I. Mémoires de r Académie de Berlin, année 1-62. ^ 22'J
Delametherie cherche à rendre compte de la production de la vallée du Rhône, à partir de Fortl'Ecluse, par Técoulement subit du lac de Genève ^
Bien plus récemment, le D' Eugène Robert a pensé que la vallée de l'Aisne a été creusée par l'épanchement brusque d'un grand lac, à la suite d'un soulèvement de l'écorce terrestre ^,
La théorie dite diluvienne tire son nom du lien qu'on a supposé entre le creusement des vallées et le déluge universel, dont les eaux, en regagnant les abîmes, par l'intermédiaire des océans, se seraient écoulées à la surface des continents en y laissant la trace de leur passage. A cet égard, il se trouve que la vallée de la Seine est tout spécialement associée aux études sur le creusement des vallées, mais ce qui la concerne a été appliqué à l'immense majorité des vallées. Déjà, dans leur célèbre Description géologique des environs de Paris^ Alex. Brongniart et Cuvier décrivent le terrain caillouteux sur lequel coule le fleuve comme une formation rattachable à un régime violent :
« Ce sol, disent-ils ^ renferme quelquefois de gros blocs de grès et de meulières qui y sont épars et qui, formés ailleurs, y ont été apportés par des forces dont nous ne connaissons plus d'exemple dans nos cantons ! »
« Les travaux que l'on a faits dans la plaine de
1. Leçons de Géologie dojinées au Collège de France, y vol. in-8», Paris, 1816, t. I, p. 251.
2. Comptes rendus de l'Académie des Sciences, t. LXXVII. p. 48^ et 953.
3. Description géologique des environs de Paris, i vol. in-8« ïavec un atlas i"n-n, y édition, Paris, i8-;5, p. 562.
LES THEORIES EROSIVES
Boulogne pour la construction du nouveau pont de Sèvres et de la route qui y conduit, disent plus loin les mêmes auteurs, nous ont donné des notions précieuses sur la structure du solde transport de cette partie de la vallée de la Seine, notions qui sont venues pleinement confirmer Topinion que ce n'est point la Seine actuelle, ni aucun cours d'eau ayant la même origine que cette rivière, qui a creusé la vallée dans laquelle elle coule. »
Dès 1839, Alexandre Bertrand a fait à la théorie de Cuvier et Brongniart des objections qui nous paraissent aujourd'hui très courageuses ^ « Quelle cause, se demaude-t-il, a donc pu enlever ces couches épaisses et souvent si dures qui manquent dans les vallées ? On a supposé que c'étaient des courants puissants dont nos rivières ne sont que les faibles restes et qui ont entraîné dans la mer les débris qu'ils ont balayés ; mais quels cours d'eau, quels torrents seraient capables d'enlever les énormes masses qu'il aurait fallu déplacer pour creuser nos vallées ? Et comment supposer une pareille violence à ceux dont on admet l'existence, quand on considère combien les lieux qui doivent leur avoir servi de lit ont une pente douce? La Seine coule dans la plus inclinée de ces vallées et, dans ses plus grands débordements, elle n'a pas la force de déplacer une pierre grosse comme la tête. Comment ces cours d'eau auraient-ils, dans un espace souvent assez étroit, enlevé les couches supérieures à une si grande profondeur, sans endommager les ter-
I. Lettres sur les Révolutions du Globe , i vol. in-8» avec planches gravées, Paris, iS-^g.
rains mous et sableux qui restent quelquefois suspendus à pic au-dessus des vallées, à des hauteurs très considérables ? Comment imaginer qu'aucune partie de ^ces terrains brisés ne se fût précipitée dans les cours d'eau, de manière à ce que leur fond présentât au moins quelque analogie avec les plateaux qui la bordent. '»
Néanmoins, la doctrine diluvienne prit une grande extension : pendant de longues années, tout le monde l'adopta et elle trouva un défenseur convaincu dans Belgrand^
Suivant lui, « la vallée actuelle était, à l'époque quaternaire, le lit d'un fleuve gigantesque coulant dans le même sens que le fleuve actuel, qui n'en serait qu'un faible résidu. Les eaux très limoneuses étaient trop rapides d'abord pour déposer les troubles qu'elles charriaient. Leur vitesse leur permettait de creuser progressivement le fond de la vallée ; mais à mesure que la dépression augmentait, le niveau baissait sur les plateaux et le fleuve subissait un ralentissement proportionné. C est alors que le limon des plateaux se serait déposé ! » Les parcelles grossières allaient s'accumuler sur les points des flancs des coteaux disposés de façon à se trouver préservés du choc direct de l'eau et y constituaient le dépôt que Belgrand a cru devoir distinguer sous le nom de diluvium des .coteaux-. Enfin, les sables et les galets « voyageaient au fond du lit et se disposaient en longues bandes sur les terrasses par un mécanisme que Ton met en usage dans nos égouts, pour y faire circuler les sables et les cailloux. A
1. LlI Seine. Le Bassin parisien aux âges antéhistoriques, i vol. in-|" avec i atlas in-4", Paris. i8(h).
2. Bull, de la Soc.géol. de FrancCy 2" série, 1868, t. XXV, 491).
LES THEORIES EROSIVES
leur suite s'étendaient les limons : les rouges sur les terrasses élevées et le lœss sur le diluvium gris » .
L'acquiescement à la théorie de Belgrand fut, on peut le dire, universel, et il fut hors de discussion que les rivières ont creusé les vallées dans lesquelles elles coulent*
Telle fut d'ailleurs l'hypothèse, pour ainsi dire intuitive, de beaucoup d'auteurs. Déjà en 1282, dans sa iZompositione del mondo, Ristorod'Arezzo ^ parle de la force érosive de l'eau comme cause des vallées.
Comme une grande difficulté pour comprendre l'érosion par la Seine de toute la vallée, concerne la nature et le siège des sources qui ont alimenté le prétendu courant quaternaire, on a été amené à faire à cet égard de nombreuses suppositions.
Belgrand'-, par exemple, pense que la vallée de la Seine a été creusée entre « Témergement des calcaires de Beauce et le soulèvement des marnes bleues et des autres terrains pliocènesqui tapissent le pied des Alpes et des Apennins.*. Or, ajoute-t-il, c'est précisément à cette époque de l'histoire de la Terre qu'ont eu lieu les dernières convulsions terrestres qui ont donné aux Alpes leur relief actuel... Je partage l'opinion de M. Élie de Beaumont ; je crois que le soulèvement des Alpes s'est fait rapidement et que c'est à. ce grand cataclysme qu'il faut attribuer le déplacement d'eau qui a raviné le, bassin de la Seine » .
Plus loin ^, l'auteur ajoute : « Le relief actuel
1. Cité par Suess. Face de la Terre, trad. française, t. Il, p. lo en note,