‹ L'évolution des théories géologiquesChapitre 185 sur 190 · I. De r espèce et de la classification en ^oo log-ie , i86a · texte numérisé non relu

I. De r espèce et de la classification en ^oo log-ie , i86a

3. Cours de Géologie et de Paléontologie stratigrathiques i vol in-iS, Paris, 1852, x- 3 •

I^eshayes se signala dans ce sens et proposa de remplacer les vingt-sept destructions organiques «le d'Orbigny par cinq révolutions seulement'.

i/une d'elles, à laquelle il attachait une importance toute spéciale, aurait eu lieu entre le dépôt des terrains crétacés et celui des dépôts tertiaires.

Mais ces cinq époques de Deshays n'ont pas plus de réalité que les vingt-sept d'Alcide d'Orbigny, et la limite mutuelle du secondaire et du terliaire a été effacée absolument par les découvertes faites en plusieurs régions et tout spécialement aux États-Unis, dans certaines localités îi voisinant le Fort-Laramie, dans le Far- West ^.

Le D'' Victor Lemoine^ montra que la liaison américaine se reproduit en France : le terrain inférieur de Cernay près Reims lui fournit entre autres des mammifères des genres Adapisorex, Plesiadapis et Neoplagiaulax que Marsh avait extraits du crétacé de Laramie.

T.e tertiaire et le quaternaire sont liés d'une manière intime. Les mastodontes qui sont tertiaires en Europe sont quaternaires aux États- Unis. Bien plus, les coquilles abyssales de la Méditerranée jettent un pont entre le pliocène et le temps actuel, par-dessus tout le quaternaire.

D*un autre côté, là où paraît se trouver une destruction et une re-création pour Tun des reines organiques, il peut ne rien se manifester pour Vautre.

S'il a paru légitime aux zoologistes de faire

I , Animaux sans vertèbres du bassin de Paris, 2» édition.

^. Jules Marcou. Explication d'une seconde édition de la Carte géo- (yi^i.fU^ de la Terre, in-8°, Paris, 1875. Voir aussi Dblafontaixe, Rt\ti\- Suisse, année 1876.

^. BulL Soc, Géol. de Fr.

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une coupure primordiale entre le secondaire et le tertiaire au sommet de la craie, la paléobotanique n'indique à ce moment rien de particulier.

Et à Tinverse, à l'époque cénomanienne qui zoologiquement est un moment quelconque, il y a en Europe substitution aux vieilles flores de la légion des angiospermes.

Et la conséquence mérite d'être soulignée, car c'est le retour au point de départ, c'est-à-dire à la conception non de plusieurs créations, mais d'une seule création. Seulement celle-ci, au lieu d'avoir été un acte temporaire suivi du repos du Créateur, nous apparaît comme une manifestation absolument continue de la puissance de celui-ci, sans aucune défaillance, sans aucun moment d'arrêt.

Dans l'ensemble, chaque espèce a une histoire qui rappelle celle de chaque individu.

Elle peut disparaître à un moment où régnent les conditions qui sont le plus favorables à des espèces tout à fait analogues. Chacune d'elles s'éteint, comme un vieillard qui a épuisé sa provision de vitalité ; chacune apparaît comme un être qui naît et qui se développera jusqu'à un moment d'apogée.

L'actualisme. — Historiquement l'actualisme nous apparaît comme une doctrine provoquée pour ainsi dire par les excès du cataclysmisme.

Nous n'avons pas à insister sur son caractère spécial qui est bien connu ; il suffit de constater que cette féconde doctrine enseigne qu'aux diverses époques sédimentaires toutes les actions encore en jeu, et rien qu'elles, ont produit des effets identiques à ceux qui se font sous nos 3^eux,

à moins qu'ils n'aient pour théâtre des régions de l'écorce terrestre inaccessibles à l'observation.

Cette restriction a l'air bien naïve ; elle est né^ cessitéepar l'allure inexplicable des adversaires.

En effet, Charles Sainte-Claire-Deville n'allait-il pas jusqu'à s'écrier* : « Quelle est la lave qui présentera aujourd'hui l'oxyde d'étain et la pléiade des minéraux presque tous fluorifères qui l'accompagnaient dans le stockwerck du granit? » Nous lui répondons maintenant que cette lave, qu'il demande à connaître, est celle de tous les volcans, pourvu qu'on aille l'observer à une distance de la surface du sol suffisante pour le maintien d'une température assez intense pour que les réactions décrites par Gay-Lussac se développent.

Dès l'année 1875, j'exposais au Muséum les points fondamentaux de la doctrine actualiste. On aurait certainement quelque peine à se représenter aujourd'hui, — où l'on regarde le procès comme jugé, — l'état des esprits à ce moment-là, sur les questions les plus générales, si les écrits n'étaient restés avec leur date, immobilisant en quelque sorte le cours de l'opinion régnante, laquelle de cataclysmienne est devenue peu à peu actualiste, comme à son insu et presque malgré elle.

Malgré elle est plus exact qu'il ne semblerait tout d'abord : il est curieux de constater en effet la résistance que plus d'un auteur s'est pour ainsi dire opposée à lui-même, avant de se rendre à l'évidence des conclusions actualistes, avant

I. Histoire de la Géologie, cours professé au Collège de France, I vol. in-8, Paris, 1895.

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même, en bien des cas, d'attribuer à ces conclusions un tel caractère d'évidence qu'il n'y avait plus, selon lui, aucun mérite à les avoir prévues.

L'UNIFORMITARISME. — Si Constant Prévost ' doit être considéré comme le fondateur de Técole actualiste, Charles Lyell est Tauteur de la doctrine uniformitariste. Elle ne diffère de l'autre que par un détail, d'ailleurs essentiel : c'est que par suite des transformations successives des sédiments métamorphosés en gneiss et que l'érosion ramène à l'état d'argile, il n'y a aucun moyen de reconnaître ou un commencement ou une fin dans les cycles géologiques.

En tout cas, Prévost et Lyell sont d'accord pour retrouver à chaque période les mêmes phénomènes réalisés par les mêmes agents et les mêmes mécanismes.

L'activisme. — Une dernière théorie générale à laquelle convient le nom d'activisme, élargit les précédentes et les complète. Elle prend pour base l'un des faits les plus considérables dont la Géologie tout entière nous offre le spectacle : la modification incessante des masses sédimentaires dans leur composition et dans leur structure sous l'influence des réactions variées dont elles sont sans cesse le théâtre *.

La notion de cette activité intense, de cette vie qui règne dans les profondeurs du sol, ne s'est dégagée que peu à peu. Elle fait ressembler ces profondeurs aux régions d'un organisme où

I. Stanislas Meunier. La Géologie générale, i""® édition, i vol. in-S", Parisi 1903, p. 26.

régnent les actions biologiques. Si un échatitillon de roche est une chose morte, comme un oiseau empaillé ou une plante d'hei-bier, la mêine roche en place dans la couche dont elle est partie intégrante, est vivante, bien vivante, c'est-à^ire le siège de transformations incessantes. Placés au point de vue de cette nouvelle doctrine, nous aUrohs des faits ordinaires de la Géologie une notion toute nouvelle. A la vue d*un gisement de meulières, dans une couche tertiaire, nous n'admettons pas nécessairement une source siliceuse tertiaire et nous concevons au contraire que le terrain, d'abord tout autrement constitué, formé de matériaux dont la nature n'est pas incompatible avec la vie des êtres organisés qui s'y sont fossilisés, a subi une silification du genre de celle qui a produit si souvent la pétrification des bois. On sait d'ailleurs comment, dans les phénomènes de concrétion de la silice, intervient d'une façon active la collaboration des forces vivantes. Les diatomées parmi les végétaux jouissent du pouvoir d'arrêter la silice contenue dans les eaux eh prot)ortions infinitésimales et de la concentrer de façon à x:onstituer des amas qui sont des sources de matière admirablement placées pour réaliser peu à peu les transformations qui nous occupent.

Ces remarques, du reste, ne tardent pas à sortir du cadre cependant très large que nous venons d'entrevoir. Il se trouve, en effet, que la rencontre du sable quartzifère dans une roche peut suffire pour démontrer l'origine mécanique de celle-ci. Et l'on est autorisé à proclamer qu'on voit de vrai sable se constituer peu à peu par un procédé entièrement chimique dans Tépais-

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seur des fossiles contenus dans la craie : l'activisme se révèle dans ce cas avec un caractère d'évidence tout particulier.

S'il s'agit de rendre compte des gisements phosphatés, on est ramené à des considérations analogues : ici encore, les phénomènes incessants dont la profondeur du milieu géologique est le théâtre, amènent la concentration du phosphate, d'abord disséminé dans la masse du terrain comme il est disséminé dans les dépôts actuels. Et c'est ainsi que se font les agîtes d'exploitation si profitables sous la forme célèbre de « boiiebeds », de « lits de coquins » comme on dit dans les Ardennes, de « poches de sable », comme à Beauval et à Ciply. De tous côtés, cette activité jamais lassée se manifeste sous les formes les plus. variées. Le minerai de fer oolithique de Lorraine n'est point de l'âge de la couche qu'il constitue et qui, d'abord calcaire, pourvue ensuite par un travail moléculaire de la structure oolithique, est enfin devenue ferrugineuse sous Tinfluence des solutions convenables qui l'ont baignée lentement : pas plus que la houille ne s'est déposée à l'état de houille, ayant acquis, au contraire, très graduellement ses caractères spéciaux à la faveur d'une chimie qui n'arrête jamais ses progrès.

I. Stanislas Meunier. Bnltetin de la. Société des Sciences de Nancy, vol. de 1910.

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