‹ L'évolution du commerce dans les diverses races humainesChapitre 112 sur 145 · IV. De la monnaie · texte numérisé non relu

IV. De la monnaie

L'invention de cette monnaie, qui a vulgarisé le prêt à intérêt, fut assez tardive; quoique, sur ce point encore, les Grecs aient devancé les autres races. Un passage de Pausanias affirme très nettement Texistence d'un âge prémonétaire dans la Grèce protohistorique : « Après la mort du roi Polydore, dit-il, sa femme vendit sa maison un certain prix, qui fut payé en bœufs ; car alors on ne connaissait ni l'or, ni l'argent monnayé ; le commerce consistait en un échange réciproque des choses nécessaires à la vie et ce que Ton avait acheté, on le payait en bœufs, en esclaves, en un morceau d'or ou d'argent tout brut et nullement affiné. Encore aujourd'hui, ceux qui vont aux Indes y portent des marchandises de Grèce pour en rapporter de celles des Indes ; on ne se sert point d'espèces monnayées, quoique le pays abonde en mines d'or et de cuivre (2) ». Dans la Grèce homérique, l'or est déjà une substance employée, comme monnaie, mais il n'est pas frappé en pièces ; c'est au poids qu'est appréciée la valeur de ses hngots. Ce qui alors tient surtout lieu de monnaie, c'est le gros et le menu bétail : le bœuf et le mouton. Dans les jeux funéraires, célébrés à

(1) Politique. Liv. I. eh. IV, 23.

(2) Pausanias. Liv. III, eh. XII.

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l'évolutio?^ ou commerce

Toccasioade la mort de Pairocle, Achille offre, comme prix^ « une longue lance et un vase neuf et orné, du prix d'un bcBuf » (1). Mais il est à croire que la prétendue monnaie appelée « bœuf » (pooç) n'a jamais eu de réelle existence ; c'était ime unité idéale de valeur. Dans TAitique, la vraie monnaie métallique n'a été employée que du temps de Solon. En effet ce législateur convertit en valeurs monétaires les amendes jusqu'alors évaluées en bétail, comme le voulaient les lois de Dracon. Cinq drachmes équivalaient alors à un bœuf et un drachme à un mouton, La valeur d'un mouton représentait donc à cette époque le cinquième d'un bœuf (2) et l'un et l'autre étaient à très bas prix.

La monnaie de fer, usitée à Sparte, dut être une survivance des monnaies primitives en métal. Elle circula d'abord en lingots, puis en disques, pesant, chacun, une livre d'Egine, mais ne valant qu'une demi-obole; car on avait eu soin d'allier au fer une substance, qui le rendait impropre à tout autre usage. La loi de Sparte interdisait aux citoyens de posséder des métaux précieux ; la seule monnaie en circulation était donc la monnaie de fer ; mais elle servait seulement d'appoint dans les échanges, qui se faisaient ordinairement en nature (3).

Nous voyons, par un passage des Nuées^ que Bysance avait aussi, du temps d'Aristophane, une monnaie de fer : « Par quoi jurez- vous ?Par la monnaie de fer de Bysance ».

La monnaie de cuivre, sans doute un peu moins ancienne, fut aussi en Grèce une monnaie d'appoint, dont le poids était fort irrégulier et il en est ainsi même pour les Chalques d'Alexandre le Grand (4), On signale encore, en Sicile jusqu'au temps deDenys l'Ancien une monnaie de cuivre, dont

(1) Iliade, XXIII.

(2) F. Lenormant. Les monnaies dans Vantiquité, Ti,

(3) Schœmann. Antiq. grecques^ t. I, 316. — Justin, III, 2.

(4) Fr. Lenormant. Loc, cit., 159.

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le rapport à Fargent était 1 à 250 (1). Au témoignage d'Arislote, Denys de Syracuse aurait aussi frappé des pièces d'étaiû (2).

C'est seulement au commencement du vii« siècle avant Tère chrétienne, que la monnaie d'argent fut adoptée chez les Grecs; on en attribue l'honneur aux Lydiens (3) : telle est du moins l'opinion d'Hérodote. L'imperfection des pièces de monnaie grecques tient à ce qu'elles étaient frappées non pas au balancier, mais simplement au marteau, d'où nombre d'accidents de fabrication (4). 11 importe de dire, que la monnaie d'argent ou d'or, la véritable monnaie frappée avec effigie en relief, ne se fit pas de prime saut. Elle fut précédée par la mise en circulation de petits lingots d'un poids fixe, qui eurent cours dans tous les anciens Élats de l'Orient ; mais ces lingots ne devinrent vraiment monnaie que plus tard, quand ils furent revêtus d'une empreinte officielle, qui dispensait de les peser (5).

Dans l'antiquité, les métaux précieux se tirèrent d'abord de l'Orient et l'argent fut dans le principe l'étalon choisi. Los Grecs l'adoptèrent vite et le gardèrent constamment. C'était le métal, qu'ils se procuraient le plus aisément, et, une fois en exploitation, les mines du Laurium en fournirent une masse considérable pour l'antiquité, mais pourtant bien modeste à nos yeux. Ainsi les mines de l'Attique, qui employaient vingt mille esclaves, ne produisaient guère annuellement qu'un million de notre monnaie. L'or était bien plus rare que l'argent; mais il devint graduellement plus commun, d'où une baisse graduelle et relative de sa valeur. Au v*^ siècle avant J.-C., le rapport de l'or à l'argent était de

(Il Fr. Lenormant. loc. ciï., ■! 60.

:•:>) Ibid., 211.

(.S) Ibid., 92.

(4) Ibid., 251.

(5) Ibid, y 90.

treize à un, et, un siècle plus tard, seulement de dix à un (i).

Le système monétaire des Grecs avait pour unité la drachme (0 c. 93 environ), avec des multiples jusqu'à huit drachmes. Les pièces les plus usitées étaient de quatre drachmes. Le statère d'argent valait cent drachmes, c'està-dire une mine ou une livre attique d'argent. Soixante mines faisaient un talent, soit 60 livres d'argent. Les menues monnaies divisionnaires de la drachme étaient aussi •en argent, malgré leur faible poids. C'étaient : Vobole ou un sixième de drachme, puis la demi-obole (2). Enfin on avait euQore des dioboles, trioboles, tétroboles et des didrachmes, tridrachmes, tétradrachmes (3).

On avait donné aux monnaies d'or des poids comparables à ceux des monnaies d'argent sans s'inquiéter de 'la valeur relative des deux métaux. Ainsi le statère d'or (xpvaoO;) valait vingt drachmes d'argent environ et pesait deux drachmes. Enfin les monnaies d'or étrangères avaient libre cours, notamment les Dariques de Perse (4).

Les monnaies grecques, bien connues de tout le monde, portaient ordinairement sur la face une tête de divinité, variant avec le pays, et sur le revers, l'emblème de cette divinité ou un autre emblème allégorique (5). S'agit-il d'une monnaie de confédération, par exemple, delà confédération lycienne ? Alors chaque ville confédérée frappe, au droit de sa monnaie, le type qu'elle a choisi, tandis que le revers porte le symbole de la ligue (6). Le droit de monnayage fut toujours en Grèce un droit d'État. Dans les républiques et même à Sparte où le roi n'était que le serviteur de l'État,

(1) 0. Noël. I, 95-100.

(2) Schœmann. Loc. cit., I, 493.

(3) O. Noël. Loc. cit., i. II, 92-93.

(4) Schœmann. Loc. cit., I, 493.

(b) 0. Noël. Loc, cit., II, 92-93.

(6) F. Lenormant. Loc. cit., II, 74.

la monnaie se frappait au nom du peuple. Dans les petites monarchies de la Macédoine ou de la ,Thrace, les rois mettaient leurs noms sur leurs monnaies ; ce que n'osèrent jamais faire les tyrans helléniques, qui pourtant osèrent tant de choses (1). Enfin le droit de monnayage fut parfois reconnu exceptionnellement à des corps reUgieux, h des temples, qui utilisaient ainsi leurs trésors (2). Alexandre lui-même respecta le droit de monnayage ; sans doute il se créa une monnaie d'Empire à son nom et à son type, mais il s'abstînt de le faire dans les cités helléniques (3), évidemment pour ne pas froisser inutilement les sentiments républicains des populations grecques.

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