidité, qu'il Y en avait eu à l'époque où les deux modes de locomotion. — à pied et k cheiral, — disparus le nos jours en pays civilisés, étaient seuls en usage. Si la capacité de marche des piétons ne variait guère, celle des cavaliers offrait une diversité extrême :
Tantôt, montés sur quelque médiocre bète de louage, leur étape quotidienne ne dépasse pas une trentaine de kilomètres ; tantôt, chevauchant sans arrêt, Us font jusqu'à 170 kilomètres par vingt-quatre heures. Un courrier parcourt en trente heures (1491) les 210 kilom'ètres qui séparent Barcelone de Perpignan.
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Les grands événements s'apprenaient ainsi plus vite que dous ne serions portés à le supposer : le 28 août 1572, quatre jours après la Saint-Barthélémy, passe à CbÀteauneur-de- Mazenc, près Moutélimar, un messager annonçant de « prendre garde, car à Paris l'y aurait eu quelque tumulte ! » La nouvelle avait donc mis une centaine d'heures à franchir les 671 kilomètres qui séparaient la capitale de ce petit bourg du Dauphiné. Lorsque Charles VII mourut au château de Meung, près de Bourges, le 22 juillet 1461, entre une et deux heures de l'après-midi, trois messagers furent aussitôt dépêchés au Dauphin à Genappe, en Brabant, à 530 kilomètres de là ; « ils crevèrent trois chevaux, » dit le chroniqueur et, moins de quarantehuit heures après, Louis XI apprenait qu'il était roi. Comme contraste à ces vitesses exceptionnelles, un messager à cheval met sept jours et demi pour aller de Montbard (Bourgogne), à Corbeil, près Paris (1384), faisant ainsi 2S kilomètres par jour ; un maçon on fait 30 dans un voyage (aller et retour), de Rouen à Lyon et Grenoble (1477) où il emploie 52 jours.
De grands personnages cheminent avec une lenteur égale ; lorsque, par exemple, l'empereur Charles IV, quittant Paris après une visite au
MOiVfiNi ET urnsg pes voyagea
roi de France (1377), s'en Ya le premier jour coucher à Legny et le lendemain à Meuix. Ces repos Youlus sont proprement do tourisme^ comme ceux d'un chevalier qui passe dix*sept jours à aller d'Arras à Paris ; mais ce trajet de 193 kilomètres ne prend que trois jours à la
mteete d'Artois, lorsqu'elle veut le faire rapidement aTec ses g«iu et ms bagages.
L'allure 'de 64 kilomètres par jour eet-ce que l'on nommerait aujourd'hui un « record » pour
ne duchesse de Bourgogne du ztv* siècle, qui tuyage avec ses meublée, set rideaux, ses tapis, ses lirree, ou du moins son vin dans des barils bien étoupés, ses casseroles et son horloge, fragile machine à qui ces épreuves ne conviennent guère, car on doit la •* rappareiller » bien souvent. Ses fourriers vont devant et, après avoir nettoyé la maison où elle couchera le soir, déploient ses tentures, flxent au plafond les ciels de lit. Avec l'encombrement des chars où sont entassés les femmes, la garde-robe, la paneterie, la fruiterie, la batterie de cuisine et la chapelle, '^es grands seigneurs et ces princesses manquent
avent du nécessaire. Ils sont obligés de louer
I route le linge qui leur fait défaut parce que, dans cette flle interminable de chariots, plusieurs, embourbés, sont restés en arrière.
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L'étape ordinaire oscille entre 40 et 60 kilomètres : de Montauban à Home, in xn* siècle, par ÂTignon, Embrun, Suse, Pise et Viterbe, un marchand pressé met vingt-trois jours, — 56 kilomètres par jour. — Un chevauchenr de récurie du Hoi (1455) Ta d'Épinal k Paris et retour en quatorze jours, — 58 kilomètres par jour. — Les messagers ordinaires n'en faisaient pas aotant : 47 kilomètres par jour, en été, est la vitesse moyeune de celui de Toulouse à Paris (1588), — trajet de quinze jours. — Celui de Nîmes à Paris, à qui six semaines étaient accordées en 1560 pour se rendre dans la capitale et en revenir, voit ce délai réduit en 1590; ce qui élève à 45 kilomètres par jour sa marche qui était précédemment de 37.
Certaines routes transversales devaient offrir des difficultés particulières, puisqu'un architecte, venu de Beauvais à Troyes (1511) en quatre jours, — 63 kilomètres par jour, — met ensuite cinq jours, de Troyes à Sens, pour faire 70 kilomètres seulement. De Paris à Troyes, pour le commun peuple, le voyage au xv* siècle s'eflectuait en quatre jours et demi, dont trois jours pour remonter la Seine jusqu'à Nogent, — 111 kilomètret, — et un jour et demi par terre pour les 56 kilomètre rettanta. Bb mos inverse,
M0TBNN8 IT M)K*R DM TOfAORi &S
à la detc«Dt6 (var ean, le trajet était abrégé d'uu
oar.
Durant tout le xnt* siècle et jusqu'au milieu du rèfiie de Louis XV, la création do toitures publi- {lies, fort peu nombreuses d'ailleurs, n'accrut nullement la viteate. Quelques cavaliers courant à frane étrier, comme ma moyen h^e, foumi<^saient des traites quotidiennes de 150 kiiomèlres. !)e Paris À Madrid, tandis que les voyageurt
'•"ptaient vingt journées, le courrier diplomamettait moitié de ce temps : il allait, ou du
loins devait aller et revenir en dix-neuf jours, et Matarin se plaint fort lorsque parfois il en [Mkfee vingt-six. Bassompierre se rendit de Paris à Bouen en un jour, — 196 kilomètres, — le ~'4 décembre, avec quatre carrosses de relais,
ce qui, dit-il, est une diligence qui ne s'était
acore faite en cette saison (1618) ».
Cent ans plus tard, lorsque les postes fonctionnèrent normalement À peu près partout, pareille allure n'avait rien d'un tour de force, mais demeurait fort chère et par conséquent exceptionnelle. Let trajets dont j'ai noté la durée îepuis Henri IV jusqu'à Colberi, -— de Paris à
liAlons trois jours, à Dieppe quatre jours, à Nevers cinq jours,à Nancy ou Angers six jours,
<^rnMrsept jours, à Saintes onze jours, à Rodes
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seize jours. — accusent une moyenne journalière de 40 à 55 kilomètres; non seulement les bourgeois, les curés, les petits fonctionnaires, mais des diplomates ou de hauts magistrats ne font pas davantage en ce temps-là.
Ce fut seulement vers la fin du xviii* siècle que la vitesse augmenta, gr&ce aux routes récemment ouvertes. Le train de 12 kilomètres à l'heure qui, jusqu'à 1750, était celui du Hoi dans ses déplacements et celui de la poste lorsqu'on s'arrêtait juste le temps de relayer, fut dépassé par quelques particuliers : Choiseul étonna ses contemporains par des cinq et six lieues à l'heure ; lors de son voyage de Flandres (.1765), il mit onze heures dArras à Paris. Le duc de Croy, qui rapporte le fait, fit lui-même 20 kilomètres à l'heure, en berline, partant de Calais à cinq heures et demie du matin pour arriver à Paris à huit heures du soir.
Le public profita de cette tendance à l'accélération. De Paris à Lyon, pendant que «< le carrosse, *» passant par le Bourbonnais, employait encore dix jours, les TurgotineSy ainsi baptisées par le public du nom de leur organisateur, ne mettaient plus dès 1775, par la Bourgogne, que cinq jours 1 été et six jours l'hiver, tout en continuant à transborder leurs voyageurs sur la Saône à
Chuloii. La durée de ce parcoun, rédun • n 1810 à quatre jours, n'était plus, lorsque U^ •liligences roulaient jour et nuit« que de trois jours on soixante-quinze heures, sous le règne de Louis-Philippe, à l'époque de l'invention des chemins de fer. Bla est aujourd'hui, par le^ rapides, de six heures vingt minutes pour les voyageurs de V' classe et de huit heures pour ceux de 3* cli