‹ L'évolution du Chartisme, 1837-1839Chapitre 3 sur 65 · Norlhern Star, du 6 janvier · texte numérisé non relu

Norlhern Star, du 6 janvier

femmes et de leurs enfants, de leurs pères et de leurs mères, de leurs frères et de leurs sœurs. Il ne faut pas que cela soit. Avant de vous laisser ainsi dépouiller, prenez les armes. Chaque homme doit, c'est là son premier devoir, se procurer un bon fusil. J'en ai bien un, tout prêtre que je suis, et aussi un pistolet. Si vous n'avez pas dargent pour en acheter un, mettez quelque chose en gage pour avoir les moyens de vous procurer le nécessaire. Si votre pauvreté ne vous permet même pas cette suprême ressource, munissez-vous d'une bonne pique. [Tonnerre d'applaudissements et acclamât ions véhémentes.) Les soldats sont tous pour le peuple contre la plus damnable de toutes les lois... » Je suis un homme de paix ; mais je préfère à la pai.\ la parole de Dieu. Dieu a déclaré que l'homme et la femme ne doivent pas être séparés, et il a déclaré aussi que la terre était l'héritage de l'humanité : tous par suite ont le droit d'y trouver leur subsistance. Et, si cette loi abominable, qui viole toutes les lois divines continue à être appliquée, si tous les moyens pacifiques d'y mettre un terme ont été tentés en vain, alors [Montrant une bannière flottant au cent] pour nos enfants et pour nos femmes, nous ferons la guerre avec le couteau. Si ceux qui produisent toute la richesse n'ont pas le droit, conformément à la parole de Dieu, de cueillir les doux fruits de la terre que, selon la parole de Dieu, ils ont récoltés à la sueur de leur front, alors qu'ils combattent au couteau leurs ennemis qui sont les ennemis de Dieu. Si le fusil et le pistolet, si l'épée et la pique ne suffisent pas, que les femmes prennent leurs ciseaux et les enfants l'épingle ou l'aiguille. Si tout échoue, alors le tison endammé, oui, le tison enflammé [Tonnerre d'applaudissements), le tison enflammé, je le répète, mettez les palais en flammes!... Je m'arrête, mes amis. Si le toit de leur chaumière ne peut plus servir d'abri à l'homme et à la femme, si le petit enfant qui leur sourit doit être arraché des bras de son père et du sein de sa mère, parce que les commissaires, ces chiens d'enfer, ont mis à exécution les ordres de leur maître, du diable contre notre Dieu. » Applaudissements.)

Voilà les paroles de violence prononcées par un pasteur au milieu des applaudissements, devant une foule frémissante, dont les sentiments sont en harmonie avec ceux de Stephens connue le manifestent les inscriptions des bannières :

i' Les pauvres ont un droit sur !<• sol et en vérité ils ont an droit à leur subsistance. -

« Pour nos enfants et pour nos femmes nous nous battrons au couteau. »

« Qui nous a entrâmes dans la guerre civile avec le Canada ? Ces brutes de Whif/s tout dégouttants de sang. »

" Feargus O'Cofinor et une bonne loi des pauvres pour l'Irlande. »

« La colère de Dieu tombera sur ceux qui séparent le mari et la femme, car Dieu l'a défendu. »

« Pleurez maintenant, riches, et Cfémissez pour les calamités gui vont tomber sur vous. »

« Que tout homme libre puisse vivre par le travail, ou qu'il brave la mort do?mée par les tyrans. »

« Les ouvriers, la vraie noblesse du pays. »

« Guerre au couteau à la nouvelle loi des pauvres. »

Tandis qu'au meeting du jour de l'An 1838 le pasteur Stephens fait appel à la violence et excite ses auditeurs à prendre les armes, à Londres même la politique de la W. M. A. est attaquée par George Julian Harney, secrétaire de la London Démocratie Association, dans une lettre adressée le 13 mars à la Northern Star*. La Démocratie Association a été fondée en 1837 par Feargus O'Connor pour contre-balancer l'influence des leaders de la W. M. A. qui lui avaient autrefois rendu service : c'est un des premiers actes par lesquels l'agitateur Irlandais essaie de ruiner les chefs modérés du mouvement, en attendant qu'il s'attaque ensuite aux autres-. Cette association a un programme beaucoup plus révolutionnaire que celui de la W. M. A. : en outre du suffrage universel, de la liberté de la presse, de l'abrogation de la nouvelle loi des pauvres, de la réduction du travail à huit heures, de la suppression du travail des enfants, ce programme, dont la Northein Star donne l'énoncé dans son numéro du 21 juillet 1838, comprend, « comme le grand objet et le but principal de l'association, la suppression de l'inégalité et l'établissement du bonheur universel ».

Ces visées ambitieuses s'opposent au programme précis et plus modeste que se sont proposé les hommes de la W. M. A. Sans doute eux aussi, ils sont socialistes ; sans doute ils sont aussi partisans de la liberté de la presse et de la réglementation du travail; mais ces réformistes n'ont pas l'intransigeance de la London Demo-

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