Bibliothèque britannique, t. IX, p
VEVOLVTIOy DES THEORIES GEOLOGIQUES
la descendance, — les autres, ayant leur base dans la constatation d'un fait indiscutable, à savoir que les règnes animal et végétal ont acquis au cours des temps des termes de plus en plus parfaits, concluent à la doctrine du perfectionnement organique .
Une des idées fondamentales du transformisme c'est qu'à Torigine, il n'existait pas une harmonie nécessaire entre le milieu et les êtres appelés à y vivre. Ceux-ci ne pouvant modifier le milieu se sont modifiés eux-mêmes : la baleine et le fourmilier n'ayant à leur portée que de toutes petites proies ont perdu leurs dents inutiles et pendant que Tune de ces créatures y substituait le crible de ses fanons, l'autre les remplaçait par une langue vermiforme.
La taupe et le protée ont perdu leurs yeux à force de vivre dans l'obscurité.
Tout d'abord, les échassiers et les palmipèdes étaient faits de la même manière et vivaient dans les mêmes conditions au bord de l'eau ; mais les premiers se sont condamnés à rester sur le littoral, tandis que les autres se sont aventurés à aller au large. Il en est résulté que les premiers ont acquis de longues pattes qui leur permettent de fouiller dans la vase sans mouiller leurs plumes, et que les autres qui n'ont pas peur de se mouiller (à ce qu'il paraît) ont palmé leurs doigts
Tous ces exemples sont empruntés presque littéralement, parmi beaucoup d'autres, à l'ouvrage qui a servi de base à la doctrine transformiste et qu'aujourd'hui encore des naturalistes révèrent comme un texte sacrée
I. Philosophie \oologique ou exposition des considérations reia- ^ 330 €
LES THÉORIES PALÉONTOLOGIQUES
Toujours, d'après les mêmes théories, les animaux terrestres résultent, par une sorte d'accident, des animaux marins les premiers créés et dont ils sont ainsi les descendants. D'après cette théorie terripète, comme on appelle ce vrai roman, des bêtes marines ont fortuitement été jetées sur le rivage et dès lors privées des conditions d'existence dont elles avaient joui jusque-là, elles se sont transformées, au lieu de périr.
Cependant il existe des observations précises, franchement en opposition avec ces suppositions hasardeuses. L'une des plus éloquentes concerne peut-être les huîtres du golfe de Bothnie. Quoique appartenant à des espèces identiques à celles qui habitent les mers voisines et formant au fond de véritables bancs, elles sont toutes mortes, et il n'est aucunement téméraire d'attribuer leur trépas à l'appauvrissement en sel que les flots ont éprouvé du fait du soulèvement du sol qui a amené la Laponie à former barrage entre la mer Glaciale- et le golfe de Bothnie, maintenant lavé sans relâche par les ruissellements
tives a l'histoire naturelle des animaux, à la diversité de leur organisation et des facultés qu'ils en obtiennent ; aux causes physiques qui maintiennent en eux la vie et donnent lieu aux mouvements quils exécutent ; enfin a celles qui produisent^ les unes le sentiment et les autres Vintelligence de ceux qui en sont doués, par J.-B.-P.-A. La- MARCK, 3 vol. in-8», Paris, 1809. L'exemplaire que nous avons sous les yeux et qui appartient à la Bibliothèque du Muséum National, porte le timbre de la bibliothèque de Cuvier et ces mots écrits au verso de la couverture : « A Monsieur Cuvier de la part de l'auteur. » A la page 337 du t. I, l'auteur ayant écrit en parlant de l'animal : « Ce ne sont pas les organes qui ont dohné lieu à ses habitudes... Mais ce sont, au contraire, ses habitudes, sa manière de vivre et les circonstances qui ont, avec le temps, constitué la forme de son corps, le nombre et l'état de ses organes », un fin crayon, qui pourrait bien être celui de Cuvier, a tracé dans la marge ces mots pleins d'ironie : « Il a donc eu des habitudes avant d'avoir des organes ! »
qu'alimentent la fusion des neiges et des glaciers. Le soulèvement a eu beau être si progressif qu'il a demandé des séries et des séries de siècles, la dessalure a eu beau se faire par des degrés insensibles, le jour où le taux de substance dissoute s'est trouvé au-dessous d'un certain minimum, les mollusques ne se sont point transformé;3*en animaux d'eau saumâtre : ils sont tous morts.
Il semble qu'il n'y ait aucun bénéfice probable à fermer les yeux devant un pareil enseignement, et Ton peut arriver à cette conclusion que la doctrine transformiste est aussi peu démontrée qu'elle e^^t séduisante et que, par conséquent, il faut prendre garde, en l'adoptant, de tomber dans le travers, qu'elle prétendait combattre, d'accepter un dogme non contrôlable.
En s'en tenant aux faits, on voit que les espèces se sont remplacées de façon à constituer à toutes \q% époques un ensemble, qui mérite de compter parmi les organes fonctionnels de la physiologie tellurique.
1/idée du perfectionnement organique est très anrienne. ^
J,-B. Robinet voit dans les fossiles la première ébauche delà forme humaine*. «La nature, dit-il, ronimença à préparer dans le moindre atome, ce clief-d'œuvre de mécanique qui ne devait être pané à sa perfection qu'après un nombre infini de combinaisons... Si elle ne faisait pas encore dfs têtes, ni des bras, ni des mains, ni des chairs,
j , Considérations philosophiques de la gradation naturelle de la JiH'me de Vétre ou les essais de la Nature qui apprend à faire ilim^fiu, I vol. in-8o, Paris, 1768.
LES THÉORIES PALÉONTOLOGIQUES
ni des os, elle travaHlait les matériaux ; elle était occupée à d'autres formes moins composées qui, par une gradation imperceptible devait amener celles-là. »
Reprenant une thèse qui avait été développée par Alcide d'Orbigny \ Albert Gaudry a publié un volumineux ouvrage ^ dont la conclusion est que chaque époque géologique est caractérisée par des progrès dans le degré de perfectionnement des termes les plus élevés de sa faune et de sa flore.
L'étude nous apprend que le maximum de perfectionnement organique est réalisé aux époques sédimentaires les plus anciennes par les crustacés qualifiés de trilobites et dont l'analogue le moins éloigné dans la faune actuelle est la limule des îles Moluques.
A la fin des temps siluriens et surtout à l'époque dévonienne, l'animal supérieur est le poisson ; aux temps permiens c'est le batracien qui sous les formes à' Euchirosaurus , A'Actinodon, de Streorachis atteint à un degré de supériorité dont les batraciens d'aujourd'hui sont extrêmement éloignés.
Durant la période secondaire et surtout au cours des époques oolithique et crétacée, la forme reptile réalise une série de types extraordinairement doués. Par la taille, par l'agilité, par la variété des genres de vie, le reptile est le chef-d'œuvre
I. Sur l'instant d^ apparition dans les âges du monde des ordres d'animaux comparés au degré de perfection de Vensemhle de leurs or^j«<r5, Comptes rendus de rAcadémie des Sciences, XXXI, p. 193, et Recherches \oologiques sur la marche successive de l'animalisation à la surface du globe^ depuis les Temps \oologiques les plus anciens Jusqu'à V époque actuelle. Comptes rendus de l'Académie des Sciences, XXX, p. 807 et XXXI, p. 648.
a. Les enchaînements du monde organique^ 3 vol. in-80, Paris.
V ÉVOLUTION DES TBÉOmES GÉOLOGIQUES
de la nature, Buffon aurait dit le roi de la création. Mais son règne est éphémère et la décrépitude le guette. A sa place surgit le vertébré supérieur sous ses deux formes d'oiseaux et de mammifères et au prix de manifestations successives qui ont étrangement Tallure d'essais et de recommencements. Et c'est quand les gigantesques oiseaux et les plus volumineux mammifères sont en train de disparaître que Thomme se montre rachetant par sa puissance intellectuelle, la débilité de ses moyens physiques.
Sans prétendre entrer dans le secret de cette incessante rénovation, on peut faire remarquer qu'elle présente un analogue dans un monde moins difficile à aborder et dont les produits sont susceptibles d'une étude plus précise parce qu'elle est plus élémentaire. Il s'agit du monde minéral. Malgré la prodigieuse distance qui sépare les cristaux des animaux et des végétaux, il n'en est pas moins vrai que les premiers ont fait un jour leur apparition sur la Terre comme les autres et qu'ils constituent, comme eu^, des productions très variées qu'il est loisible de ranger en séries continues.
A l'origine, la Terre était exclusivement composée de matériaux fluides, gaz, vapeurs et liquides, que la haute température des temps initiaux maintenait loin de leur point de solidification. Les progrès continus du refroidissement spontané ont amené à un certain moment la concrétion de grains cristallins, comme il paraît bien que le fait se produit en ce moment sur le Soleil où la photosphère, nous l'avons vu, est constituée par une sorte de givre précipité.
Subitement, des forces tenues en réserve jus-
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que-là, et que nous pouvons qualifier de forces cristallogéniques sont entrées en jeu. Elles ont immédiatement arrangé les molécules qui tombaient sous leur empire et en ont construit ces édifices admirables de régularité qui constituent les cristaux. Et il s'est fait des roches variées, toutes coordonnées, dans leur composition chimique et dans leurs propriétés physiques, d'après les conditions du milieu générateur.
Mais ces conditions, variables avant tout en conséquence des progrès du refroidissement, sont devenues peu à peu dans les régions superficielles du globe, toutes différentes de ce qu'elles étaient d'abord, et alors, à la production des minéraux de condensation gazéiforme qui composent les roches primordiales a succédé la production des minéraux de voie mixte dont les éléments des granits et des roches connexes sont les éléments les plus connus. Ces minéraux, postérieurs à ceux que nous mentionnions tout à l'heure, ne sont cependant pas leurs rejetons et ils résultent des mêmes forces qui avaient engendré les premiers, mais s'exerçant dans un milieu devenu tout autre.
Sous la croûte ainsi constituée se sont produits alors des minéraux dont les éléments des laves volcaniques, feldspaths, tricliniques, pyroxènes, péridots sont des exemples ; et l'on pourrait à leur égard renouveler les remarques précédentes.
Enfin quand l'écorce rocheuse séparant la surface du sol des profondeurs ignées a été suffisamment épaissie pour ne plus s'opposer à la persistance de l'eau liquide, les minéraux de la voie humide se sont montrés à leur toux, toujours
bien indépendants des espèces qui les avaient précédés, mais dérivant des mêmes actions, amendées par les nouvelles conditions du milieu.
En réfléchissant à cet ensemble de faits, on ne peut s'empêcher de lui concevoir un vrai pendant dans l'histoire des êtres vivants. Nous ne connaissons pas moins la force cristallogénique que la force biologique et nous pouvons tout aussi bien que la première, regarder celle-ci comme attendant, en réserve, le moment de révolution tellurique favorable à l'apparition de ses produits. De même que la force cristallogénique a attendu l'apparition de l'état solide, conséquence du refroidissement du globe, de même la force biologique attend l'apparition d'un état chimique et physique où elle groupera les éléments autour des centres qu'elle anime sous la forme d'êtres vivants. Et si les étapes du refroidissement; ont déterminé les unes après les autres les grandes catégories de minéraux, les variations du milieu physiologique décideront la succession des formes botaniques et des formes zoologiques. Les plantes et les animaux, bien plus délicats que les minéraux, refléteront des variations bien plus légères.
Sans doute, on ne saurait utilement risquer quelques suppositions sur le mécanisme de ces productions vivantes ; c'est néanmoins un progrès que de préparer cette conclusion que la cause de la vie et de ses manifestations sur la Terre est extérieure à la Terre ; antérieure à notre monde comme le sont sans aucun doute les lois de la phy-* sique et de la chimie qui président aux rapports de la matière et de la force dans tous les points de l'espace*
LES THÉORIES PALÉONTOLOGIQUES
Apparition de la vie. — L'apparition de la vie a naturellement donné lieu à bien des hypothèses.
Rappelons que les Égyptiens faisaient naître les êtres vivants d'une fermentation de la terre sous l'action des rayons solaires. Des pustules ainsi produites sortaient tous les animaux ; les mieux partagés en chaleur avaient des ailes ; les plus déshérités furent les poissons ; les intermédiaires, les reptiles et les animaux terrestres.
Tous les sages de la Grèce avaient leur opinion bien arrêtée sur l'origine de la vie. Pour Pythagore, Tespèce humaine a toujours existé et ne doit pas finir. Il ne s'engendre rien de la terre; les animaux ont leur semence.
Selon Platon, la cause première abandonna la création des animaux aux dieux subalternes. La cause première avait engendré les dieux ; les dieux engendrèrent les animaux.
« Combien que la terre et la mer, dit Bernard Palissy, produisent journellement nouvelles créatures et diverses plantes, métaux et minéraux, si est-ce que dès la création du monde, Dieu mit en la terre toutes les semences qui y sont et seront à jamais : d'autant qu'il est parfait, il n'a rien laissé d'imparfait ^ »
L'illustre physicien Mariotte ^ a émis au sujet de l'origine des plantes cette opinion bizarre qu' « il y a dans l'air, dans l'eau et dans la terre une infinité de corpuscules faits de telle sorte que deux