‹ L'évolution des théories géologiquesChapitre 75 sur 190 · Essai sur V Origine du Monde, i vol, in-40, Paris · texte numérisé non relu

Essai sur V Origine du Monde, i vol, in-40, Paris

^ |6l € ST. MEUNIER, -- n

"" uigmzed by VjOOQIC

L'ÉVOLUTION DES TBÉORIES GEOLOGIQUES

mand Gautier peuvent être cités parmi beaucoup d'autres chercheurs.

Il est absolument impossible de les suivre dans leurs conceptions relatives tantôt à Tensemble du phénomène et tantôt à certaines particularités plus ou moins importantes.

Les phénomènes volcaniques paraissent être à Cordier un résultat simple et naturel du refroidissement extérieur du globe ^ La masse fluide intérieure soumise à une pression croissante qui est occasionnée par deux forces dont la puissance est immense : d'une part, Técorce solide se contracte de plus en plus ; de l'autre, cette même enveloppe, par suite de l'accélération séculaire du mouvement de rotation, perd sa capacité intérieure à mesure qu'elle s'éloigne davantage de la forme sphérique. Les matières fluides internes sont donc contraintes à s'épancher au dehors sous forme de laves par les évents habituels qu'on a appelés volcans. « En termes exacts, dit-il, si l'on suppose à l'écorce de la Terre une épaisseur moyenne de 20 lieues de 5.000 mètres, il suffirait dans cette enveloppe, d'une contraction capable de raccourcir le rayon moyen de 1/494** de millimètre, pour produire la matière d'une éruption. » Sans nous attarder à discuter cette conception qui a eu son moment de succès, il suffira de constater que rien de ce qui concerne la distribution géographique des volcans n'y est pris en considération et cette remarque est suffisante pour lui retirer tout crédit.

Bien des géologues, Ilopkins, Sterry-Hunt,

I. Essai sur la température de l' intérieur de la Terre dans les Mémoires du Muséum d'histoire naturelle^ 8« année, t. XV, 30 cahier^ p. 161.

LES THÉORIES VULCANOLOGIQUES

Poulett-Scrope, etc., ont imaginé pour expliquer le phénomène volcanique, l'interposition, entre le magma terrestre et Técorce solide, d'une couche intermédiaire de roches imprégnées d'eau et qui se trouvent dans un état de fusion aqueuse : celleci donnerait naissance aux laves.

Mais comment comprendre la formation, de cette couche?... On n'a même pas essayé.

Parmi les auteurs modernes, M. Stûbel ^ a fixé particulièrement l'attention. Pour lui, la conséquence du refroidissement progressif de la Terre vers la fin de son évolution solaire, fut, comme on sait, la formation d'une écorce solide. M. Stûbel suppose qu'il y eut en même temps déversement à la surface de cette écorce, d'énormes amas de magma d'origine interne : cette émission recouvrit le globe d'une enveloppe de matériaux fondus à laquelle convient la qualification de ctii" rosse. A chaque progrès de la solidification centripète du noyau, correspondit un épanchement chaque fois plus difficile et moins abondant. A un certain moment, les cheminées d'éruption traversant l'écorce et la cuirasse, s'obstruèrent pour le plus grand nombre. Par une compensation dont on n'explique pas la raison, celles de ces cheminées qui restaient libres fonctionnèrent d'autant plus largement et déversèrent de tous côtés des masses énormes de roches fondues. Désormais la croûte, redoublée de la cuirasse, put résister aux réactions du foyer central. Dans la suite, la cuirasse atteignit une épaisseur de 50 kilomètres et alors le règne exclusif du feu toucha à sa fin.

I. Voir: notice jointe par M. W. Spring ù l'édition française des profils représentant La Genèse et Structure de l'écorce solidifiée du globe de M. Stiibel, in-4% Leipzig, 1908.

L'ÈVOLVTIOS DES THEORIES GEOLOGIQUES

Les agents aqueux atmosphériques, pouvant alors se condenser, se précipitèrent sur la cuirasse encore brûlante, dont ils accélérèrent le refroidissement et à laquelle ils empruntèrent une longue série de corps solubles. C'est à ce moment que se constituèrent les roches cristallines. Les phénomènes geysériens allèrent en se localisant et en diminuant, tandis que Teau froide et douée d'activité chimique très atténuée, permit réclosion de la vie. Par le remaniement des matériaux déjà constitués, s'élaborèrent les premières strates fossilifères. Les foyers périphériques diminuèrent d'ampleur et certains d'entre eux, enfouis dans les sédiments, alimentent les foyers actuels.

Parmi les hypothèses d'après lesquelles le volcan n'est que l'évent d'une localité souterraine où s'opère quelque combustion violente; celle du chimiste Lémery ' fut des plus célèbres, et cependant elle ne saurait résister au plus léger examen. Lémery remarqua que le mélange de la limaille de fer et de la fleur de soufre, à poids égaux, convenablement humecté d'eau, s'échauffe spontanément au point de donner lieu à de violents dégagements de vapeur, de projeter une portion de la matière à une distance plus ou moins grande et même de briser le vase dans lequel on procède à la manipulation.

« Cette opération, ajoute l'auteur, peut fort bien servir à expliquer de quelle manière les soufres se fermentent dans la terre, pour y causer des tremblements et les embrasements qu'on

1. Explication physique et chimique des feux souterrains, </« tremblements de terre, des ouragans, des éclairs et du tonnerre, Paris, 1700. — Voir aussi son Cours de Chjfmie, i vol. in-4», Paris, 1756, p. 149.

LES THÉORIES VULCAJSOLOGIQUES

appelle volcans, comme il n^rrive que trop souvent dans plusieurs pays et entre autres au mont Vésuve et au mont Etna, car ces soufres se mêlant dans des mines de fer pourront pénétrer le métal, produire de la chaleur et enfin s'enflammer de la même manière qu'il se fait dans notre opération. »

Et il est admirable de voir comment de cette petite expérience, Fauteur est ingénieux à déduire, outre la cause des tremblements de terre, celle des ouragans, celle des trombes (qu'il appelle pompes de mer), celle de la foudre et même celle des météorites.

Inutile d'insister sur l'absence de toute analogie avec les conditions du phénomène à expliquer. Personne aujourd'hui n'attache plus la moindre importance à la supposition de Lémery. que le célèbre chimiste Rouelle (le Cadet) combattit très énergiquement en faisant remarquer que le fer ne se trouve pas dans les mines à l'état métallique, mais seulement sous la forme de minerai, dont le mélange avec l'eau et le soufre ne peut aucunement produire les effets décrits.

Pourtant dans son célèbre ouvrage intitulé Preuves de la théorie de la Terre ^ Buffon qui y consacre l'article 1 6 aux volcans et aux tremblements de terre, commence par y donner l'acquiescement le plus complet à la théorie de Lémery. « Ilsetrouve dans une montagne, dit-il, des veines de soufre, de bitume et d'autres matières inflammables; il s'y trouve en même temps des minéraux, des pyrites qui peuvent fermenter, et qui fermentent en eff'et toutes les fois qu'elles sont exposées à l'air et à l'humidité ; il s'en trouve ensemble une très grande quantité ; le feu s'y met et cause

une explosion proportionnée à la quantité de matières enflammées et dont les effets sont aussi plus ou moins grands dans la même proportion : voilà ce que c'est qu'un volcan pour les physiciens. »

Les « académiciens de Naples * » sont d'avis que les « incendies du Vésuve » proviennent du « mélange étroit du soufre, du bitume, du nître, de l'alun, du vitriol et des autres sels, aussi bien que d'autres minéraux plus nobles qu'on trouve partout en grande quantité dans le sein du territoire de Naples ». « C'est, ajoutent-ils, de quoi Ton ne saurait douter, pour peu qu'on soit initié dans les opérations chimiques et que Ton connaisse leurs étranges effets. Ne pourrait- on pas soutenir que la terre du royaume de Naples est pleine, sinon d'un feu vif, au moins de semence de feu? »

Bien que Guettard (17 15 à 1786) commît Terreur de voir dans les volcans des résultats de la, combustion du pétrole, il peut être considéré, selon Texpression de Sir Archibald Geikie {The founders of Geology) comme l'initiateur de la géologie volcanique. D'après Bernardin de Saint- Pierre -, l'eau de la mer jouit de la propriété que lui communique sa salure, de dissoudre les matières organiques et principalement les huiles, les bitumes, les a nitres de végétaux et d'animaux » qui lui sont amenés par le concours des fleuves et des pluies. L'océan serait de la sorte promptement pollué d'une manière complète et

1, Histoire du Mont Vésuve avec ^explication des phénomènes qui ont coutume d'accompagner /es embrasements de cette montagne^ I vol. in-12, Paris, 1741.

Page 1