Les Glaciers, p. 57 et
LES THÉORIES GLACIAIRES
Tappui de cette hypothèse les années de 1800 à 1815, de 1830 à 1845, de 1875 à 1880 et de 1887 à 1892 *. D'autres auteurs ont invoqué des causes plus générales.
ÉVOLUTION DES GLACIERS. — La considération des causes locales a conduit à une théorie à laquelle convient le nom d'évolution des glaciers '^, et qui s'impose d'elle-même quand on compare les caractères des glaciers dans deux régions analogues à beaucoup d'égards et qui cependant diflFèrent l'une de l'autre en raison de la durée inégale des actions érosives qu'elles ont subies.
Les Alpes et les Pyrénées remplissent ces conditions au point de vue glaciaire.
Dans les Alpes, qui sont des montagnes de soulèvement récent et d'altitude relativement considérable, les glaciers sont essentiellement formés de deux parties principales : les grands champs de neige et de glace des sommets et les longues traînées de glace qui descendent très bas dans les vallées.
Dans les Pyrénées, au contraire, les glaciers sont réduits aux champs de neige et de glace et les longs rubans n'existent pas.
Or, il ne faut qu'un instant pour reconnaître que ces longs rubans ont existé et même que leur disparition s'est faite progressivement et récemment.
La diminution s'est produite en même temps
1. En 1910 où la pluie est en si grand excès sur la moyenne, les glaciers de la vallée de Chamonix ne semblent présenter aucune augmentation sensible de leur dimension moyenne.
2. Stanislas Mbunier. La Géologie générale^ 2° édit., p. 236, I vol. in-80, Paris, 1909.
vÉvoLvnoy des théories géologiques
que la diminution d'altitude de la chaîne, qui vTaisemblablement a été aussi haute que les Alpes et qui a dû avoir tous les caractères de celles-ci.
Les glaciers des Alpes commencent déjà du reste à prendre les allures de leurs précurseurs des Pyrénées, car devant chacun d'eux on voit des traces d'une longueur antérieure plus grande.
L'hypothèse de l'évolution glaciaire s'appuie sur cette remarque que, si Ton pouvait remettre, sur la chaîne des Pyrénées, tout le cube de substance que Térosion en a retiré depuis le temps où les glaciers avaient les caractères de leurs congénères alpins, — en même temps que Ton ferait les deux chaînes égales en hauteur, on ferait les glaciers des Pyrénées semblables aux glaciers des Alpes.
Ceci posé, il faut nécessairement aller plus loin et se demander quel avenir est réservé aux glaciers pyrénéens. La réponse ne semble pas douteuse : toutes les conditions restant ce qu'elles sont, la masse des glaces comme la masse des neiges persistantes iront en diminuant en même temps que l'altitude décroîtra.
Après que les longs rubans de glace auront complètement disparu des vallées, les champs de glace des sommets se réduiront progressivement, puis disparaîtront, et l'on verra s'établir peu à peu l'état de choses réalisées actuellement dans le massif des Vosges \
I. Voira ce sujet : Le Blanc. Bull. Soc. Géol. Fr., IX, 410, 1838. — Renoir. 7^/., XI, 5;, 1840. — Ed. Collomb. Id. (2« série), II, 506, 1845, et IV, 216, 1846. — DoLLFus AussET. Matériaux pour l étude des glaciers, 15 vol. in-8« et i atlas in-folio, Paris, 1863 à 1869, — HoGARD. Coup d'oeil sur le terrain erratique des Vosges^ 1848 et Recherches sur les formations erratiques dés Vosges^ 1858.
Les théories glaciaires
Il est incontestable que si Ton pouvait remettre sur le sommet du Hohnek, par exemple, toute la masse de matière que l'érosion en a arrachée depuis le début des temps quaternaires, on rélèverait facilement jusqu'aux niveaux atmosphériques favorables à la persistance de la neige. Dès lors, les glaces reparaîtraient.
En avant de la calotte glaciaire du Groenland est une bande côtière habitable d'une dizaine de kilomètres, où les roches sont moutonnées et striées, ce qui démontre qu'elles ont été recouvertes ^par la glace. Cette bande, qui s'affaisse et diminue aussi de largeur, prouve que, même au Groenland, le glacier a perdu de son volume, ce qui ne peut s'expliquer que par une diminution d'altitude des régions génératrices.
Une fois la glace définitivement disparue, les intempéries agissant seules détruisent peu à peu le faciès morainique.
En Auvergne, par exemple, à Arpajon, près d'Aurillac (Cantal) on voit une moraine qui recoupe la vallée, mais les roches du voisinage ont déjà perdu leur poli et leur forme moutonnée.
En Bretagne, on rencontre en maints endroits de vrais blocs erratiques témoignant d'anciens glaciers, dont les moraines elles-mêmes ont été complètement démantelées.
D'où la conclusion qui vient confirmer notre point de départ, que les diverses manifestations des temps quaternaires ne sont point synchroniques.
Les vieilles montagnes de Bretagne qui, réduites pour l'altitude, à de simples collines, n'en ont pas moins conservé la structure caractéris-
tique d'une véritable chaîne alpestre, avaient peutêtre vu disparaître tous leurs glaciers quand des moraines s'édifiaient dans les vallées du Cantal.
Les choses se présentent comme si, de leur côté, les glaciers du Cantal avaient eu leur développement antérieurement à ceux des Vosges, lesquels, comme nous le voyons,, ont complètement fourni leur carrière, alors que ceux des Pyrénées sont encore à l'œuvre.
De même enfin, les glaciers des Pyrénées Jjaraissent avoir travaillé depuis plus longtemps que ceux des Alpes et avoir ainsi diminué davantage les conditions d'altitude qui leur sont nécessaires.
La conclusion s'impose quant au rôle des glaciers dans la géographie quaternaire. En substituant la doctrine des causes glaciaires locales à celle de la cause générale ; en admettant que les diflFérentes manifestations, quoique comprises dans la même période géologique, ne sont pas strictement synchroniques, — on parvient à faire disparaître ce que l'hypothèse glaciaire présentait d'exceptionnel et d'inacceptable.
On peut ajouter que, par suite de circonstances peut-être variables d'un cas à l'autre, il est arrivé qu'un massif montagneux fût entouré d'un massif de glaciers irradiant en tous sens et laissant entre leur zone d'origine une région plus ou moins large d'où la glace est absente, et où se développent la flore et la faune caractéristiques des pays froids.
C'est ainsi que le célèbre botaniste Joseph Hooker, après avoir examiné en 1877 l'herbier rapporté de la Terre Grinnell, par l'expédition Nares, écrivait :
LES THEORIES GLACIAIRES
« Les faits semblent démontrer que la végétation pourrait être plus abondante dans Tintérieur de la Terre Verte qu'on ne le supposait jusqu'à présent. Les glaciers qui atteignent les côtes serviraient de rempart à une contrée relativement fertile... Nous voilà donc forcé§, pour ainsi dire, de conclure que la Terre Grinnell aurait, non pas un manteau, mais une ceinture de glaces. »
Le commandant Greely * déclare que ses idées confirment celles de Hooker.
En effet, il rencontre dans la Terre Grinnell, au nord du fjord Archer, des vallées fertiles, dont la végétation, relativement plantureuse, offre des pâtis suffisants à de nombreux bœufs musqués, « La question des conditions physiques de Tintérieur de la Terre Grinnell est résolue maintenant comme l'ont fait, pour l'intérieur de la Terre Verte, les découvertes de Nordenskjold. »
Ces faits montrent comment les mêmes conditions ne se rencontrent généralement pas partout, contrairement à l'idée, comme instinctiviç, qu'on a eue tout d'abord. Tandis que le Grojçnland est couvert d'une calotte continue de çlace — « ice-cap » des Anglais, — d'autres pays, situés en apparence d'une façon analogue, nous montrent cependant tout autre chose.
On peut conclure des faits précédents la notion, dans l'évolution glaciaire, d'une phase antérieure à celle que nous montrent les Alpes et qu'on peut qualifier de Grinnellienne. Elle expliquerait comment d'immenses surfaces pourraient acquérir successivement des traits dérivant de la lente régression des glaciers et qui sembleraient attri-
I. Bam les Glaces arctiqms, p. 269, 270^ i vol. iii-8«, Paris, 1889.
^ 273 -^ ST. MEUNIER. -- l8
uigmzed by VjOOQIC
buables, au premier abord, à Textension d'une calotte continue de glace.
Capture des glaciers. — L'hypothèse de révolution des glaciers se complète tout naturellement par de3 considérations qui resserrent encore les liens, déjà signalés au point de vue dynamique, entre les glaciers et les rivières.
En effet, d'après d'innombrables faits d'observations, les phénomènes de capture se produisent au sujet des glaciers, comme relativement aux rivières.
L'évolution des glaciers comprend comme l'un tle ses traits les plus caractéristiques, l'allure régTessive de l'érosion dont la montagne est le siège. Non seulement l'extrémité inférieure du glacier recule au cours des temps, mais la source supérieure, c'est-à-dire le cirque alimentaire, recule également.
Il en résulte que la paroi rocheuse séparative de deux bassins glaciaires contigus, est en proie à un travail de démolition qui diminue en même temps sa hauteur et son épaisseur. Avec le temps (*lîe disparaîtra et une communication s'établira <*ntre des courants de glace précédemment séparés. Cette communication entraînera souvent la dérivation de l'un des courants glacés aux dépens de l'autre. Celui-ci sera décapité et le premier, au contraire, se trouvera remis en possession d'un surcroît d'alimentation qui lui permettra de reprendre, en tout ou en partie, ses dimensions premières.
Aux exemples déjà mentionnés on peut joindre ici celui qui concerne les relations mutuelles du glacier des Bossons avec le glacier de Taconnaz
LES THEORIES GLACIAIRES
dans la vallée de Cliamonix (Haute-Savoie).
L'observation montre que c'est à la suite de récroulement d^une cloison séparative dont les • restes constituent les Grands Mulets, qu'une partie de la glace jusque-là déversée dans Taconnaz a été dérivée sur les Bossons : le premier en a subi une diminution extraordinaire tandis que l'autre s'est accru en proportion.
Des localités classiques, comme diverses localités des environs de Zurich, montrent les traces de la réoccupation de vallées précédemment abandonnées par le glacier qui les avait occupées.
Pour avoir méconnu ces faits, on a donné comme s'étant produits au même moment, des vestiges plus ou moins glaciaires et il en est résulté l'opinion que les glaces ont joué anciennement dans l'existence de la Terre un rôle incomparablement plus grand que celui qu'elles remplissent à présent.
PÉRIODE GLACIAIRE. — Schimper * admet qu'une calotte de glace a recouvert la totalité de la surface du globe, et nous donne, par conséquent, le maximum possible dans une semblable direction.
Selon Lapparent, les glaces franchirent le Jura vers i 200 mètres d'altitude par les cols de Jongne, de la Croix, etc., pour venir se mélanger à celle des soi-disant glaciers parisiens '^.
Dans ce cas, il ne faut pas qu'il y ait la moindre moraine à l'est de la chaîne du Jura, et même on