‹ L'évolution du Chartisme, 1837-1839Chapitre 53 sur 65 · Ibidem · texte numérisé non relu

Ibidem

argenlLM-ie de M. Horion, prouvant que, quelque grande qu'eût été la provocalionjl n'avait pas pour objet le pillage. Il était en guerre avec les classes régnantes, mais dédaignait de se prévaloir luimême des privilèges habituels des guerriers. S'il avait été poussé à l'exaspération, ce n'était pas sa faute : ses vices relevaient de ses oppresseurs, mais ses verlus lui étaient personnelles ». En face de l'émeute, la bourgeoisie, prise de terreur et hantée par les souvenirs de 1793, quitte en masse la ville ; les affaires sont suspendues '.

La violence avait enfin éclaté : comme les protagonistes de la force physique l'avaient recommandé, comme la Convention ellemême lavait conseillé, le peuple avait repoussé la force par la force et rendu les liommes de la classe moyenne, les auteurs de ses maux, responsables sinon dans leur vie, du moins dans leur propriété. Les apôtres de la violence doivent triompher de la mise en application de leurs idées; la A'oy^Aer/i .S'^ay du 13 juillet n'at-elle pas déclaré que la bataille a commencé ? elle va sans doute applaudir à l'action directe du peuple de Birmingham. Ce serait mal connaître la psychologie de ces hommes que d'imaginer qu'ils sont satisfaits des conséquences de leurs pai'oles : dans leurs œuvres les théoriciens de la force physique n'aiment pas à se leconnaître ; ils ne sont prêts à avouer que les actes de violence qui aboutissent à une révolution, que les émeutes qui l'éussissent ou celles encore qui, ayant échoué, peuvent servir de légendes au calendrier des saints révolutionnaires ; mais ils attribuent aux provocations et aux complots de leurs ennemis celles qui, n'étant que rexj)losion spontanée et inefficace des instincts populaires longuement excités par les apôtres de la violence, ne peuvent conti'ibuer à jetei" aucune gloire sur la cause ni aucun lustre sur eux-mêmes.

La seconde émeute de Birmingham dépassait les désirs de Feargus O'Connor et de ses rédacteurs et devait même singulièrement les gêner dans leur ligne de conduite. Aussi comprennentils le tort que ces émeutes peuvent faire à leurs thèses et [)eut être aussi au tirage de leur journal ; et nous voyons la Xorthcrn Star

!. Luvttt. ]• "221 : « Sur iiotrf iclonr (io Warwick à Biriniiiirliam. nous lenrnntràmes tii'S heuieusprneut le frère de M. Collius et qucli|ues autres cliartistes qui .■liiicut vernis l>i)ur nous mettre au courant de cette lamentalile affaire, ce qui nous dùlerniina à cliauirerde chemin afin d'entrer à Birinin-liani par une dlrei-tiou op|iosée; et cette rencontre fut heureuse i)0ur nous, car sans i-lle nous fussions venus par le Bull Riuij et nous eussions probablement été rendus responsables des incendies. >>

j)lai(lL'r les circonstances atténuantes, an lien d'atlrihnor an peuple le mérite de la journée du lo ; elle déclare que le peuple n'est nullement responsable des incendies (ju'elle dit être l'œuvre de bandits stipendiés pai' les adversaii'es du Cliarlisnie : « Nous ne croyons pas que la tragédie de lîinninghani ait élé voulue pai' le |)euple. Nous ne doutons pas (|ue les maisons aient été incendiées et h;s méfaits commis pai- (|ucl(|ui's misérables payés pour l'exécution des desseins diaboliques d'un parti. Il est cependant probable que, s'il en a été ainsi, les misérables ont ([uelque peu outrepassé les ordres qui leui' avaient été donnés, car nous apprenons que les dégâts se sont élevés à i: 40,00(1 '. » Et à cette accusation, par laquelle ils évitent de s'interroger eux-mêmes sur leur propi'c responsabilité, les rédacteurs de la Star ajoutent quelques conseils de sagesse auxcjuels, selon leur coulume d'appliquer à leurs lecteurs le traitement de la doucbe écossaise, ils entremêlent des incitations à la violence. Craignant à la fois d'encourir des poursuites et d'être accusés de reculer, ils trouvent ces formules : « Nous sui)plions de nouveau le peuple d'être patient et de ne pas se laisser pousser à la folie. 11 n'y a aucun besoin de recourir à la violence... A-t-il obéi aux suggestions de la Convention ? Les cabarets ont-ils été désertés ? Les palais du gin sont-ils vides ? La tbéière a-t-elle élé brisée? J^es cbiiy'ons de papier ont-ils été convertis en or ? Les socitHc's de secours muluids ont-elles retiré leur argent des caisses d'i^pargiie? Surtout et avant tout, cba(|ue ouvi'ier a-t-il dans sa maison son l'usil et une provision convenable de poudre et de balles sous la main pour régaler tout visiteur importun qui pénétrerait sans droit dans sa maison le jour ou la nuit. » Après avoir dit {|iiil n'y a aucun besoin de recourir à la violence et paru condamner les t'meutiei's de Hirmingham, la Norf/ifin Star incite les Cbarlistes à |)0ssédei' des armes et à s'en servir; contradiclion ou apparence de contradiction, liabileté plntôl, coiisislant, selon b; sens des événements, à être en état de dire (|u on avait conseillé la sagesse ou ([u'on avait conseillé la violence et dajoutei" : voyez comme les faits nous ont donné raison ; souci aussi de journaliste désireux d'oiïrir uses lecteurs, tous Cliartistes, nuiis de si diverses manières, des conseils a double face qui puissent plaire aux uns et aux autres selon leur tempérament.

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