‹ L'évolution des théories géologiquesChapitre 43 sur 190 · Survey of New Hampshire, i vol. de 375 pages · texte numérisé non relu

Survey of New Hampshire, i vol. de 375 pages

LES^ TiTÈÔâŒS OROGÉSiQl'ES

dérivant de causes profonde«|."proyiéîit jijtTefbur-V lement de Técorce sur un^noyau qui se rapetisse sans cesse.

Descartes qui a qualifié la Terre de Soleil encroûté, fait dériver de cette vue géniale tout un système orogénique^ et pour qu'il ne reste aucune ambiguïté dans ses explications il adjoint à son texte la figure que nous reproduisons. Elle montre d'un coup d'œil comment l'illustre auteur, considérant au point de vue de la mécanique l'arrangement et le déplacement relatif des différentes parties du globe, rattache les dislocations, que présente de toute part la « voûte terrestre », au refroidissement et à la contraction de la masse qui la supporte.

« Or, dit-il, y ayant ainsi plusieurs fentes dans le corps E, lesquelles s'augmentoient de plus en plus, elles sont enfin devenues si grandes, qu'il n'a pu se soutenir plus longtemps par la liaison de ses parties et que la voûte qu'il composoit, se creusant encore tout d'un coup, sa pesanteur Ta fait tomber en grandes pièces sur la superficie du corps C. Mais pour ce que cette superficie n'étoit pas assez large pour recevoir toutes les pièces de ce corps, en la même situation qu'elles avoient été auparavant, il a fallu que quelquesunes soient tombées de côté et se soient appuyées les unes contre les autres. En sorte que si, par exemple, en la partie du corps E qui est ici représentée, les principales fentes ont été aux endroits marqués i, 2, 3, 4, 5, 6, 7, et que les deux pièces 2, 3 et 6, 7 ayant commencé à tomber un peu

i. Les Principes de la Philosophie^ édition française de 1668, 4« partie, § 2, p. 286 et § 4, p. 323.

^ loi €

VÊVQiuTWN DES' fliÉK)RIES GÉOLOGIQUES

/plnà. tôt <['UG' les -autres»-, et aussi que les bouts des quatre autres marqués 2, 3, 5 et 6 soient tombés plus tôt que leurs autres bouts marqués i, 4 et V, et enfin que 5, l'un des bouts de la pièce 4, 5 soit tombé un peu plus tôt que V, l'un des bouts de la pièce V, 6, ces pièces doivent se trouver après leur chute,' disposées sur la superficie du corps C, en la façon qu'elles paraissent en

Mm "■ wkM t

cette figure, où les pièces 2, 3 et 6, 7 sont couchées tout à plat, sur cette superficie et les autres quatre sont penchées sur leurs côtés et se soutiennent les unes les autres... Ensuite de quoi, si nous pensons que le corps Y n'est autre chose que de l'air, que D est de l'eau et C une croûte de terre intérieure et fort pesante, de laquelle viennent tous les métaux, et enfin que E est une çiutre croûte de terre non moins massive, qui est composée de pierres, d'argile, de sable et de limon, nous verrons clairement en quelle façon les mers se sont faites au-dessus des pièces 2, 3, 6, 7 et semblables, et que ce qu'il y a des

LES THÉORIES OROGÉNIQUES

autres pièces qui n'y est point couvert d'eau, ni beaucoup plus élevé que le reste, a fait des plaines ; mais ce qui est plus élevé et fort en pente comme i, 2 et g, 4 V a fait des montagnes » .

Leibniz a exprimé aussi son opinion sur l'origine des montagnes^ : « Il est croyable que la consolidation de la croûte du globe par refroidissement a laissé, comme cela arrive pour les métaux et autres corps qui demeurent plus poreux par la fusion, des bulles énormes, en rapport avec la grandeur de Tobjet, c'est-à-dire qu'il s'est formé sous ses voûtes immenses, des cavités renfermant de Tair et de l'eau : et il est probable aussi que d'autres parties se sont étendues sous forme de couches et que, par la diversité de la matière et la distribution de la chaleur, les masses se sont inégalement raffermies et ont éclaté çà et là, de sorte que certaines portions en s'affaissant ont formé le creux des vallons, tandis que d'autres, plus solides, sont restées debout, comme des colonnes et ont par cela même constitué les montagnes ».

C'est le fondement des idées les plus modernes. L'hypothèse de Descartes a séduit, au début même de la période scientifique de la Géologie, l'illustre sir James Hall, l'apôtre dévoué de la doctrine plutoniste de James Hutton^ Ce fut en même temps comme l'aurore de la Géologie expérimentale.

1. Protogée ou delà Formation et des Révolutions du globe, trad. franc, par le D«" Bertrand de Saint-Germain, i vol. in-S", Paris, 1839, p. 9.

2. Transact. of the royal Soc. of Edinhonrg^ vol. VII, p. 84,

En effet, Hall avait inventé un procédé consistant à refouler horizontalement des feuilles de drap empilées et à leur donner ainsi des inflexions qui reproduisent la structure de maintes chaînes de montagnes.

En février 1888, Henry Cadell lut' devant la Société royale d'Edimbourg un travail très analogue à celui de sir James Hallet où le mode opératoire avait seulement été rendu plus puissante

Le même procédé, mais considérablement perfectionné, permit à M. Bayley Willisde pénétrer dans le secret des causes qui ont déterminé la structure des monts Appalaches ^.

Déjà en 1822, D. H. Barnes publia dans le American Journal of Science une remarquable interprétation d'une section géologique des Canan Mountains (Connecticut). Cette coupe présentant deux fois la même série de cinq formations parfaitement distinctes, l'auteur n'hésite pas à affirmer qu'il s'agit d'une succession de couches qui a été débitée en deux sections par une cassure verticale et que l'une de ces sections a été relevée d'environ une centaine de pieds par rapport à l'autre . Ces remarques et d'autres du même genre conduisent à l'hypothèse que les portions soulevées ont cédé à la pression de bas en haut d'un agent dont le dégagement amène la submersion de la région considérée au-dessous du niveau de la mer.

Parmi les modernes, Deluc peut être considéré comme l'auteur de la théorie des soulèvements du sol considérés comme causes des chaînes de

. i. Expérimental researches in Mountain hiiilding, Edimbourg, 1888. 2. The Mechanics of Appalachian structure, i vol. gr. in-8«, Washington,

LES THÉORIES OROGÉNIQUES

montagnes*. Cependant son point de vue, dérivé évidemment des vieilles conceptions de Descartes, est incomplet à bien des égards.

L'étude de la structure des monts Appalaches conduisit les frères H.-D. et W.-B Rogers à étudier en détail la théorie de la formation des montagnes -. Ils développèrent cette opinion que le soulèvement de la chaîne résulte d'une série de flexions non symétriques, présentant dans la plupart des cas un pendage beaucoup plus accusé sur le versant N.-O. que sur le côté opposé. C'était un premier essai et fort remarquable dans cette voie difficile où se débattent encore les tectoniciens, et qui consiste à refaire le détail des actions mécaniques évidemment très nombreuses, très diverses et très complexes dont les chaînes montagneuses sont les résultats.

En 1847, J-D. Dana^ présenta des considérations sur la contraction du globe d'où il tire la conclusion que la Terre a débuté par l'état de fluidité. Il insiste sur la pensée que les aires actuellement submergées sous la mer ont été à une certaine époque les régions de la croûte les plus énergiquement chauffées et sont celles par conséquent qui, par le refroidissement, ont subi la plus grande contraction relative. Aussi est-ce le long de leurs rivages que se sont produites les plus grandes chaînes de montagnes. On voit qu'à son avis les continents comme les montagnes ont été soulevés par une force émanant des profondeurs et agissant de bas en haut.

Page 1