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I. Annuaire du Bureau des longitudes pour

LES THEORIES GEOGRAPHIQUES

fusion des glaciers lapons et finlandais qui y déversent des torrents d'eau douce.

La zone qui s'affaisse et où figure la Scanie, a une surface considérable qui s'étend jusque dans la Prusse baltique, le Danemark, les Pays-Bas, l'Angleterre et tout le nord de la France. On peut légitimement attribuer au mouvement positif de la mer qu'elle détermine, non seulement la corrosion des côtes et la disparition des îles dans la mer du Nord, mais même l'ouverture et l'élargissement progressif de la Manche.

La France considérée à part se comporte comme faisait tout à l'heure la Scandinavie, mais avec une orientation différente : pendant que sa région septentrionale est en voie de submersion, sa côte méridionale surgit au contraire au-dessus du niveau de la mer. Tout le littoral y est bordé de ces plages soulevées et de ces falaises sableuses récemment sorties de la mer dont les assises contiennent les tests de coquilles zoologiquement identiques à celles qui vivent présentement dans la Méditerranée.

De proche en proche, on constate que la quasitotalité de la surface de la Terre se divise en segments juxtaposés dont les uns sont en voie d'affaissement pendant que les autres s'élèvent lentement.

Comme on le voit, le phénomène des bosseU lements géjiéraux est réellement universel. Il a même beaucoup plus d'importance que ne lui en ferait attribuer l'observation seule des phénomènes actuels, car on retrouve des traces de son activité continue depuis Taurore des époques sédimentaires. C'est à lui que nous devons de rencontrer des formations marines dans des

régions maintenant exondées. Sans lui, il n'y aurait ni îles ni continents et de ce fait seul les conditions de la surface terrestre, à commencer par celles qui ont permis Téclosion de la vie, seraient changées du tout au tout.

Rapidement, on sHmagine la cause de ces déformations lentes de la surface terrestre. Cette cause dérive immédiatement des circonstances dont nous parlions comme résultant du mode d'origine et de formation de la croûte planétaire. Il est bien évident que l'effet direct du refroidissement spontané de la matière nucléaire du globe détermine la contraction de celle-ci et en même temp3 une tendance au décollement, sous la surface intérieure, de l'écorce menacée à chaque instant de perdre son support. La croûte, peu contractile, mais très flexible à cause de sa grande minceur relative, tend à se rapetisser en perdant sa forme sphéroïdale du début. Certains points suivent le noyau et cherchent à se rapprocher du centre de la Terre, mais la trop grande largeur de la membrane qui se déforme, engendre nécessairement la poussée centrifuge des points plus ou moins voisins et toute la mécanique des bossellements généraux résulte de cette simple considération.

N'oublions pas de dire que c'est à Élie de Beaumont qu'est due la théorie des bossellements généraux, et que c'est lui, en même temps, qui leur a attribué l'appellation sous laquelle on les désigne.

Du reste, pendant que la majorité des théoriciens est d'avis qu'il faut rattacher les bossellements généraux aux traits les plus larges de la structure du globe et à des déplacements verticaux

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de la mince croûte terrestre, — conformément à la théorie orogénique qui nous occupera bientôt, — d'autres, moins nombreux, préfèrent s'en rapporter à des modifications dans le volume des roches superficielles, soumises successivement à des températures fort inégales.

C'est ce qui a lieu avant tout pour l'interprétation du phénomène cortical de la Suède.

M. Drygalsky a cherché à montrer comment la disparition des anciens glaciers qui ont laissé tant de traces dans la Péninsule Scandinave aurait suffi pour déterminer dans les roches, ainsi soustraites au refroidissement, une dilatation assez forte pour expliquer les soulèvements constatés.

Suivant lui, les glaces ayant occupé une large surface avec une grande épaisseur, elles ont exercé une attraction sur la masse océanique et le soulèvement de celle-ci a simulé un afl'aissement : toute la Laponie a été couverte.

Seulement on ne voit pas comment les coquilles des dépôts quaternaires suédois auraient pu s'y accumuler, puisque la place était prise par les glaces. Cela suffirait à faire repousser cette hypothèse.

Quant au soulèvement, il serait dû simplement à la fusion des glaces, occasionnée elle-même par un réchauff'ement général du pays. Cette disparition a provoqué le réchauffement du sol et conséquemment sa dilatation : celle-ci a simulé le soulèvement.

M. Drygalsky a appliqué ces considérations à l'explication des traces de soulèvement observées au Canada et aux Ktats-Unis. Il rappelle d'abord qu'entre o"" et loo"* le granit (roche constitutive

du sol de ces pays) se dilate pour i degré de 8 à 9 millionièmes de sa longueur primitive. Or, si on applique ce résultat à la longueur des côtes américaines en question, on voit que l'allongement consécutif à la fonte des glaciers aurait à elle seule produit un résultat plus considérable que celui qu'il s'agit d'expliquer.

M. Badoureau a apporté à cette thèse ingénieuse et séduisante l'appui d'une analyse mathématique ^ On remarque cependant qu'il ne devrait pas exister de ports à l'époque du recouvrement par les glaces et que cependant ce sont des vestiges d'installation maritime qui, jusqu'au fond du golfe de Bothnie, ont fourni les repères les plus certains... Une autre critique s'adresse à la supposition, dans le raisonnement, d'un bloc de granit long de i 500 kilomètres ne présentant aucune faille et dont la masse serait absolument continue, les bords absolument fixes et la forme invariablement circulaire. Aucune de ces conditions n'étant réalisée, le calcul ne peut indiquer le résultat véritable : les failles en particulier peuvent détruire l'effet, même supposé réel. La précision du résultat devra mettre en garde contre la ligitimité de la méthode.

En tout cas la notion des bossellements généraux s'applique à une foule de régions où le phénomène glaciaire n'a rien à voir, comme par exemple le rivage de la Ligurie, au point que certains géologues ont voulu faire des soulèvements et des affaissements alternatifs des bases de la classification stratigraphique.

I. Etude sur le soulèvement lent actuel de la Scandinavie. Annales des Mines ; livraison de septembre 1894.

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En 1868, N.-S. Shaler^ alors professeur de géologie à T Université Harvard, s'occupa des variations de niveau de la surface du sol, en conséquence des modifications éprouvées par le recouvrement des glaces. Se rapportant à des expériences où une barre complexe se tord par réchauffement du côté de ses matériaux les plus dilatables, il conclut que la fonte des glaces quaternaires a dû produire un affaissement du sol et non point un soulèvement comme on le disait tout à rheure. Le plus curieux, c'est qu'il a prétendu confirmer sa conclusion par l'observation.

Ajoutons à cette occasion que l'Américain Eaton développa un système géologique fondé sur le déplacement successif des océans. Il pensait « qu'avant le déluge universel », les continents occupaient précisément la place des fonds de mer actuels et que nos continents, inversement, sont les fonds des océans primitifs. Il précisa en avançant que les continents primitifs étaient supportés par une assise de granit, au-dessous de laquelle se formait une immense mer souterraine. Nos continents auraient reçu la même structure générale et c'est la rencontre, parleurs bords, de ces deux segments alternatifs qui constitue la crête de granit qui s'étend de la Géorgie à la zone glaciale, c'est-à-dire le système des monts Appalaches.

En 1818 également, le géologue américain, Samuel Mitchill émit Tidée que les grands lacs de l'Amérique du Nord sont le résidu de vastes

1. The december i86y Meeting of the Boston Society of natnral history.

2. Dans un volume intitulé Index to the GeoJogy of the nosthern- StaieSy Albany, 1818.

océans séparés de la mer et dont leis eaux ont été progressivement dessalées par l'afflux dej^ ruissellements pluviaires.

Cette théorie a été appliquée plus récemment sous la qualification allemande de Relickten-See à diverses localités et spécialement aux grands lacs de l'Afrique intérieure, à la suite de la rencontre dans leurs eaux, de méduses et de certaines autres formes zoologiques qu'on regarde, sans trop savoir pourquoi, comme devant être exclusivement marines. Tout le monde n'admet pas cette supposition comme évidente.

Paléogéographie. — La rencontre, en d'innombrables localités, de vestiges marins indiquent par leur comparaison avec les détails de la géographie moderne, des conditions paléontologique analogues à celles dont nous jouissons aujourd'hui. On a même été tenté de retrouver les déliîR'amentsdes rivages existants aux anciennes époques. De là l'ensemble d'efforts réunis sous le nom de Palcogcographic, titre qui cache une sim]»le hypothèse, ainsi que nous le verrons tout à riieure.

Dans cette voie, des séries de publications intéressantes se sont succédé.

Dès 1895, M. F. Canu a tenté de traduire par des cartes, les documents paléogéographiques pru^mtés par la géologie de la France et des pays voisins *.

L'auteur, avec modestie, déclare que « le texte est une ébauche; l'atlas est un essai ». Tout le inrmde y verra une tentative intéressante, mais

U iiswii de Palcogéograpkie, i vol. grand in-S» de 70 pages avec 1 *lUiis de 57 planches, Paris, 1895.

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il faut bien reconnaître qu'aucune des cartes ne peut prétendre à la moindre ressemblance avec la réalité des choses. C'est comme une iconographie explicative des théories de Mayer- Aymar, fondées, comme on sait, sur Thypothèse d'Adhémar* pour qui, en Tabsence de toute action interne du globe, la Terre bascule périodiquement de part et d'autre de son centre de gravité tous les 2I.OOO ans. C'est la durée des périodes géologiques ; c'est le retour aux idées cataclysmiques les plus caractérisées.

Certains traités de Géologie n'ont pas craint de symboliser chaque époque par la carte des océans et même par l'indication de leurs diverses profondeurs suivant les régions. C'est évidemment une imprudence car le déplacement des continents est essentiellement progressif et continu et la moindre période géologique est beaucoup trop longue pour qu'au cours de sa durée, la géographie n'ait pas subi d'innombrables et profondes modifications. En outre, rien n'indique le synchronisme absolu de deux traces littorales du même âge géologique, et il en résulte une nouvelle cause d'incertitudes si complètes que les cartes courent le risque certain de n'avoir aucune signification sérieuse-.

1. Révolutions de la mer y déluges périodiques ^ i vol. irirS", Paris,

2. Voir à ce sujet notre Géologie générale, 2^ édit , p. 240, i vol. in-80, Paris, 190S.

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