CHAPITRE IX LES THÉORIES ÉROSIVES
Origine des vallées. — L'histoire des inégalités du sol et des causes qui leur ont donné naissance est loin de se cantonner dans le chapitre orogénique. Depuis bien longtemps les géologues envisagent un « problème du creusement des vallées » qui a donné lieu à une grande dépense d'imagination et dont Tétude a procuré beaucoup de résultats intéressants.
Il y a tout de suite un départ à faire entre deux catégories évidemment très différentes de vallées \
Les unes, en effet, sillonnent les pays montagneux ; les autres sont dans des régions relativernent unies et entre ces groupes, les différences se multiplient quant à la manière d'être des roches encaissantes.
Du reste un moment de réflexion suffit à montrer que Torigine de certaines vallées de montagnes doit se rapprocher, beaucoup de celle des montagnes elles-mêmes. Il suffit qu'il se soit formé des bourrelets orogéniques voisins ou que ces bourrelets présentent des variations de hau-
1. Beaucoup d'auteurs ont voulu classer les différents types de vallées, mais ils ne sont arrivés ainsi à rien qui soit de nature à servir de guide à la théorie.
teur d'un point à Tautre, pour que des vallées soient constituées du même coup, dans Tintervalle des saillies.
Les variétés de formes des vallées sont innombrables, les unes très larges et relativement peu profondes, passent par gradation aux vallons et aux ravinements; les autres, étroites, à parois abruptes constituent les ravins et les gorges.
A ces dernières se rattachent, par les intermédiaires de forme les plus ménagées, une^ série de cavernes qui sont évidemment de la même famille que les abîmes auxquels elles sont si normalement associées. Certains de ces abîmes semblent des puits naturels non remplis et ces derniers passent progressivement à des dépressions superficielles parfois peu accentuées comme les creuses du Nord et les rideaux de la Picardie.
Le sujet, comme on voit, est assez complexe, et il en est sorti de nombreuses h3^pothèses, parmi lesquelles nous chercherons à classer celles qui ont eu pour objet Torigine des vallées. Breislak rattache cette origine à celle des montagnes, c'est-à-dire pour lui, à l'origine de la Terre. Les montagnes provenant « du dégagement souterrain des gaz occlus dans le magma primitif », il est arrivé que des bulles de ces gaz se sont refroidies et condensées, sans avoir pu briser l'enveloppe de la coque qui les renfermait. « Ces cavités, dit-il, qui n'étaient autre chose que des séparations de continuité vers la superficie ont donné origine aux vallées, et selon le mode par lequel je les conçois produites, on voit que dans chaque chaîne de montagnes, elles
LES THÉORIES EROSIVES
doivent avoir des relations et des communications entre elles » ^
De Boucheporn, qui voit le moteur des actions géologiques dans le déplacement de l'axe de rotation de la Terre ^ n'a pas manqué d'appliquer son idée générale à l'histoire des vallées de montagnes. « Le résultat caractéristique des failles, c'est-à-dire la différence de niveau qui les accompagne constamment est dû, dit-il, à l'expansion instantanée des grandes fractures parallèles à Téquateur, par suite du changement de la courbure dans le méridien et, avant le refoulement de celui-ci, par la pression venue des pôles : de cette expansion résulte la chute d'un massif en surplomb, qui donne lieu, d'une part, à un grand abaissement de. niveau dans la faille principale, et de Tautre à la formation d'une série de fractures secondaires à niveaux échelonnés en sens inverse. Une des principales conséquences de ces mouvements est la production des vallées de fracture et en général de toutes les dépressions du sol assujetties à un alignement exact. »
Les vallées produites par action orogénique, dites vallées de fracture, expression dont on a un peu abusé, comme nous le verrons plus loin, ont été englobées par les théoriciens qui se sont occupés d'orogénie, dans les considérations qu'ils ont eu à faire valoir pour les montagnes.
L'un d'eux a résumé l'impression que doit faire à première vue l'aspect des régions déchi-
1. Introduction a la Géologie, trad. de J.-J.-B. Bernard, i. vol. in-8o, Paris, 1812, p. 302.
2. Étude sur V Histoire de la Terre, i vol. in-S» avec cartes et planches, Paris, 1844.
V ÉVOLUTION DES TUÉpRIES GÉOLOGIQUES
rées des grandes chaînes *. « Il a fallu, déclaret-il, une cause générale, uniforme, violente et prompte pour arranger la surface de la Terre comme elle est à présent. »
Ainsi qu'il le remarque, partout les grandes chaînes sont profondément sillonnées dans leur longueur. Des grandes vallées qui les bordent sont pleines de leurs débris. Partout les plaines sont composées de matières transportées qui viennent des montagnes environnantes et souvent de pays étrangers.
La thèse que veut servir Tauteur, c'est que la Terre est extrêmement récente et qu'elle a acquis tous ses caractères dans un temps fort court.
Dolomieu pense ^ que les vallées qui descendent du Mont-Rose et où l'on voit, des deux parts, des masses de roches qui se correspondent (( doivent leur naissance à d'énormes fentes et à l'intervalle qu'ont laissé entre elles d'immenses masses disjointes » ^.
Le type des vallées de ce genre pourrait être pris dans la dépression où coule le Rhin entre les deux massifs si remarquablement symétriques des Vosges et de la Forêt-Noire, dont Elie de Beaumont et Dufrénoy ont fait la théorie complète d'une manière magistrale *.
Suivant Daubrée ^, les cassures du sol qui ont
1. Théorie de la surface actuelle de la Terre, ou plutôt : Recherches impartiales sur le temps et l'agent de V arrangement actuel de la surface de la Terre, fondées uniquement sur les faits, sans systèmes et sans hypothèses ; par M. André, connu ci-devant sous le nom de P. Chrysologue, de Gy, capucin, i vol. in-S», 1806, p. 279.
2. Rapport à r Institut de France sur ses voyages des ans V etYl,
3. Cité par Breisla-k. Institutions géologiques^, II, 197, en note.