CHAPITRE V Le prix des voyages à pied ou à cheval
ih'. l'ans a Lyon, vu l'Ji3, le billet i uiit«-iii 57 francs en l" classe, 25 francs en 3« classe; sous Louis XV, 185 fr. en diligence, non nourri, 117 francs en « guimbarde ». — Les 30 kilos actuels de bagages, en franchise, payés 42 francs au xvn" siècle. — De Paris à Lyon, pour voyager en poste, 500 francs en 1770. — Variations des prix d'autrefois suivant la qualité des voyageurs, la rapidité, les frais d'auberge. — 4.200 tnnc» en 1520, pour les frais d'un courrier do Bruxelles à Naples; 1.170 francs de Paris à Rome en 1760. — Dépense supplémentaire des voyages au moyen âge : l'escorte, la técurité. — Différences dans les prix de voyage, résultant de la rapidité', récari augmente Jusqu'aux leropt modernes. — Même par eau, les déplacements sont ch^rs : 75 francs de Mtyence à Pologne en 1521.
Il est vrai que ces derniers ne paient leur place que 25 francs, tandis que les autres en doÎTent 57 ; les uns cl les autres ont droit en outre à une franchise de bagages qui, suivant le tarif du xviii* siècle, coûtait 42 francs pour les 30 kilos
aujourd'hui (rretuils. Au point de tu6 pécuoiaire, réC4rt entre les deux chiiïres de 57 ti 26 francs est supérieur à ce qu'il était au temps de LouisXV, où la diligence de Paris à Lyon coûtait de 210 à 186 francs, suitant que le Toja^ur était nourri ou non, tandis que ■ la guimbarde >• ne coûtait que 117 francs. Le bourgeois aisé n'a cependant pas à se plaindre, puisque son royago, vingt fois plus court, est trois à quatre fois moins cher ; plus faTorisë encore est le riche qui voyageait en |M>ste, — ce qui, de Paris à Lyon, représentait un débours d'environ 500 francs, — les coussins d'un sloeping-car ou d'un simple wagon à couloir de nos jours étant certainement plus confortables que ceux d'une calr>che privée brûlant le pavé du Koi en 1770.
Mais ce qui ne |»rocure aux ncbes (ju ti,> Homiêy des trois quarts, voire des neuf dixt< un s de leur ancienne dépense, procure au peuple une jouÎMtance, La réduction de durée serait parfaitement indifférente à la classe populaire, si elle n'avait été accompagnée d'un abaissement de prix ; ni par exemple le xix* siècle eût inventé seulement les aotomobiles et non les chemins de fer. Pour une servante de jadis, 117 francs, c'était dix-huit mois de son salaire : 25 francs, c'était à peine un mois de gages eo idl3.
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On ferait des remarques analogues pour tous les parcours et pour l'enseaible des siècles antérieurs comparés au nôtre, bien que lei rapprochements soient naturellement moins faciles à mesure qu'on remonte dans le passé : point ne suffit de recueillir des prix, fût-ce en grand nombre : suivant la qualité du personnage, — grand seigneur ou simple messager, — suivant qu'il se rend directement d'une ville à une autre, ou qu'il flâne peu ou prou le long des chemins pour ses affaires ou son plaisir, le total des frais varie avec l'importance des notes d'auberge quiy tiennent grande place.
Ajoutez qu'on ne peut se fier toujours aux tarifs officiels, dont quelques-uns, au xvii* siècle notamment, édictaient des prix qui n'ont jamais été pratiqués. Des religieux, qui voyagent à pied ou A mule et sont hébergés gratis à peu près partout, feront au xiv* siècle pour 400 francs le môme pèlerinage, — celui de Saint-Jacques-de- Gompostelle en Espagne, — qui coûte 1.200 ou 1.400 francs à des laïques plus exigeants.
Un abbé de Clainraux, accompagné de sept personnes (1520), se rend à Home par Nice et revient par le Mont-Cenis, après avoir passé huit mois en route et dépensé 2.800 francs seulement. Sang doute avait-il été logé et nourri dans les
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couYenU de son ordre. A la même date, les fraii d*an simple courrier, qui porte de Bruxelles à Rome et Naples des lettres de l'archiduchesse gooTemante des Pays*Baf ,s'élèTent à 4.200 francs. Ces chiffres disparates n'ont aucun rapport arec les 1.170 francs qu'il en coûtait pour aller de Paris À Home en 1760: mais ce dernier prix mérite d'être placé à côté de ceux de 149 francs en f* et 64 francs en 3* classe de nos tickets actuels de chemin de fer pour le même parcours.
Et de même pourra-t-on mettre en parallèle les 586 francs que se paie aujourd'hui un billet de 1** classe, aller et retour, de Paris à Constantinople, avec les 5.420 francs que coûtait en 1397 le mêmcToyage tait par un valetde chambre de 11. de La Trémoîlle. Qu'un déplacement du Roi, de Tours à Nantes (1490), sur un bateau haJé par 16 hommes, revienne à 1.113 francs, ce n'est qu'un détail sans importance ; mais qu'un couTreur, pour aller de Rouen à Nancy (1485), ait dû débourser 195 francs, au lieu des 24 francs que représenterait de nos jours pour ce trajet un billet de 3* classe, Toilà qui permet de mesurer l'écart entre les frais de la locomotion dans cet intenralle de quatre siècles.
Depuis que nos contemporains, riches et paurres, Toyageot tous à une allure presqve oni-
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forme, dans des wagons attelés k la suite les uns des autres, personne n'a plus à surpayer la Titesse. Il en était tout autrement jadis : lorsqu'un voyage de Rouen à Paris (1378) coûte 150 francs h un prélat avec escorte de cinq chevaux, et seulement 32 francs à un employé de l'archevêché^ nous voyons bien qu'ici ce que paie le premier, c'est la sécurité, confortable fort apprécié en ce temps ; mais lorsque des messagers de Paris à Rouen, ou vice versa, reçoivent pour leur tournée, les uns de 30 à 50 francs, les autres 1 10 francs. 200 francs et davantage, il apparnit clairement que c'est la vitesse de leur train qui fait toute la différence.
On ne pourrait autrement s'expliquer qu'an voyage de Toulouse à Paris, aller et retour, frtt taxé par le Parlement de Languedoc à 850 francs, lorsque la diligence prenait moitié moins.
D'Orléans À Paris, l'envoi des chevaucheurs ordinaires ligure dans les comptes du \\v^ au XVII* siècle pour des sommes qui oscillaient de 45 à 56 francs ; tandis qu'une <« estafette en poste » vaut 280 francs. Notons en passant qu'un billet de î^* classe d'Orléans à Paris vaut aujourd'hui moins do 7 francs, au lieu qu'en 1G.58 une place dans le carrosse public coûtait 40 francs, plus 10 francs de pourboire au cocher et 2 fr. 50 au valet en montant.
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L'éC4ri représenté par la prime de viie^^c augmenta depuis le moyen âge jusqu'aux temps assez proches de nous : de Paris à La Rochelle, le chevaucheur royal sous Charles le Sage dépensait trois fois plus, — 428 francs, — qu'un caTalier ordinaire de Tëpoque, qui allait à petites journées, et en 1750 un voyage en poste de Boulogne-sur-Mer à Paris coûtait quatre fois plus, — 965 francs, ^ qu'une place dans le carrosse public, laquelle valait d'ailleurs, à la (In de l'ancien régime, le triple d'un de nos billets de chemin de fer.
Si le Toyage pressé était un luxe sans analogie actuelle, le voyage le plus ralenti était encore fort onéreux : par eau, de NeTsrs à Orléans, les mariniers prennent 50 et 65 francs sous Louis XIII; les exigences des transporteurs n'étaient pa2> moindres à l'étranger qu'en France : Albert Durer et sa femme (1521), pour descendre le Rhin de Mayence à Cologne, versent 75 francs, — quatre fois ce qu'on leur demanderait aujourd'hui, — an patron da bateau sur lequel ils embarquent, avec leurs bagages, leurs vivres et leur charbon pour faire la cuisine à bord. De Cologne à Anvers, ils font marché avec un voiturier pour 200 franc«.