‹ L'évolution du Chartisme, 1837-1839Chapitre 55 sur 65 · Northern Star du 27 juillet · texte numérisé non relu

Northern Star du 27 juillet

Voici donc la grève générale fixée au 12 août. C'était une folie et la plupart des conventionnels le comprirent aussitôt. On s'en rendra compte si l'on sen rapi)orle aux lettres écrites par certains d'entre eux et reproduites par la Northern Star. Le 18 juillet, Frost adresse de Bristol à la Convention une lettre ' : il dit avoir assisté à un meeting dans cette ville et déclare qu'à son avis les classes ouvrières ne sont pas, à l'heure actuelle, prêtes à obéir à la Convention et à suivre ses ordres pour le mois sacré. Frost conseille d'envoyer en mission dans le |)ays de Galles quelques Conventionnels pour créyr une agitation en faveur de cette mesure, ce qui prouve qu'à 'ses yeux les Gallois ne sont pas plus disposés à la grève générale que les travailleiu's de Bristol. Ricliardson qui, le 16, avait parlé contre le mois sacré, écrit de Manchester à la Convention pour lui déclarer que le peuple n'est pas prêt à la grève générale-. Dans le même sens, ou peut faire état de la démission de Bailie Craigh qui a signé la résolution Lowrey et qui déclare que, par l'adoption de celte résolution, la Convention s'est suicidée, grave affirmation de la part de celui qui a été le premier président de l'Assemblée. Le 22 juillet. Bronterre O'Brien viendra dire à la Convention-' qu'il a fait dans les principales villes une enquête et qu'il est persuadé que nulle |)arl le peuple n'est prêt. Le témoignage le plus signilicalif est celui de Feargus O'Connor : dans une lettre adressée de Londres le 31 juillet à la Nortliern Star, le grand démagogue se livi-e à une critique vigoureuse de la résolution Lowreyet son ai-ginnentation est d'autant plus intéressante (fu'elle vient de lui '.

Dans cette lettre, Feargus O'Connor explique aux travailleurs les raisons pour lesquelles ils ne doivent pas se laisser eniraîner à la grève générale : « Jamais, dit- il en commençant, je nui eu l'occasion de vous parler d'une question aussi importante, d'une affaire aussi sérieuse. » Tout d'abord, comme il a le sentiment qu'on va lui objecter ses déclarations antérieures, il essaie d'expli(juer son cliangemenl d'attitude à l'égard de la grève générale qu'il a été Tiiu des premiers à |»réconiser. D'ordinaire, il se soucie peu d'être en contradiction avec liii-inèmc ; mais il comprend bien que la

1. Nor/hfrn Slar du 27 juilli'l. LoUio lin' à l.i Convonlioii le 22 juillet.

2. Northern Slar du 21 juillet : il rst |iaili' de la Ifltif di' Hiniiardsoii à la Ciiiivontioii du 22 >'t a •'pIIp du 2i juillil.

;{. \ur/fifirn Slar du 27 juillfl : sitaiici; de la G(juvfiili()n du 22. 4. Sorl/iern Slur du 3 anùt : To l/ie trorking millions.

contradiction, étant lro|) rapprochée, est ici trop llagrante, impossible à escamoter aux yeux du pul)lic cliarliste : il convient donc de se justifier en accusant les autres. Aussi rejette-t il sin- Mr. .Vtwood la responsabilité de la vogue qui s'est attachée au mois sacré : « C'est une inspiration de Mr. Atwood. En rautomne de lcS37, Mr. Sait lit un voyage à Manchester et dans d'autres villes, avec l'intention de tàter l'opinion publique sur ce projet. A Manchester, les leaders lui dirent qu'avant de se hasarder à lui répondre ils désiraient consulter Feargus O'Connor. Je m'y rendis... Je dis que c'était un projet fallacieux; je parlai ensuite ii un meeting public ; j'exprimai mon opinion en ces termes : « C'est un projet extravagant enfanté par l'esprit visionnaire de Mr. Atwood pour réduire les travailleurs par la faim ' en chifibus de papiermonnaie. Cependant je ne fais point d'objection à un essai de cette expérience si toutefois les riches qui l'ont suggérée sont prêts à déposer entre les mains des comités soit de l'argent, soit des vivres pour la durée de la grève; si Mr. Atwood et tous les banquiers refusent de faire des escomptes pendant ce temps, si les marchands refusent de recevoir les produits en consignation, si les maîtres refusent de vendre et les ouviiers de travailler. J'exige ces conditions afin d'égaliser les soufTrances qui lésulleront dune crise dont les conséquences doivent èti'e bienfaisantes pour tous : mais je ne pense pas qui] puisse être permis à Mr. Atwood de continuer son commerce tandis qu'une garnison, mourant de faim, supporte tout le feu de la bataille, alors que le succès n'apportera à celle-ci qu'un surcroît de soidirances. » Ces seniiments, qui rencontrèi'ent une vive approbation, bannirent de l'esprit de Mr. Sait tout espoir de réussite. » Feargus reconnaîtavoir fait partiedu comité de laConvention qui s'est occupé de cette question ; mais, d'après lui, ce comité était unanime à réserver la grève générale pour le cas où le gouvernement attaquerait le peuple pendant l'exécution des autres mesures, et à penser que le peuple serait le meilleur juge de l'époque, du jour et de la nécessité de la grève ^ Poursuivant cet historique, Feargus arrive à la journée du 3 juillet et dit à propos de cette séance : « La question fut de nouveau introduite par Peter Bussey dans un amendement à la résolution du docteur Taylor. Je m'opposai à

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