Luc. cit . , p
%. Loc. cit., p. "y.
du bassin de la Seine se comprend très bien, si Ton suppose que remplacement de ce bassin a été balayé par une grande masse d'eau qui s'est déversée par-dessus la chaîne de la Côte d'Or. »
Peu à peu s'établit l'opinion, dont le premier auteur serait sans doute difficile à retrouver, que chaque vallée renferme un cours d'eau qui n'est que le vestige infime du courant primitif. On traça sur les cartes la dimension de celui-ci en reliant par des traits tous les points des flancs des vallées où sont restés des lambeaux de terrains de transport et on ne fut pas arrêté par ce résultat que dans un pays comme la France, par exemple, une très grande partie du territoire devient ainsi fluviaire.
Élie de Beaumont ^ a consacré une publication spéciale aux preuves de la grande étendue qu'aurait embrassé le phénomène diluvien. Il attribue à ces anciens courants toute la profondeur qui sépare le thalweg actuel des plus hauts points du flanc de vallée où l'on rencontre des matériaux de transport et il en conclut la rapidité considérable de leur allure. De son côté Léopold de Buch estime à 19.460 pieds cubes à la seconde le débit du courant diluvien de la Seine mis en mouvement parle soulèvement subit des Alpes^.
Les livres classiques enseignent que le travail de la rivière érodant son lit a pour résultat la rrégularisation de sa pente, de façon que celle-ci marche vers un profil d'équilibre^ après l'acquisition duquel les eaux d'aval n'arracheront plus rien au relief, pendant q.ue les eaux d'amont
I. Extraits des Procès-verhaux de la Société philomati^ue, 29 juillet i8.n. p. 90, Paris.
j2. Ueber Granit und Gneiss. Gesammelte uerke, IV, 727, 18^3^
LES THEORIES EBOSIVES
ne déposeront plus rien dans la plaine. La rivière sera parvenue alors à la stabilité*. Notons à cette occasion que c'est M. J.-W. PowelP qui paraît avoir le premier employé l'expression de niveau de base d'érosion [base level of érosion dont on a fait usage depuis dans cet ordre de considération.
Il peut être curieux de remarquer que Lamanon, dont les travaux ont contribué à fonder la géologie parisienne, a émis sur le mécanisme du creusement des vallées ^ une théorie qui annonce déjà celle de Belgrand.
Les travaux récents ont conduit à introduire dans l'histoire des vallées le point de vue dit activiste^ d'après lequel des actions peu violentes, mais continues, ont donné lieu en diverses directions à des résultats considérables. En conséquence, le travail qui tout d'abord a semblé à Cuvier si inexplicable par les agents ordinaires, se révèle comme résultant nécessairement de la chute pure et simple et du ruissellement de la pluie.
On peut alors considérer ce que produit la pluie tombant sur un sol préalablement nivelé et, par exemple,. sur une allée de jardin en terre battue. On voit que, malgré l'uniformité de Taverse, il se fait de petits ravinements, associés entre eux exactement comme les affluents d'une rivière. La dimension si différente pourrait sembler un obstacle à l'assimilation, .mais on reconnaît que les ravinements dont il s'agit, sans augmentation de
1. Dausse. Comptes rendus de P Académie des Sciences, séances des 13 avril 1857, 21 juin 1858 et 13 juin 1864.
2. Report on thc exploration of Colorado, i vol. gr. in-8», Washington, 1875.
-i,. Journal de Physique^ t. XVIII, p. 474, 1780.
taille, entrent partout en association directe avec les plus grandes rivières par l'extrémité périphérique de tous leurs filets d'eau alimentaires : il en est ainsi, à Torigine de tous les affluents. Nulle part on ne peut saisir une limite entre Tallure de ces minuscules sillons et celle des vallons qui leur font suite pour se jeter dans les vallées de plus en plus importantes.
On se rend facilement compte de ce résultat en constatant que l'érosion pluviaire — reflet de la concentration des filets d'eau sauvage (ou de ruissellement) dans les points les plus bas, — présente en chaque point une valeur relative à la quantité d'eau qui y ruisselle. Dès que la moindre dépression existe, toutes les circonstances se réunissent pour l'accentuer.
L'érosion pluviaire s'attaque évidemment aux sommets ; mais (au moins pendant un certain laps de temps) elle accentue les différences de relief en agissant plus dans le fond que sur les plateaux. De telle sorte que, tout en voyant dans l'érosion pluviaire un phénomène destiné, s'il agissait seul, à faire disparaître les reliefs du sol, on doit reconnaître que, pendant son fonctionnement* il accentue les pentes et les différences de niveau. Ces propositions qui ont l'air contradictoires, se concilient cependant, lorsque le niveau général du pays est assez abaissé pour que les eaux de ruissellement aient perdu beaucoup de leur vitesse. Alors les actions tendent à s'égaliser et l'on voit la plaine d'érosion s'élargir.
11 est très digne de remarque que la théorie pluviaire du creusement des vallées a reçu une véritable sanction de l'observation des phénomènes en cours sur le sol de l'Auvergne.
L£S THEORIES EROSIVES
Cette région, dont le sol a été soumis à l'érosion pluviaire, ni plus ni moins que celui de tous les autres pays, présente en outre des particularités de structure d'oûlon peut conclure le progrès dans le temps de Tablation superficielle. C'est ce que MontlosieY" avait déjà dit au xviii® siècle* ; c'est ce que d'Aubuisson de Voisin^ et Poulett- Scrope^ ont successivement précisé après lui.
Il se trouve, en effet, que le phénomène volcanique, en fixant de temps en temps sous des coulées de lave des portions de la surface du sol, permet de suivre pas à pas les progrès de l'érosion qui transforme un plateau en fond de vallée.
Remarquons en outre que si le principe d'isostasie était admis, il s'appliquerait sans doute aux régions continentales comme aux autres, c'està-dire que les portions exondées soumises à l'érosion pourraient se soulever d'une façon compensatrice, de façon à conserver à peu près leur niveau constant. L'histoire des vallées pourrait recevoir de cette considération un éclaircissement intéressant.
Enfin, il est nécessaire de considérer que divers auteurs ont émis l'opinion évidente en beaucoup de cas, que les vallées ont pu résulter de la collaboration simultanée ou successive d'actions diverses plus ou moins nombreuses*.
1. Essai sur la théorie des volcans iV Auvergne, i vol. in-S", Clcrmont-Ferrand. 1788, 2« édition, Riom et Clcimont, 1802.
2. Traité de Géognosiey 2 vol. in-8", Paris, 1819, t. I, p. 241.
"î. Géologie et Volcans éteints du centre de la France, 1 vol. in-8". Paris, 1866.
4. Stanislas Meunier. La Géologie Générale^ i vol. in-8". 2« édition. Paris, 1909.
Par exemple, les vallées de fracture, c'est-àdire dérivant du processus orogénique, n'ont pas pu échappera l'influence de l'érosion et c'est seulement à ce prix qu'elles ont acquis la somme de leurs caractères.
Déjà Bourguet ayant constaté dans les Alpes la ressemblance des couches du sol dans les parois opposées et aussi la correspondance des angles rentrants et sortants, en conclut que les vallées ainsi constituées ont été creusées par les torrents qui coulent selon leur thalweg *.
A l'inverse, des géologues, diminuant la distance entre les vallées d'érosion et les vallées de fracture, croient que, même en pays de plaine, le travail érosif de l'eau courante a d'ordinaire été déterminé par les cassures du sol.
Dans cette direction nous nous bornerons à citer Daubrée^. Accentuant le caractère de régularité que présente le réseau des vallées de tous ordres d'une région telle que le littoral de la Picardie et de la Haute-Normandie, de Montreuil (Somme) à Dieppe (Seine-Inférieure) l'auteur prétend y retrouver les effets des cassures conjuguées. Celles-ci, bien qu'en général elles ne se trahissent pas à la surface par des inégalités du sol, auraient canalisé les cours d'eau.
De même, bien des auteurs didactiques ont présenté la Seine comme coulant parallèlement à des failles. Mais il y a là des illusions dont beaucoup s'expliquent facilement... On a admis aussi que les vallées, d'abord causées par un agent donné, ont reçu des modifications de Tinterven-