‹ L'évolution du Chartisme, 1837-1839Chapitre 58 sur 65 · Le vote de la résolution Lowrey · texte numérisé non relu

Le vote de la résolution Lowrey

on a quelque étonnemenl du bon sens et de riiabilelc de Biontorre; celui-ci ne propose pas d'annuler le vote antrriourde laConvenlion, mais seulement d'en réserver la publication el i)ar là il ménage la susceptibilité et Tamour-propre de ceux qui Tout émis ; en même temps, il permet à la Convention de lair(> une savante volte lace sans avoir l'air de tourner sans cesse au souille mobile des discours.

Bronterre présentera une résolution qui ne rescindera pas le vote antérieur et qui sauvegardera en apparence la dignité de la Convention. Bronterre va déclarer la Convention incompétente pour prendre une décision définitive et, par ce procédé, il semble que ce soit plus un scrupule démocratique que ses incertitudes et la crainte des responsabilités qui dictent à la Convention son changement d'attitude ; les Conventionnels ne paraissent pas avoir changé d'avis sur la grève générale qu'ils recommandent en termes enlhousiates; mais ils posent au peuple la question de savoir si le moment en est venu.

« La Convention continue à être unanime à penser (pie seule une grève générale par la cessation du travail à travers tout le pays pourra rendre aux classes laborieuses leurs droits et libertés; mais nous ne j)oiivons pas néanmoins prendre sur nous la l'esponsabililé de fixer l'époque ou les circonstances d'une telle grève, parce que nous croyons que nous sommes incompétents poiii' le faire et cela pour les raisons suivantes :

1" Parce que l'assemblée a été considiMablement diminuée par la désertion, l'absence et les arrestations arbitraires d'un grand nombre de Conventionnels ;

■â» Parce que, parmi ceux qui restent, il existe une graiule diversité d'opinion en ce qui conceriK; à l'heure actuelle la possibilité d'une grève gi'uérale, étant (loiiné la situation industrielle dans les districts manufacturiers ;

3° J>arce qu'il semble exister une semblable divers! t(' d'opinion, au dehors, parmi nos commettants et b's membres des classes laborieuses ;

4' Parce que, étant donné ces circonstances, il est plus que douteux que l'ordre de grève générale, «'mis |)ar la Convention, puisse être obéi d'une façon générale et il est probabh; cpie la grève coudiiirait à une banquei'oute ;

5*^ Parce (pie, bien (jue nous soyons fernieiiiciit persuadés (pie la grève générale sera le salut du payS; nous sommes en même temj)s

é^'alemeiit convaincus quime grève partielle aurait seul. Miieiit pour effet (l'imposer les privations et les soufTi-ances les plus amures à tous ceux qui y prendront part; et, dans la situation actuelle, dans l'état d'exaspération des sentiments public, il n'est pas improbable qu'elle conduise au désordre et à l'anarcbie ;

0" Parcequè, bien qu'il soit du devoir de la Convention de prendre part à tous les dangers (|ue court le peuple, il ne fait pas cependant partie de notre devoir de créer sans nécessité des dangers j)our nous-mêmes ou pour les autres : en créer pour nous-mêmes serait une folie ; en créer poui- les autres sei'ait un crime ;

1" Parce que nous croyons que le peuple lui-même est le seul juge de son dioit et de ses propres ressources en même temps qu'il est seul juge de savoir s'il est prêt à la grève et s'il est capable de faire face aux événements qu'une telle entreprise peut provoquer :

Pour toutes ces raisons, nous décidons qu'une commission de ti'ois membres sera nommée pour examiner à nouveau le vote du 16 juillet et remplacer ce vote par une adresse qui laissera au peuple lui même le soin de décider s'il veut ou s'il ne veut pas commencer le mois sacré le 4-2 août; celte adresse expliquera aussi les raisons qui ont décidé la Convention à adopter une telle altitude et afî'irmera que la Convention s'engage à coopérer avec le peu|)le dans toutes les mesures, quelles qu'elles soient, qui lui paraîtront nécessaires pour sa sécurité et son émancipation. »

Le a juillet, le vote sur la motion de Brou terre est ajourné et il n'a lieu que le :24. Robert I^vvrey maintient son vote antérieur; il reste partisan de commencer la grève générale le l'a août ; et il prétend même que ses commettants — Lowrey est délégué de Newcastle — désirent une date plus rapprochée. Au contraire Fletcher, avec ïvowrey l'un des membres les plus influents de la majorité du 16, dit que les» i-aisons qui avaient déterminé le vote étaient loin de !)rouver suffisament que le peuple fût préparé ». Il affirme que ses commettants sont prêts; mais son devoir est de veillera ce qu'ils ne soient pas sacrifiés à une grève partielle. Neesom déclare que le peuple est mieux préparé que ses leaders. Douze Conventionnels votent pour la motion Dronterre, six contre et sept s'abstiennent'.

1. Pour : Buius. C.iipeuter. Hetlieniii'toii. Kiiox. O'Comior. OBricii, Pitkeitlil.v, Smart, Skevin-^toii, Taylor de Roolidale. Woo'Jliouse et Cleave. Cuutre : Lowivy, Mealiiiir. Marsdeu. Neesoni, Osboriie, Wolstouclioline. L'attitude de Fearis'us. «laiis cette séance du 24 où il vote la résolution de Brouterre, est bieu moins nette et franclie que celle du maître d'école du cliartisme.

Parmi les irréductibles partisans de la grève générale inimédiale nous rencontrons naturellemonl : Neesom, Marsden, Méaling, Osborne, Wolsloneliolnie et Ilobert Lo\\ rey qui, si l'on en croit O'Connor, va bientôt cbanger d'opinion et comprendre le danger de sa résolution. Parmi les sept al)slenlionnisti's, se trouvent phisieurs délégués (jui loi'maient la majoi'ilé du 16, par exemple le D' Flelcber. Skevington. (|ui avait donné sa voix à la résolution Lowrey pour ne pas toujours voter comme son collègue Smart, ladonne celte fois à la proposition de Bronlerre sans doute pour ne pas toujours voter contre lui.

Le vote du 24 réunit le môme nombre de Conventionnels que celui du 1(5; mais cette fois les propositions sont i'tuivers(''es : sui* les treize voix qui formaient la majorilé précédente, Bronterre en a détaché sept. Cependant, voyant que sa résolution n'a pu gi'ouper parmi les conventionnels présents une « claire majorité », le maître d'École du Cbartisme propose que ni la résolution oi'iginelle ni sa propre résolution ne soient considérées comme votées. Mac Douait seconde cette motion. Mais, sur une observation de Feargus 0' Connor qui proteste « contre cette façon frivole et captieuse de traiter les questions qui inléressent les droits du peuple »,Bion terre vtMit retirer sa motion. Sur([uoi le démagogue irlandais présente un amendenumt qui porte de trois à cinq le nombre des membres de la conunission '; « et, dit-il, pour i)i'Ouver sa sincérité, il désignerait le D' Fletcher, Mealing et Lowrey, trois de ceux (jui ont voté [le 1B juillet I pour la date du 12 août, trois liommes en qui le pays et la Convention ont confiance ». Et, grâce à cette nouvelle habileté, Feargus O'Connor, après avoir du reste prononcé un discours dont rii(»iinète Fletcher déclare qu'on n'en peut rien conclure ni dans un sens ni dans l'aulre, pourra se faire lionneiir d'avoir amené à une conclusion une séance un peu confuse. Secondi' par lui, Osborne propose que la commision soit noninn-e au s( iiiliu secret; le vote a |)Our résultat l'élection de Feargus O'Connor, de Bronterre O'Brien, du D"" Fletcher, de Lowrey et de Neesom. soit deux partisans et deux adversaires de la grève générale, et un des abstentionnistes.

En réalité, dans cette commission, le seul Neesom devait être encore favorable à la grève générait'. Fletcher, par son

i. La C-ommissinii (jue la résolution BioiitiTif avait pioposé de iiomiiuT.

ahstention, prouve que sa religion est éclairée et qu'un revirement sest déjà produit dans son esprit ; et la lettre de Feargus O'Connor à la XorlJiern Star x\o\\<, apprend cpie Robert Lowrey a changé d'avis le 31 juillet ; cette conversion a eu lieu sans doute entre le '24 et le 31 juillet, sous Tinfluence de son collègue au comité Bronterre OBrien : celui-ci sut démontrer à cet homme, aveuglé par sa sensibilité, mais profondément sincère, qu'il allait par son intransigeance précipiter le peuple dans une aventure pleine de périls et, faisant appel à sa raison, il put convaincre cet amant exalté de la démocratie des dangers qu'il allait faire courir à son idole et lui faire entrevoir des soulTrances accrues par un échec presque certain.

Maintenant que Bronterre a eu le courage de réagir contre l'entraînement auquel s'étaient abandonnés les conventionnels, maintenant surtout qu'il a donné à l'assemblée le moyen de présenter auxChartistes sa volte-face comme un hommage à la souveraineté populaire, Feargus, lui aussi, ne redoutait plus d'affronter l'opinion publique et de déclarer ouvertement qu'il avait toujours été opposé à une entreprise aussi téméraire. Il mettait d'autant plus dardeur à affirmer son opinion personnelle et à prodiguer ses conseils qu'il avait mis plus de lenteur à vaincre ses scrupules et à découvrir son sentiment secret. Aussi va-t-il user de toute son influence pour transformer en une manifestation inoffensive, en un « holiday » d'un jour ou deux, un projet aventureux ; il fait agir en ce sens la Northern Star, dont l'éditorial du 3 août s'exprime ainsi : « Nous le répétons, après les plus sérieuses réflexions, notre intime conviction est que toute tentative pour provoquer le mois sacré, avant que tous soient armés, peut tout ruiner. Le pays n'est pas prêt : l'état de préparation n'est pas suffisant ; il n'existe parmi le peuple ni propre ni adéquate organisation ; les travailleurs ne sont pas cai)ables d'agir de concert et avec un parfait accord ; il n'y a pas un dixième des démocrates qui possèdent les moyens de légitime défense ; il n'existe aucune communauté d'opinions ni en ce qui concerne la nécessité de cette mesure, ni en ce qui concerne la possibilité d'exécuter cette entreprise'. » La Northern Star a pris soin de n'écarter la grève générale qu'en faisant luire aux yeux de ses lecteurs, comme condition du mois sacré, une

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