‹ L'évolution du Chartisme, 1837-1839Chapitre 12 sur 65 · Northern Star, 20 octobre 18;JS · texte numérisé non relu

Northern Star, 20 octobre 18;JS

le fait que la pélition nationale accueille les signatures des femmes comme celles des hommes. Le grand théoricien du mouvement, Bronterre O'Brien ^ déclare dans la Northern Star qu'on doit prendre au sérieux ce mouvement des femmes : « On espère, dit-il, que trois millions d'individus auront bientôt signé la pétition nationale, trois millions d'hommes et peut-être un demi-million de femmes ; on se moque de ce mouvement des femmes, mais le gouvernement n'est pas moins destructeur du bonheur des femmes que de celui des hommes -. » L'adhésion de Bronterre O'Brien est significative.

Que voulaient donc les femmes chartistes ? Une adresse de la Female PoUticaL Union de Newcastle aux femmes anglaises exprime les tendances de ces clubs de femmes. Celles de Newcastle revendiquent d'abord le droit de s'occuper de politique : les intérêts de leurs pères, de leurs maris et de leurs frères ne sont-ils pas aussi les leurs ? et, puisque ceux-ci sont opprimés, ne doiventelles pas imiter les grands exemples qui leur ont été donnés par les femmes historiques ^ ? N'ont-elles pas du reste un intérêt personnel à s'unir aux revendications en faveur de la liberté et de la justice ? Tant que le salaire de l'homme sera insuffisant pour nourrir la famille, la femme sera obligée d'abandonner son foyer : « Parce que le salaire de l'homme était insuffisant pour nourrir

1. Sur Brouterre O'Brien, voir Revue d'histoire des Doctrines, 1909.

2. Xorihern Star, 8 septembre 1838. Ce mouvement des clubs féminins se prolonge en i.s39 : voyez notamment Xorthern Star du 6 juillet 1839, p. 8. Enthousiastic meetings ùf the Female Political Union of Birminirham.

3. Sorthern Star, 9 février 1839 : « Concitoyennes, nous faisons appel à vous pour vous joindre à nous et aider nos pères, nos maris et nos frères à se libérer ainsi que nous de l'esclavage politique, physique et intellectuel Et nous mettons en avant les raisons suivantes pour répondre à nos ennemis et encourai:er nos amis. On nous dit que le royaume des femmes est leur foyer et que le champ de la politique doit être abandonné aux hommes. Ceci, nous le nions; la nature des choses est contraire à cette assertion, et la conduite de ceux qui l'avancent est en désaccord avec les principes qu'ils afûrment. N'est-il pas vrai que les intérêts de nos pères, de nos maris et de nos frères doivent être aussi les nôtres? S'ils sont opprimés, réduits a la misère, ne devonsnous pas partager ces maux avec eux? S'il en est ainsi, ne devons-nous pas ressentir les injustices qui leur sont infligées? >'ous avons lu les relations du passé et nos cœurs ont répondu à l'éloge fait par les historiens de ces femmes qui ont lutté contre l'ojipression et supplié leurs concitoyens d'être libres ou de mourir. En dehors de ces sentiments, lorsque nous avons connu l'oppression exercée sur les nègres esclaves de nos colonies, nous avons élevé nos voix pour dénoncer leurs tyrans et nous n'avons eu de repos que lorsque les marchands de sang humain furent forcés d'abandonner leur trafic d'enfer. Mais nous avons ajipris par une amère expérience que l'esclavage n'est pas confiné à la couleur et au climat, et que même en Angleterre une oppression cruelle règne, et nous sommes forcées par notre amour de Dieu et notre haine de l'injustice de nous joindre à nos concitoyennes dans leurs revendications pour la liberté et pour la justice. »

sa famille, nous avons vu la femme obligée d'abandonner son foyer négligé et de travailler avec les tout petits enfants à un labour dégradant pour l'âme et pour le corps. Nous avons vu le père arraché de sa maison par une presse brutale \ obligé de lutter contre ceux qui ne lui avaient jamais fait de mal, payé seulement trente-quatre shillings par mois, alors qu'il aurait dû avoir six livres sterling ; sa femme et ses enfants réduits à la famine et obligés de subsister de la misérable chère distribuée avec parcimonie par la charité mercenaire. Nous avons vu les pauvres volés de leur héritage et une loi promulguée pour traiter la pauvreté comme un crime, pour refuser une consolation à la misère, pour enlever aux malheureux leur liberté, pour arracher les pauvres de leur maison et de leur patrie, pour séparer ceux que Dieu a mis ensemble et arracher les enfants aux soins de leurs parents. Cette loi a été adoptée par des hommes et appuyée par des hommes dont la doctrine avouée est que le pauvre n'a aucun droit à vivre et qu'un créateur infiniment sage et bienfaisant a laissé les besoins de ses enfants sans rien pour les satisfaire. Pendant des années nous avons lutté pour maintenir dans nos maisons un confort tel que nos cœurs nous disaient qu'il réjouirait nos maris après leurs travaux fatigants. Les années ont passé les unes après les autres et même maintenant nos désirs n'ont aucun espoir de se voir réalisés. Nos maris sont épuisés par le travail, nos maisons sont à moitié meublées, nos familles mal nourries et nos enfants sans instruction. La crainte de la faim est suspendue sur nos têtes, le dédain des riches pèse sur nous, la flétrissure de l'esclavage est notre lot et nous sentons notre avilissement. Nous sommes une caste méprisée. Nos oppresseurs, non contents de mépriser nos sentiments, veulent gouverner nos pensées et nos désirs. L'amère servitude du besoin nous lie à leurs pieds ; nous sommes opprimées parce que nous sommes pauvres, les joies de la vie, le bonheur de l'abondaru-e et les sympalhies de la nature ne sont pas pour nous ; la consolation de nos foyers, les caresses de nos enfants et l'airection de nos parents nous sont refusées. . . Nous avons cherché et trouvé que la cause de tous ces maux est le monopole législatif, le gouvernement du pays entre les mains de quelques personnes des classes supérieures et moyennes tandis que les ouvriers qui sont millions, qui sont la force et la richesse

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