CHAPITRE VIII LES THÉORIES FILONIENNES
Les points de la Terre prédestinés à servir de l>erceau aux conceptions géologiques sont spéc Paiement ceux où se présente quelque substance minérale d'application utile.
A cet égard, on sait que les hommes préhistoriques avaient déjà des notions d'exploitation sou- Lerraine et c'est avec un intérêt facile à justifier t|u on visite les vestiges, parfois très facilement reconnaissables, comme à Mur de Barrez (Aveyrrm) S des puits et des galeries d'où sont sortis maints rognons de silex ultérieurement convertis par la taille, en haches, en pointes de lance ou de flèches, en racloirs, en poinçons, etc.
Il n'y a presque pas d'imprudence à avancer, que ces hommes primitifs avaient fait des remarques sur les variations des gisements, sur les liaiî^ans multiples des qualités du nodule recherché, avec l'apparence, la couleur, la dureté de la craie encaissante, et même qu'ils s'étaient fait des idées sur l'origine et le mode de formation de la matière qui leur rendait tant de services.
Cette supposition n'est que la transposition à un passé plus reculé, de cequi a eu lieu au début
i. Boule. Matériaux pour l'étude primitive de l^ Homme, 3* série, IV, 1887.
LES THÉORIES FILONIENNES
des temps modernes. On a vu, en effet,- les premiers délinéaments de la Géologie se dégager peu à peu des pratiques séculaires des mineurs. Beaucoup d'entre eux ont écrit des ouvrages visant avant tout les règles pratiques propres à conduire au maximun du succès industriel, — et plus ou moins associées à des suppositions sur Torigine des minerais ou sur les causes auxquelles il faut rattacher les particularités de leur gisement.
En dressant la liste des premiers mineurs on est conduit à y comprendre une série d'hommes, qui furent de véritables initiateurs en Géologie. Et cette éclosion scientifique s'est naturellement réalisée dans les centres miniers les plus actifs, la Saxe, la Bohème et l'Angleterre.
Entre bien d'autres on peut retenir dans cette série les noms d' Agricola au xvr siècle, d'Henckel (1725), de Sténon (1638-1687), de Wallerius, de Bergmann (1735-1784), de Delius, de Schlutter, de Cramer (1792), de Werner (1749-1817), de Hutton (1726), de Lasius (1789), etc.
Origine des filons métallifères. — Quand on cherche à comparer les diverses hypothèses dont les filons métallifères ont été le sujet, on est frappé de leur nombre et de leur variété.
Aussi leur classification qui, pour le dire en passant, avait déjà été tentée par Werner * n'estelle pas sans grandes difficultés.
L'antiquité des conjectures sur les minéraux et sur les causes qui les ont produits se trouverait révélée par le nombre et la variété des idées
I . Nouvelle théorie sur la formation des filons, traduction fran* çaise de Daubuisson, i vol. in-8", Paris, an XL 1802.
superstitieuses dont ils ont été l'occasion. En 1657, Agricola s'élève avec force contre lopinion généralement admise alors que les planètes exercent une influence dans la formation des métaux. En effet, l'influence des astres et spécialement du Soleil a été développée par un grand nombre d'auteurs parmi lesquels on peut citer Utman, Elterlein, Meier et Loehneis ^
On attribuait à plus d'un minéral un souffle personnel, une espèce d'âme. Le succin ou ambre, par sa vertu électrique, était, en eff'et, de nature à entretenir une pareille manière de voir, à laquelle les travaux récents sur la radioactivité ont rendu quelque actualité. Aussi voit-on dans maints ouvrages les gemmes et les minéraux affublés de vertus, bonnes ou mauvaises, extrêmement variées.
Boetius de Boodt, qui fut médecin de l'empereur Rodolphe II, fait des difficultés pour croire à ces qualités occultes, mais en même temps, il se défend de les nier ^ « Personne, dit-il, n'attribuera ces propriétés à la pierre elle-même, mais aux esprits auxquels Dieu a commis et permis d'exercer ces facultés. Peut-être la substance des pierres précieuses, à cause de leur beauté, de leur splendeur, de leur dignité, est-elle propre pour être le siège et le réceptacle des esprits bons, tout aussi bien que .les réceptacles mauvais sont les lieux puants, horribles et solitaires. »
11 s'agit avant tout, dans ce passage, des gîtes d'étain, longtemps rapprochés des filons, mais que les théories modernes transportent dans la