‹ L'évolution du Chartisme, 1837-1839Chapitre 26 sur 65 · HÀ · texte numérisé non relu

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revanche à celle élection, (jui élail pour lui une délaile- qu'en inspirant à la Convention une conduite opposée à celle préconisée par Lovett. Dans l'esprit de Feargus O'Gonnor, le triomphe de la politique démagogique pouvait seule affaiblir linduence de son rival et lui faire échec. L'intérêt même de sa renommée imposait au descendant des rois d'Irlande le devoir de rester ûdèle à la tactique qui lui avait servi à la conquérir : poursuivre sa politique de surenchère, était le seul moyen de maintenir son inûuence ; c'était aussi défendre sa personnalité ou tout au moins ce qu'il y avait de stable dans son inconsistante ligne de conduite. La Xort/iern Star était là pour faciliter ses desseins : elle apparaissait comme l'organe de l'opinion publique charlisle ; par son action hebdomadaiie elle pouvait amener les troupes chartistes à exercer une pression sur la Convention.

Dès le 9 novembre, paraît un article sur « la glorieuse Convention », « le Parlement à la lueur des torches et le Parlement à la lumière du jour » et le ton de cet article indique le sens dans lequel les rédacteurs de la Star vont essayer de pousser la Convention : le journaliste y développe naturellement l'idée de l'antagonisme des classes; il prévoit l'altitude qu'aura la Convention en cas de lutte entre " l'ennemi commun, le riche oppresseur, et le pauvre opprimé » ; il parle de la violence comme si elle était un fait inéluctable : « Si l'on arrivait à la violence, les délégués comme un corps de défense combattraient à la tète du peuple, pour lequel ils sont prêts à risquer leur vie, avec l'appui de son courage. Quand il aura été décidé du sort de la pétition, nous devrons être prêts à agir selon les circonstances. Quant à présenter une autre pétition, nous demandons très respectueusement la permission de n'en rien faire. » Dès la première semaine, la /VorMerw 6'/rtr envisage l'éventualité d'une lutle et elle incite les Conventionnels à prendre une altitude offensive à l'égard du pouvoir : la menace d'une action directe au cas où la pétition serait repoussée, telle est la suggestion de ce premier article. La Northcni Star prépare les esprits à forcer la main aux Conventionnels, à les entraîner au delà du rôle pour lequel normalement ils ont été nommés, à transformer leur action de contrôle en une aclion de combat. La Convention n'a été élue que « pour surveiller la présentation de la pétition et pour obtenir, par tous les moyens légaux et constitutionnels, l'ordonnancement de la Charte du peuple. »

La Convention a pour mission de véririer la pétition et de la confier à Âtwood et à Fielden, qui doivent la présenter à la Chambre des Communes : et, si, comme le pense Lovett, elle doit appuyer celte présentation « en développant une opinion publique favorable aux principes Cliartisles, en créant aussi des organisations politiques dans les i-égions où il n'en existe pas », elle excéderait ses pouvoirs en voulani aller plus loin, faire appel à la violence pour exercer une pression sur le Parlement et lui arracher par la force la Charte du peuple: elle n'a pas été nommée pour organiser laction directe ou la lutte de classe.

Tandis que la Northern Star prédispose ses lecteurs et l'opinion Cliartiste a agir sur la Convention, Feargus O'Connoi' est trop habile pour heurter de front et immédiatement les tendances de la majorité (il n'est pas rare de le surprendre ainsi en apparente contradiction avec son jonrnali. Le I3février,il soutient une motion de Bronterre O'Brien demandant que les Conventionnels aient une entrevue avec les députés du Parlement deWestminter: « Cette entrevue doit avoir lieu comme entre membres de deux clubs » (c'est l'expression même de Bronterre) et servir à rassurer les membres du Parlement, en leur montrant que « les intentions du peuple sont dagir légalement et sans violence ». Sur quoi Feargus O'Connor déclare : « ces hommes doivent savoir ([ue le peuple n'a aucun désir de violence parce qu'il est convaincu que le maximum de force morale est supérieur au minimum de force physique ' «.Ainsi, le l(î février, le démagogue ii'landais lui-même aflirme l'idéal de la force morale; et, si Ion peut douter de sa sincérité, on doit croire à celle de Bronterre : sans doute, en théorie, celui-ci est partisan dr la manière l)abou\iste, mais un certain esprit de prudence p()liti([ue est ca|)al)le d'incliner ses principes devant des raisons d'opportunité.

I^e 26 février, Feargus O'Connor et Hrontei-re O'Brien sont encore d'accord avec la majorité de l'Assemblée pour faire appel aux méthodes de la force morale. Feargus présente une motion proclamant la nécessité pour la Convinlion de |)()ursuivre la propagande cliartiste et d'envoyer à cet effet en province quinze délégués. Bronterre

I. Sorllieni S/ar ilii H) livrier' : la veille, le 12 février, la Cniiveiition avait discuté la <|ue>tiiiii (Jti lilire écliaiiirisiiie et, après un discours de lirmilerre, avait vole une iiiutiori de(;!araiit que cette a^'ilatioii ue devait pas distraire les cliartisles de leur objet essentiel et i|ue l'ahrotration des coridaws devait avoir pour condition préalable la réfornif du sufl'rage.

appuie cette proposition : « il faut continuer lagitation et il n'y a pas de meilleur moyeu (que celui proposé par Feargus pour éveiller toutes les énergies de la démocratie ». Seulement cette propagande doit être pacifique : aux Conventionnels envoyés ainsi en mission il sera expressément recommandé « de ne se mettre en rapport avec aucun corps ou association, de n'user d'aucun langage violent ou inconstitutionnel et de n'enfreindre les lois en aucune manière par leurs paroles ou par leurs actes ' ».

Cette résolution qui devait avoir sur l'évolution de la Convention des conséquences importantes fut provoquée par la déception qu'avait causée la pétition : alors que Bronterre avait escompté plus de trois millions de signatures, o00,o48 seulement avaient été réunies, lors de l'ouverture de la Convention-: en vérifiant les feuilles des différentes villes, on s'était aperçu que, dans de nombreuses régions, il n'y avait aucune organisation cliartiste capable de recueillir des signatures ou même seulement d'intéresser la population au mouvement. C'est la raison principale qui avait déterminé la Convention à retarder la présentation de la pétition de quelques semaines et à envoyer quinze j-eprésentants en mission. Sur celte question, il paraissait exister un accord parfait entre les Conventionnels : la Convention n'avait-elle pas été nommée pour surveiller la présentation de la pétition et pour obtenir par tous les moyens légaux et constitutionnels l'adoption par le Parlement de la Cliarte du peuple? L'envoi des missionnaires semblait conforme aux vues du Chartisme de la force morale, dont Lovett exprime l'opinion, puisqu'une opinion publique favorable au Cliarlisme vl se manifestant par un plus grand nombre de signatures devait appuyer fortement la pétition.

Cependant cette décision acceptée par la majorité de l'Assembli-e, comme tout à fait adaptée à sa politique, était grosse de const-quences : elle contenait en puissance les trois causes qui amenèrent l'évolution de la Convention. Tout d'abord elle provo(iiie une première scission et un double mécontentement. James Paul Cobbeti, effrayé par cette résolution, présente une motion tendant à limiter lactivi té de l'assemblée a la seule pétition nationale : il prétend que la Convention a pour mandat exclusif de vérifier la pétition et de la

1. Sort/ieni Star du 2 mars; le 25 féviii.-r, Maisileii avait |>i- wv un ■liscoms

sur la misi'ie des tisserands à la main.

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