Fils d'un quaiier
très jeunes, prédisposés parleur jeunesse même à s'adapter aux colères et aux illusions des travailleurs.
De même que le D"^ Taylor et Peter Murray Mac Douall symbolisent les aspirations sentimentales de l'idéalisme social et que Richard Marsden et Robert Lowery représentent les revendications de la misère, Feargus OConnor et George Julian Harney apparaissent comme les socialistes de l'ambition et de l'envie, à côté du mysticisme révolutionnaire et de la révolte ouvrière : ces six hommes résument complètement la psychologie complexe des chefs qui allaient entraîner le chartisme du réformisme à la violence. Mais il ne faut pas croire que les comparses n'ont pas eu leur part d'influence dans cette évolution : la crédulité juvénile des Rinns et des Williams, toute prête à affirmer la certitude d'une victoire prochaine, la démagogie grossière des Peter Russey et des Neeson, toute prête aussi à griser leurs auditoires des promesses les plus invraisemblables, contribueront à développer des tendances révolutionnaires qui sans doute préexistaient à leur intervention. Les apôtres de la violence ont puissamment aidé à transformer en actes les sentiments des masses ouvrières dont la parole de Lovett et de ses amis aurait pu calmer les colères, apaiser les exaspérations et métamorphoser en manifestations systématiques les énergies destinées à se dépenser en une agitation incohérente et vaine.
La politique de la Working Men's Association consistait à créer un grand mouvement d'opinion publique dont la première manifestation serait une pétition au Parlement : la formation d'associations et une campagne de réunions publiques devaient être les moyens de cette propagande pacifique ; et, sur cette méthode d'action, il y avait accord entre la Working Men's Association et la Rirmingham Political Union.
La R. P. U. avait à sa tête Thomas Atwood, député à la Chambre des Communes, homme infatué de lui-même et de ses théories. Une gravure représente « The Friend of the people » avec une tête tout en long, un front sans relief et sans profondeur, un nez proéminent prêt à toutes les aventures, une bouche bavarde, prétentieuse et satisfaite de ses paroles, un physique semblant trahir une cervelle légère et vaniteuse. Tout glorieux de se con-
sidérer comme l'auteur de la réforme de 1832, il ne doute pas de faire mieux encore ; il pense que sa réputation le destine au rôle de leader et il compte faire servir la force du mouvement chartiste au triomphe de ses conceptions monétaires: à cette intention il a fait glisser dans la pétition une allusion à ses projets inflationnistes ' .
Lovett dit avec raison qu'en réalité l'émission du papier-monnaie avait pour Mr. Atwood plus d'importance que la Charte du peuple-; celui-ci justifiait facilement vis-à-vis de lui-même cette préférence puisqu'il considérait « son plan monétaire comme la panacée universelle ^ » et comme très favorable aux intérêts des classes laborieuses; l'émission du papier-monnaie devait, en effet, provoquer avec une hausse des prix une hausse des salaires. Mais ces idées n'étaient pas acceptées par tous les démocrates ouvriers et elles avaient été combattues dans le Défenseur du Pauvre. Les démocrates ouvriers n'avaient point confiance en les promesses des inflationnistes : peut-être pensaient-ils que la hausse des prix n'est pas immédiatement suivie de la hausse des salaires et que celle-ci, plus lente à se produire, n'est pas capable de compenser la vie plus chère; peut-être craignaient-ils aussi les spéculations favorisées par la dépréciation de l'instrument monétaire. Aussi accueillaient-ils avec enthousiasme le chartisme d'Atwood tout en critiquant son inflationnisme comme contraire aux intérêts des travailleurs.
Dès le 11 janvier 1834, un covvQ^'^ouàd^niAw. Défenseur du Pauvre se demandait : « Les ouvriers ont-ils intérêt à la hausse des prix''? » « Dans le n° 134 du Défenseur du Pauvre, vous dites que la hausse des prix est avantageuse pour les ouvriers, parce que, d'après cet archiavocat de l'usure, Mr. Atwood, « les ouvriers sont vendeurs de tous les produits, tandis qu'ils ne sont acbeteurs que d'une part. » C'est là un énorme mensonge. Tout ce que les ouvriers ontà vendre, c'est leur travail; et l'augmentation du prix des denrées dépend autant et peut être plus de l'intérêt du capital, des impôts et du nombre de ceux qui vivent de profits comme les boutiquiers, les teneurs de livres, les garde-magasins, les courtiers, que du
1. « Les lois qui font le pain cher et celles qui, en rendant la monnaie rare, rendent le travail bon marché doivent être abolies », allusion à la mesure de Robert l*eel rétablissant le paiement des billets en espèces.