‹ L'évolution du Chartisme, 1837-1839Chapitre 10 sur 65 · Lovftt, op. cit., p · texte numérisé non relu

Lovftt, op. cit., p

3. Lettre de Bronlene à la Norl/iern Star, du lo août {Sorlliern Star, du 18 août 1H38). Cette lettre de Bronterre est jdeine d'intérêt.

4. Défenseur du Pauvre, 11 janvier 18'J4, lettre de Beal de Sheffield.

travail réel. C'est donc une erreur capitale de supposer que les ouvriers sont vendeurs de toutes choses ou de prendre le montant total de la valeur des produits comme la mesure de la valeur du travail. Le grand desideratum, c'est d'arriver à une réduction du prix des denrées, sans une réduction concomitante du prix du travail réel et la meilleure manière d'y réussir est d'abolir tous les impôts, de réduire et de restreindre l'intérêt du capital à la plus petite somme possible, de diminuer le nombre des commerçants et des non producteurs. On rendra ainsi les prix aussi bas que possible sans diminuer la valeur du travail. »

Et la NorthernStar devait, le 20juilletl839, compléter ce raisonnement et soutenir que le papier-monnaie aurait pour effet de favoriser à la fois la surproduction, la spéculation et la dépréciation du travail, par suite que l'inflationnisme était tout à fait contraire aux intérêts des classes laborieuses : « Mr. Atwood doit savoir qu'une émission illimitée ou trop prolongée de papier-monnaie tend à avilir toute propriété réelle ; par conséquent il lui faut nier que le travail est une propriété réelle, ou prouver que, sous un régime de monnaie fictive, le travail n'est pas soumis à toutes les fluctuationsproduites, quand il leur plaît, par les maîtres de celte monnaie. Donnez-nous un contrôle sur dix millions de monnaie fictive et non seulement nous commanderons le marché du travail en Angleterre assez longtemps pour créer un état de confusion et d'alarme, mais nous serons capables de ruiner et de chasser hors du marché tous les petits capitalistes. Mr. Atwood croit-il que les moyens d'employer le travail donneraient les moyens correspondants de faire vivre les ouvriers? Si oui, il est en contradiction avec les règles de l'offre et de la demande. Aujourd'hui, avec les facilités actuelles d'agiotage, tout magasin de Manchester, de Liverpool, de Leeds, ou de toute autre grande ville, fait concurrence au travail : ils peuvent être pleins, constituant une réserve pour la spéculation, tandis que toute la population, surmenée pour les remplir, est dépréciée sur le marché. Donnez-nous des billets de £ 1 pour douze mois et l'emploi sans restriction des machines, avec leurs améliorations et leur accroissement, et, en une année, nous produirons plus qu'il est nécessaire pour cinq années. Le travailleur peut-il se procurer les billets de £ 1 pour acheter des vivres aussi facilement et aux mêmes conditions que le capitaliste peut les faire monter pour régler le taux de son salaire ? Le projet de Mr. Atwood est une altération des principes de communauté de Mr. Owen, avec cette

difîérence seulement que le plan de Mr. Owen assurerait les moyens de réciprocité, tandis que Mr. Atwood laisserait pencher la balance du pouvoir d'un côté. Comme Mr. Hume le lui a bien rappelé, la pétition ne demande ni papier-monnaie, ni abrogation des lois sur le blé, ni abrogation de la loi des pauvres; elle demande seulement l'envoi à la Chambre des Communes d'hommes qui seraient prêts à abroger toutes les mauvaises lois. Le désir de Mr. Atwood de justifier ses anciens associés et de rester bien avec son groupe, tout en allant assez loin pour s'acquitter de sa promesse au pays, l'a amené à per;lre de vue la question et à saisir l'occasion de faire de la pétition nationale une béquille pour sa marotte inflationniste'. »

Bronlerre O'Brien voit bien le danger que peut l'aire courir au mouvement chartiste la personnalité d'Atwood et, dans une lettre du 15 août 1838, il mettra les chartistes en garde contre l'envie que pouvait avoir Thomas Atwood de se servir de l'agitation charliste pour faire peur au Parlement et lui arracher la réforme monétaire comme une concession dont le prix serait la charte du peuple. Cependant, malgré ces réserves, le maître d'École du chartisme rend hommage à l'honnêteté de l'homme qu'il juge assez finement en disant : » Dans la mesure où le caractère personnel de Mr. Atwood est en question, je choisirais Mr. Atwood comme leader de préférence à tout autre homme public de l'Angleterre ; non que je le regarde comme l'homme le plus sensé ou le plus habile, mais parce que je sais qu'il a un excellent cœur et une sympathie réelle pour les classes laborieuses. » Mais la Birmingham Political Union avait eu l'intelligonce de ne pas mettre au premier plan de son programme les théories monétaires que son « bon cœur » faisait [)ardonner à d'Atwood et c'est pourquoi, dans cette même lettre, nous voyons Bronterre affirmer : « Puisque les Unionistes de Birmingham se sont déclarés en faveur du suffrage universel, c'en est assez pour moi; la politique de Birmingham n'est plus pour moi une politique de parti, la politique d'une faction ; elle est la politique nationale, la politique de vingt millions d'hommes opprimés. Par la pétition nationale, l'individualité de Birmingham s'est fondue dans la i)ersonnalité de la nation. En consentant a faire cause commune avec les millions d'individus non représentés, les hommes de Birmingham ont non seulement expié

1 . Sort/iern Slar, 20 juillet IS.IO et The Charlist Circulai- de Glascow, l'aper Cunenctj. et The Evtls nf l'aper rnonei/ du 19 octobre 1839 Pt du 31 juillet 1841.

leurs anciennes erreurs, mais aussi ils ont acquis les meilleurs titres à notre concours sincère et complet. En se déclarant pour le suffrage universel, ils se sont déclarés pour les justes droits de toutes les classes; pour les droits même de ceux qui ne voudraient accorder aucuns droits aux autres. C'est là un acte aussi chrétien que magnanime et national. »

Avant même que Bronlerre O'Brien se soit prononcé en faveur de Talliance des Chartistes et des hommes de Birmingham, la Working Men's Association, dès le mois de décembre 1837, a accepté cette alliance et a répondu au message adressé par la Birmingham Politicàl Union aux réformateurs de l'Angleterre et de l'Irlande : « Nous nous joignons cordialement à vous dans l'appel que vous adressez à vos frères de toutes les parties du Royaume lorsque vous leur demandez de faire avec enthousiasme un nouvel effort pour la liberté, de réorganiser leurs Unions politiques et de se constituer dans chaque district, dans chaque ville et dans chaque paroisse, en Working Men's Associations; de ne cesser leur agitation et de ne se déclarer satisfaits que lorsqu'ils auront fait reposer notre système représentatif sur des principes justes et équitables... Avectoutle respect que nous avons pour les décisions de sa Majesté, nous pensons que le cabinet doit être choisi... parmi des hommes disposés à réaliser une réforme qui donne à tous des droits politiques égaux et mette à la disposition de tous une instruction égalée » La B. P. U. a omis de parler du cens d'éligibilité ; mais la W. M. A. suppose qu'il n'y a là qu'une omission involontaire : les deux principes directeurs de la W. M. A., l'affranchissement politique etl'éducationdu peuple, sont acceptés par laB.P.U. Cette association reconnaît que la réforme de 1832 n'a pas répondu aux espérances de ceux qui ont contribué à la faire adopter : la misère des classes laborieuses prouve que le gouvernement Whig a fait faillite et qu'il n'a pas su accomplir la tâche qui lui avait été confiée. L'accord existe aussi sur la tactique à suivre: une vaste pétition signée par plusieurs millions de citoyens sera présentée au parlement pour forcer son adhésion à une réforme plus complète que celle de 1832.

A l'imitation de la London Working Men's Association et de la Birmingham Polilical Union se forment par toute l'Angleterre des Working Men's Associations et des Politicàl Unions. Le mouve-

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