Le 14 novembre, Gammage, p. 95 et
chantes paroles que la bouche » ; sur quoi Stephons ajoute : « Je vois que tout va bien et vous souhaite bonne nuit. » Le 28 décembre, il est arrêté, et le martyr, que la cause chartistea désormais en lui, va servir, mieux encore que l'orateur passionné, l'évolution vers la violence.
En présence des provocations auxquelles se livraient les apôtres de la force physique et dont les meetings à la lueur des torches étaient l'occasion, le gouvernement s'était décidé à faire afficher une proclamation déclarant ces meetings illégaux. Par cette politique nouvelle, le gouvernement allait contribuer lui-môme à l'évolution du Chartisme en rendant plus difficile aux modérés leur altitude pacifique : il mettait ceux-ci dans la presque impossibilité de résister aux passions surexcitées par l'inlerdiclion dune forme de meeting très populaire ; il donnait aux leaders de la force physique un argument très fort à faire valoir auprès des niasses pour les persuader qu'en présence de la persécution, en présence de cette dénégation du droit de réunion, la politique de la force morale était une duperie et que les Chartistes n'avaient plus qu'une ressource, celle d'user du droit qui leur était donné par la Constitution. L'appel aux armes et l'insurrection devaient donc apparaître comme la résultante logique des actes du gouvernement qui se préparait non seulement à interdire certaines manifestations, mais à sévir. Moins prudent que Feargus OConnor qui, craignant sans doute les conséquences personnelles, avait conseillé d'abandonner temporairement les meetings à la lueur des torches, Slephens avait dénoncé la proclamation comme « une insulte au peuple opprimé » et comme entièrement destituée de force légale. Aussi un oidre d'arrestation avait-il été lancé contre lui pour avoir assisté à ces meetings illégaux et pour y avoir prononcé des paroles séditieuses.
L'arrestation de Stephens soulève l'indignation des ouvriers qui l'aiment et le regardent comme le premier martyr de la cause chartisle. A Manchester, le jour de son interrogatoire, dès qu'il parait, il est l'objet d'une ovation qui dégénère bientôt en tumulte et menace de devenir une véiitable émeute. Pendant l'interrogatoire, le vacarme est tel que les magistrats se voient obligés de prier Feargus O'Connor d'user de son influence pour apaiser la foule. Alors le démagogue irlandais, tout fier du rôle qu'il va jouer, s'aj)proche d'une fenêtre et fait avec la main un signe pour demander
silence : la foule furieuse l'accueille par des applaudissements et lui obéit immédiatement : Feargus O'Connor parle et facilement il calme la populace en lui promettant que justice sera rendue à l'objet de son adoration. Le soir, Feargus O'Connor parle encore dans une grande réunion publique et déclare que le peuple remportera une victoire rapide sur ses ennemis, sur ses oppresseurs ; il dit l'amour et le respect qu'il a lui-même pour Stepliens : Celui-ci, assure-t-il, ne sera pas condamné, son crime n'est pas passible de la transportation ; mais, Feargus affirme que, si les tyrans abusent de leur autorité, jamais il ne laissera transporterie corps de Stephens sur le navire tant qu'on n'aura pas foulé aux pieds son propre corps inanimé; et, par de tels propos, le « hâbleur irlandais » se sert de Siephens pour accroître sa popularité.
Au reste Feargus O'Connor est infatigable; son activité est extraordinaire. Du 18 décembre au 15 janvier, si l'on en croit ses déclarations au meeting de Leeds, il a pris part à Londres, à Bristol, à Manchester, à Greenfield, à Bradford, à Leeds, à Newcastle, à Carliste, à Glasgow, à Paisley et à Edimbourg, à vingt-deux gi'ands meetings, après avoir franchi 1.500 milles, partout acclamé et partout accueilli par des applaudissements enthousiastes ^ Feargus O'Connor est en fait le maître de la situation et il va décider des destinées du Chartisme en asservissant par sa tyrannie le mouvement à une politique ambiguë: la meilleure définition de son attitude est celle que lui-même donna de cette politique dans son discours d'Edimbourg reproduit par la Northern Star du 12 janvier : « Je suis accusé d'avoir poussé le peuple à employer la violence et la force. Mais je défie tout bomme de poser le doigt sur une seule ligne de mon écriture en faveur de la force brutale pure et simple. J'ai continuellement déclaré que l'homme qui discipline la force brutale détruit la force brutale. J'ai continuellement affirmé que la force morale est suffisante pour réaliser toutes nos intentions. Je vous ai dit de conquérir le suffrage universel par la force morale, si c'était possible, et les moyens pacifiques sont assez efficaces pour l'obtenir; mais, si les moyens pacifiques ne vous le donnent pas, arrachez-le ou mourez dans cet effort. [Applaudissements.) C'est à la cause des vestes de futaine, des mains calleuses et des mentons non rasés que j'ai consacré mes énergies et j'ai