CHAPITRE XV LES THÉORIES CHRONOLOGIQUES
Les hypothèses concernant la division de l'his* toire de la Terre en périodes successives, ont* conduit, par leur perfectionnement, à rétablissement de la classification chronologique des terrains. On retrouve leur origine dans la comparaison qui s'est imposée à l'esprit, entre les phénomènes auxquels nous assistons et les réactions qui, dans le passé, ont donné lieu aux différents détails de la masse terrestre.
C'est presque d'une manière instinctive que Ton a insisté sur le contraste du présent avec les temps antérieurs, qui ont semblé caractérisés par une instabilité, un trouble, une violence de régime radicalement contraire au repos; à la tranquillité et à la douceur d'allure dont nous jouissons.
Il y a là une simple illusion, parce que les temps anciens ont été considérés comme infiniment plus courts qu'ils n'ont été en effet. Il en est résulté qu'on a attribué aux phénomènes dont les roches gardent les traces une allure beaucoup plus rapide qu'elle ne le fut en réalité.
Un autre point de vue qu'il faut avoir présent à l'esprit pour comprendre l'évolution des théories chronologiques, c'est que le passé représente, non pas une période, mais une série infiniment longue de périodes successives.
Et ceci suppose qu'on est arrivé à apprécier Tâge relatif des formations associées les unes avec les autres. Werner, utilisant des faits positifs, signalés en partie par Fùchsel dès 1762, montra qu'on peut établir une véritable chronologie des événements physiques dont Tétat actuel de la Terre est le résultat.
La question de savoir si Tâge relatif des couches est indiqué par leur position plus ou moins horizontale, fut abordée par Cleaveland en 18 16, par Mac Clure en 1825, par Jackson en 1828, par Vanuxem en 1829. On admettait alors que toutes les roches secondaires étaient horizontales et qu'en conséquence il suffisait de constater Thorizontalité d'une roche pour qu'on fût autorisé pour cela même à lui attribuer l'âge secondaire. C'est Vanuxem qui remarqua qu'il n'y a pas de raison pour que des roches de même âge aient été soumises nécessairement à des forces souterraines exactement égales et pour que ces forces aient déterminé partout la même inclinaison. Il ajouta à l'observation des inclinaisons, la comparaison des fossiles et ce fut, à la suite de Brongniart et de Smith, le commencement des grands progrès de stratigraphie. Vanuxem, originaire de Philadelphie, avait été à Paris l'élève de Brongniart et de Hauy\
Victimes des apparences, les géologues furent très nombreux qui attribuèrent à chaque époque géologique une autonomie véritable et qui furent portés à la caractériser par quelque condition générale de la surface terrestre au moment de sa production.
1. V. Merrill. Contribution to the history of American Geology, I vol. in-80, Washington, 1906.