Histoire et Théorie de la Terre, Paris
LES THEORIES OROGENIQUES
une côte contre laquelle la mer agit avec violence dans le temps qu'elle est agitée par le flux, ces efforts réitérés ne produisent quelque changement et que les eaux n'emportent à chaque fois une petite portion de la côte... Ces particules de pierre ou de terre seront nécessairement transportées par les eaux jusqu'à une certaine distance et dans de certains endroits où le mouvement de Teau se trouve ralenti, abandonnera ces particules à leur propre pesanteur et alors elles se précipiteront au fond de Teau en forme de sédiment et là elles formeront une première couche horizontale ou inclinée, suivant la portion de la surface de terrain sur laquelle tombe cette première couche, laquelle sera bientôt couverte et surmontée d'une autre couche semblable et produite par la même cause, et insensiblement il se formera dans cet endroit un dépôt considérable de matière... Cet amas augmentera toujours par les nombreux sédiments que les eaux y transporteront et peu à peu il se formera une élévation, une montagne dans le fond de la mer, qui sera entièrement semblable aux éminences et aux montagnes que nous connaissons sur la terre, tant pour la composition intérieure que pour la forme extérieure. »
En 1766, E. Bertrand était d'avis que les hautes montagnes sont produites par les mouvements de la mer^
La principale contribution de l'Américain James Hall à la géologie strictement physique est relative à l'accumulation des sédiments et à la fonction des chaînes de montagnes. La première men-
1. Recueil de divers Traités sur V Histoire Naturelle de la Terre et des fossiles^ 1 vol. in-40, Avignon, 1766.
L'ÉVOLUTfON DES THÉORIES GÉOLOGIQUES
tion en fut faite d'une .manière très sommaire dans le Report on theGeology of lowa.pdige^às (1857). C est deux ans plus tard que le sujet fut traité d'une manière complète,
Hall avait montré qu'une suite simple et régulière de strates, depuis les grès de Postdam jusqu'à la fin du coal-measures , couvre, sauf de rares exceptions, tout le pays compris entre le bassin de TAtlantique et la base des montagnes Rocheuses, et que tandis que les couches horizontales donnent toute son élévation à la plus grande partie de U plaine, les mêmes lits sont plies et contournés dans la région montagneuse, donnant ainsi à la montagne une élévation qui passe le i/ô*" de leur épaisseur réelle. Il pensa avoir montré d'une manière concluante que la ligne de plus grande accumulation des sédiments avait été le long de la direction de la chaîne des Appalaches ; en d'autres termes, que la chaîne des Appalaches était elle-même due à la disposition originaire des matériaux et non à quelque action subséquente, ou influence de fracture ou de dislocation des couches dont elle est composée.
Discutant les causes de ce contournement et de ce ploiement, il se reporta aux faits précédemment observés par Herschel sur le fond de la mer, chargé de sédiments accumulés, et subissant un affaissement qui peut déterminer l'élévation des aires continentales voisines, principe qui est généralement accepté et qui est connu sous le nom à'isostasie. Donc, quand ces sédiments sont répandus le long d'une ceinture du fond sousmarin, comme à l'origine dans la ligne de chaîne actuelle des Appalaches, le premier effet est de produire un enfoncement de la croûte de la Terre
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située au-dessous et un affaissement graduel. La démonstration de cet affaissement est fournie par la masse, considérable elle-même, des matériaux accumulés, car il serait impossible, dit l'auteur, de supposer que la mer ait présen^té originellement une profondeur égale à l'épaisseur des accumulations, quelque 15 kilomètres.
Les lignes de grande dépression doivent en conséquence se trouver le long des lignes de plus grande accumulation. Par un semblable procédé d'affaissement, le côté le plus bas des accumulations doit graduellement se courber et s'étendre, et alors doivent se produire, comme conséquences, des crevasses et des fractures. Sur la surface sousjacente, qui doit être contractée horizontalement par un pareil affaissement, il doit se produire des rides et des plis des strates. Au travers des crevasses ouvertes au-dessous on conçoit que puissent jaillir des matériaux fluides ou semi-fluides donnant lieu à des dykes de trapp.
L'abaissement de la masse doit produire un grand synclinal et dans son axe, sur une échelle grande ou petite, doivent se faire de nombreux axes synclinaux et anticlinaux plus petits. La valeur maxima de la compression le long de la ligne de maximum d'épaisseur expliquerait l'inclinaison graduelle des bords du plus grand synclinal ou les effets de fracture et de torsion. Cela, selon l'auteur, expliquerait partiellement ce fait que l'élévation montagneuse dans les régions disloquée^ ne représente dans leur altitude totale qu'une bien petite proportion de Tépaisseur réelle de la formation. En outre, les lits, dans la formation d'un anticlinal, offrant leur bord aux entreprises de la dénudation, ils sont souvent
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LÉVOiniON DES THÉORIES GÉOLOGIQUES
détruits de façon à donner lieu à des terres basses et même à de profondes vallées, tandis que les arches synclinales étant protégées contre Texterieur par la forme courbe de leurs lits, elles peuvent continuer à former des crêtes proéminentes, comme on Tobserve dans la région méridionale des Appalaches. Il ne semble pas à l'auteur que les plissements aient jamais contribué à Taltitude des montagnes, mais plutôt que l'extrême plissement a déterminé la dénudation des masses rocheuses par les agents de dénudation*.
Suess - a signalé le rapport entre le phénomène orogénique et l'allure des masses séjiimentaires. Sur le versant septentrional des Alpes on rencontre une puissante série de dépôts triasiques, jurassiques et crétacés au caractère pélagique, tandis que sur le bord septentrional de la même chaîne, les mêmes étages n'ont qu'une épaisseur insignifiante et sont généralement à l'état de formations littorales.
La théorie de James Hall quant aux géanticlinaux et au soulèvement des montagnes le long des lignes de rivage a été violemment attaquée par - Joseph le Conte en 1872 '\ Partant de la largeur des Appalaches, qui est d'au moins 100 milles, il montre que la faiblesse de la courbe hypothétique de Hall ne pourrait pas produire l'écrasement nécessaire pour la formation de Timmense plication.
En outre, suivant lui, la sédimentation et l'affaissement marchant simultanément, la surface supérieure ne serait sans doute pas convexe et
1. D'après Mfrrill. Histoire de hi Géologie américaine^ p. 499,