La Face de la Terre, t. I
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qu'un tube de caoutchouc qu'on vide d'air tend à prendre une section triangulaire. Car, sans insister sur ce que le même tube dans les mêmes conditions peut prendre des sections variées, on ne voit pas du tout que l'application à la sphère du résultat accepté pour vrai, soit légitime.
En effet, malgré l'apparence de compétence des personnes qui prétendent réaliser par ce moyen une démonstration du système, on peut hardiment proclamer qu'elles se sont trompées. Au lieu de citer directement à cet égard M. Lowthian Green qui est l'auteur de l'hypothèse^, nous préférons emprunter à Lapparent "^ l'exposé que celui-ci en a fait et qui constitue un véritable acquiescement.
(( M. Grenn, dit-il, a pensé qu'en considérant une sphère comme formée par la juxtaposition d'une infinité d'anneaux cylindriques de diamètre décroissant, on pourrait s'autoriser des expériences de Fairbairn sur l'écrasement des tubes à section circulaire. Il paraît que le plus souvent, la section des tubes tend à prendre, sous l'influence de l'effort exercé, la forme d'un triangle équilatéral à côtés concaves. Dès lors, il peut sembler admissible que l'écrasement d'une écorce sphérique y fasse naître ce qui, pour un sphéroïde est l'équivalent d'un triangle équilatéral, c'est-àdire une forme tétraédrique. M. Green a d'ailleurs observé que telle est à peu près la figure d'une bulle de gaz en se dégageant au sein de Veau, et le même résultat aurait été obtenu dans des expériences faites en dégonflant avec les pré-
I. Vestiges of fhe moHen Globe, i vol. in-S», Londres. 1875. 3. Traité de Géologie^ 5"= édit, Paris, 1909.
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cautions voulues, de petits ballons de caoutchouc. On peut encore remarquer que si la sphère est, de tous les solides réguliers, celui qui embrasse le plus grand volume sous la plus petite surface, le tétraèdre est, au contraire, celui pour lequel le rapport de la surface au volume est un maximum. Il est, par conséquent, tout naturel qu'une écorce sphérique mal soutenue cherche à prendre la figure tétraédrique destinée à lui assurer le plus longtemps possible la conservation de sa superficie. »
Or, des naturalistes, — c'est-à-dire des observateurs dont Tesprit est tourné ailleurs qu'à la géométrie — se disent qu'une fois la sphère réduite en une « infinité d'anneaux cylindriques » le diamètre de ceux-ci ne pourra « être décroissant » qu'à partir d'un équateur, et qu'alors il le sera dans deux sens opposés, le cercle équatorial étant le plus grand de tous. En conséquence le solide consécutif à la substitution aux cercles parallèles d'autant de triangles équilatéraux, possédera non pas quatre faces, mais six faces pouvant être par la pensée décomposées en deux tétraèdres opposés base à base. Dès lors la démonstration si laborieusement échafaudée, au lieu d'aller à son but, est radicalement à rencontre dé la déformation tétraédrique.
Il est à remarquer que l'examen du globe terrestre fait très naturellement surgir devant l'esprit ridée d'une symétrie ternaire d'ailleurs très rudimentaire et très incorrecte dans les grands traits de l'économie planétaire. Aussi trouve-t-on plus d'un prédécesseur de M. Green.
L'un d'eux est l'illustre philosophe Jean Raynaud, qui dans un ouvrage un moment fort
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célèbre * a inséré une dissertation a sur les anomalies de la figure de la Terre ».
Il y représente Taspect du globe terrestre vu du pôle Sud et y fait ressortir la symétrie des trois caps : Horn, de Bonne-Espérance et de Van Diémen. Il montre comment, en faisant corps avec l'Australie et en se séparant de TAsie occidentale, la Malaisie et les régions qui sont au nord de cette presqu'île feraient une masse. comparable à celle des Amériques et à celle de l'Europe jointe à TAfrique.
« Les distances respectives des trois caps étant, ajoute-t-il, à peu près dans les mêmes rapports que les nombres 7, 8 et 9, les trois terres deviennent dès lors équidistantes, comme il devrait arriver dans le cas où le sphéroïde aurait subi trois ondulations sur la périphérie de Téquateur et donne ainsi naissance à trois côtes de melon. »
Voilà donc la doctrine du tétraèdre qui se trouve avoir une origine française !
Mais Jean Reynaud a usé dans la question d'une prudence dont on s'est singulièrement départi après lui .
Il est très remarquable que les liens purement géométriques de la sphère avec le tétraèdre régulier, aient été invoqués, bien que dans des conditions diamétralement opposées par Tun des plus grands naturalistes, Richard Owen, préoccupé de reconstituer les conditions de formation de la Terre.
Suivant lui, la planète, lors de quelqu'une de ses périodes initiales, occupait un volume plus
I. Ciel et Terre ^ i vol. in-8«, Paris, 1854, p. 401 et suiv ^ 123 «
petit que celui dont elle jouit depuis que les continents se sont élevés au-dessus de la mer, et avant aussi que diverses formations récentes se soient déposées sur des substratum plus anciens.
Plus tard, « le noyau primitif de la Terre prit la forme d'un cube ou d'un tétraèdre et les roches des diverses périodes géologiques successives se présentèrent de moins en moins denses à mesure qu'elles s'éloignaient des pôles et s'approchaient de l'équateur. Quand les lits furent élevés, les bords de formations apparurent comme ayant été amenés à la surface le long de lignes concentriques qui sont des portions de grands arcs s'entrecoupant les unes les autres de façon à former des triangles sphériques équilatéraux sur la surface de la Terre, chaque angle d'intersection étant à égale distance du pôle Nord actuel * »,
Les forces agissant pour soulever les plans cidessus furent supposées dériver . d'un fluide interne, les matériaux étant poussés en vagues périodiques par l'attraction du Soleil et de la Lune, créant ainsi des perturbations électriques. En fait, Owen regarde la Terre entière comme un gigantesque aimant, rendue telle par la chaleur du Soleil. Il suppose qu'avant que la séparation des continents se produisît, les couches coupant le continent sud-américain, gisaient sur les assises de l'Afrique submergée ; que l'Australie a été superposée à l'Arabie et l'Amérique du Nord à une portion de l'Europe. Owen, en outre, appelle l'attention sur ce fait que les lignes de côtes des continents, aussi bien que celles de beaucoup d'îles, tendent à se conformer à l'axe de l'éclip-
I. Key tothe Geology of the globe, i vol., Nashville, 1857. ^ 124 ^
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tique et il regarde la distance angulaire de 23''5 qui marque l'écart vers le nord du Soleil en été, comme l'unité naturelle de mesure dans la structure de la Terre.
Des idées analogues à celle d'Owen ont été développées peu de temps après par Pearce.
Comme pour le réseau pentagonal, on mit de l'émulation à fournir des arguments à la doctrine tétraédrique.
L'un fait valoir la découverte par Nansen d'une nner libre au nord, en oubliant d'ailleurs que le diamètre de cette dépression n'a aucun rapport avec la largeur de la face tétraédrique. L'autre spécule sur l'existence des montagnes de l'Antarctique.
Celui-ci insiste sur l'existence de trois boucliers archéens dans le nord des continents en oubliant d'ailleurs que ces trois boucliers qui devraient marquer des sommets sont dans le périmètre de la face septentrionale et ne devraient aucunement faire saillie.
D'ailleurs les continuateurs de M. Green ont parfois proposé des modifications qu'ils considèrent comme des perfectionnements à la théorie initiale. M. Michel Lévy \ par exemple, a déplacé considérablement le tétraèdre, en se basant sur la considération des gisements éruptifs.
Marcel Bertrand- est allé beaucoup plus loin en supposant qu'au cours des périodes géologiques et en conséquence du déplacement du pôle, le tétraèdre change constamment de situation. Il a même tracé la trajectoire de chacun