‹ L'évolution des théories géologiquesChapitre 128 sur 190 · I. Philosophical Maga:[ine · texte numérisé non relu

I. Philosophical Maga:[ine

En 1 84 ! , le chanoine Rendu donna une théorie des glaciers de la Savoie * où la cause du mouvement est traitée avec détails. L'idée dominante est que la pression infligée par la neige à ellemême, en conséquence de son accumulation progressive, est la cause du mouvement. C'est là l'origine des vues les plus modernes sur ce sujet, et Rendu fait preuve d'une remarquable largeur de conception. Il écrit que les éléments des substances organiques circulent, passant de l'état solide à l'état gazeux ; que l'agent universel désigné aujourd'hui sous le nom de feu, de lumière, d'électricité et de magnétisme, a probablement une circulation aussi vaste que l'univers.

Comme Tyndall le fait remarquer ^, c'est un peu plus tard que Grove ^ proclama dans « la lumière, la chaleur, le magnétisme, le mouvement, l'affinité chimique, des formes de l'énergie convertibles les unes dans les autres ».

Il semble aussi que Rendu ait eu comme l'intuition du « regel ». « Quand, dit-il, nous remplissons une glacière, nous brisons la glace en très petits fragments; ensuite nous la mouillons avec de l'eau à la température de 8 ou 10 degrés au-dessus de zéro ; néanmoins le tout se transforme en une masse compacte de glace. »

Ces prémisses le conduisent à la notion des « glaciers d'écoulement » et il l'applique à Tétude du mouvement de la Mer de Glace. Sa conclusion mérite d'être rapportée. « Entre la Mer de

1. Mémoire de l'Académie royale de Savoie, Chambéry, volume in-8", 1841.

2. The glaciers of the Alps, i vol. in-S», Londres, 1860, p. -^oo.

3. Corrélation des forces physiques, i vol. in-S», Londres, 1842, traduction française de l'abbé Moigno, i vol. in-8», Paris, 1856.

LES THÉORIES GLAClAinES

Glace, dit-il, et une rivière, il existe une ressemblance si complète, qu'il est impossible de trouver dans la dernière une circonstance qui n'existe pas dans Tautre. Dans les courants d'eau, le mouvement n'est uniforme ni sur toute la longueur ni sur toute la profondeur ; la friction . contre le fond, celle contre les rives, Taction des obstacles, font varier le mouvement et c'est seulement vers le milieu de la surface qu'il est entier. »

En 1845, Forbes parvint très sensiblement aux mêmes conclusions que Rendu ; elles furent confirmées aussi par Agassiz et ses collaborateurs, qui comparèrent la consistance de la glace à celle de la mélasse, du miel et du goudron ; aussi leur théorie est-elle qualifiée de « théorie de la visco^ site »\

Elle fut d'ailleurs contredite très vite par la fragilité indiscutable de la glace. On a montré que, si passant sur un seuil, une coulée de lave fondue, de mélasse ou de goudron, s'infléchit comme son support, au contraire, le glacier se brise en séracs.

M. James Thomson (de Queen's Collège, à Belfast) ^ tire comme conséquence du principe de Carnot que l'eau soumise à une forte pression exige un plus grand froid pour se congeler que si la pression est diminuée. Il admet que l'abaissement du point de congélation pour chaque atmosphère de pression est égal à 0,0075 de degré centigrade. Cette conclusion fut vérifiée

1. Tyndall emploie également l'expression de viscosité {Glaciers of the Alps, p. 312).

2. Transactions of the royal Society of Edinhurgk, vol. de 1849.

expérimentalement par le professeur Wiliam Thomson, frère de Fauteur, et c'est la base de la théorie de la. plasticité de la glace*.

On peut la résumer très sommairement :

Certaines portions d'un glacier étant supposées tout d'abord soumises à la pression, cette pression liquéfie la glace, et Teau ainsi produite est retenue dans la masse du glacier. Mais le froid ne tarde pas à agir sur cette eau et à la congeler dans la nouvelle situation qu'elle a prise. Si alors la pression cesse dans le point primitif pour se faire sentir ailleurs, le phénomène se déplace et, ainsi de suite, de façon que le glacier change progressivement de forme.

Ladame, professeur à l'Université de Neuchâtel, a publié des observations dont les théoriciens ont tiré parti sur le passage de la neige farineuse à la neige grenue et de celle-ci à la glace compacte ^

« C'est la glace du fond du névé supérieur, dit Tyndall^, qui devient la glace de la surface du glacier près de son extrémité. La fonte de la surface au-dessous de la ligne de neige, amène de plus en plus au jour les parties inférieures de la glace. »

On a constaté que les glaciers sont loin d'être immuables dans leurs dimensions. Chacun pris en particulier avance ou recule d'années en années : il a fallu expliquer ces vicissitudes.

Pour Forel la croissance des glaciers est en relation avec l'abondance des pluies, et il cite à

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