CHAPITRE XVII
Lb COMMERCE A KOUK
Sommaire
I. L'opinion des Romains sur le commerce. — Dédain du commerce. — Ce qu'en pensait Ménénius. — Appréciation du commerce par Cicéron. — Un article du Code de Justinien. — II. Le pe lit commerce. — Les échanges directs entre les patriciens. — Les marchés et leur spécialisation graduelle. — Les boutiques et leur groupement par rues. — Les marchands ambulants. — Les esclaves marchands. — Les affranchis marchands. — Les collèges de marchands. — L'esprit conservateur des boutiquiers. — Les chevaliers et les affaires. — Les fermes et régies publiques. — III. Le grand commercé. — Rome, centre commercial. — Le protectionnisme romain. — Les portoria, — Les foires. — Le commerce des blés. — Le commerce maritime. — Traité de commerce avec Carthage. — Extension du commerce sous l'Empire. — Le commerce par terre et les voies romaines. — Commerce avec l'Orient. — Mœurs mercantiles et luxe effréné.
— IV. V industrie à Home. — Le commerce des esclaves. — L'industrie d'abord familiale. — Métiers méprisés. — Les corporations d'artisans. — Les affranchis artisans. ~~ Location du travail servile. — Les artisans étrangers. — La centralisation impériale. — Les ouvriers fonctionnaires.
— La question sociale résolue par en haut. — V. Les dettes et Viniérêt.
— Les droits du créancier d'après la Loi des douzcs tables. — Les emprunts dans la Rome protohistorique. — L'usure de Caton. — Le banquier au temps d'Horace. — Le taux légal de l'intérêt. — La baraterie des chevaliers publicains. — VI. La monnaie. — Les monnaies vivantes, capitale et pecunia. — Monnaies de cuivre. — Origine de la monnaie d'argent. — Système des monnaies romaines. — Monnaies républicaines et monnaies impériales. — Les fausses monnaies des empereurs. — Les lettres de change et les banquiers. — VII. Vévolvtivn commerciale à Borne.
I. L'opinion des Romains sur le commerce. J'ai maintenant à décrire ce qu'a été le commerce à
Rome ; mais Rome n'a pas toujours été semblable à ellemême. Entre la Rome primilive, celle de Romulus, et la Rome impériale, la différence est grande. A vrai dire, ce qui caractérise Rome, c'est surtout d'avoir été une puissance militaire, un Etat de proie ; mais elle avait commencé par n'être qu'un pelit pays pastoral et agricole. L'une et l'autre de ces phases sont assez peu favorables au commerce et surtout elles inspirent, pour lui, une médiocre estime. Ce qui longtemps lut en honneur à Rome, parmi les métiers paciûques, ce fut l'agriculture et c'est là un trait commun à la plupart des nations de l'antiquité, parmi lesquelles un peuple de marchands, comme les Phéniciens, constitue une exception. Pour Rome, dont le principal métier fut celui des armes, le soldat passait avant tout : et le vieux Ménénius exprimait une opinion générale en disant tranquillement au Sénat : « Nous avons besoin de soldats et non d'artisans, de mercenaires : les vaincus travailleront pour nous ». Cicéron, qui professa toutes les opinions ayant cours dans les classes riches et convenables de son pays et de son temps ; Cicéron, aux yeux de qui les riches étaient en même temps et de par leur fortune des gens de bien, boni ho7ntneSj m.éprise surtout les petits métiers et les petits commerces, ceux où l'on gagne peu d'argent : <r On réprouve, dit-il, d'abord les métiers, qui encourent la haine publique; ainsi les péagers et les usuriers. On tient pour vile et indigne d'un homme libre la profession de mercenaire, dont on paye le travail et non le talent. Le salaire de ces hommes est comme le prix de leur servitude. Acheter aux marchands pour revendre sur le champ est une industrie tout aussi basse ; on n'y gagne qu'à force de mentir. Or rien n'est plus honteux que la fausseté. Tous les métiers d'artisans sont avilissants ; jamais une boutique ne pourra renfermer un homme libre. . . Le commerce, fait en petit, est une occupation vile ; mais, s'il se fait en grand, s'il verse l'abondance en faisant circuler d'une contrée dans
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a ne autre ua grand nombre de produits à des prix raisonnables, alors il ne mérite plus cette condamnation sévère » . il& qui semble surtout respectable au grand orateur romain, c est le négociant, «rassasié de gains» , qui se retire dans ses riorniiines à la campagne ^1). En résumé, pour Cicéron, le commerce est respectable, quand on y gagne beaucoup d'argent. Mais selon lui, la meilleure, la plus digne manière de s'enrichir, c'est l'agriculture. (2)
Tette opinion cicéronienne était aussi l'opinion légale de Rume ; puisqu'une loi interdisait le trafic aux sénateurs (3), et, pubque, même dans le Code de Justinien, on lit encore ceci : « Défendez aux grands d'exercer une industrie, afin que les plébéiens puissent s'enrichir plus aisément ï> (4). Mnh l'histoire romaine nous apprend trop bien que ce beau dédain pour le trafic et les affaires fut d'assez bonne heure tout de parade et nous allons voir en étudiant le commerce et rindustrie à Rome, que l'amour du lucre n'y était pas précisément une exception.