‹ L'évolution du commerce dans les diverses races humainesChapitre 117 sur 145 · IV. L'industrie à Rome · texte numérisé non relu

IV. L'industrie à Rome

11 est une des branches commerciales de Rome et des plus importantes, que je dois me borner à signaler en passant ; car je m'ensuis longuement occupé dans un autre ouvrage ; c'est le commerce des esclaves. On sait que la piraterie et surtout la conquête avaient déversé sur les marchés de Tltalie et de Rome des populations entières (3). Les légions, qui recevaient ces flots de captifs pour leur part de butin, en taisaient immédiatement trafic, parfois pour des prix dérisoires, quand la marchandise surabondait. Dans le camp de LucuUus, nous dit Plutarque, on vendit des hommes pour quatre drachmes (3 fr. 50). Aussi, à Rome, le travail industriel commença-t-il par être exclusivement servile et il le resta toujours dans une large mesure. Comme le commerce,

(1) 0. Noël, hoc, cit., I, 55.

(2) /6id.,85.

(3) MoreauChistophe. Broif à Voisiveté^ 151.

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l'industrie romaine fut d'abord très limitée, restreinte aux besoins réels des familles et de la cité. La guerre et l'agriculture étaient les seules occupations réputées nobles. Les métiers manuels étaient méprisés ; on commença même par les interdire aux citoyens (1). Ces métiers étaient laissés aux familles non citoyennes, aux équivalents des métèques d'Athènes (2). Au dire de Sénèque, « c'est aux plus vils esclaves, qu'appartient l'invention des arts... La sagesse dirige les âmes... Elle ne forme pas les mains au travail. .. Elle ne fabrique pas d'ustensiles pour les usages de la vie » (3).

On sait assez ce qu'on entendait à Rome parle mot/amelia ; ce terme désignait ce qui était sous la tutelle et la Aépendance d'un pa/er/am/Zî'as : lafemme,les enfants, les esclaves. Or toute famille riche s'efforçait de se suffire à ellemême. Elle avait chez elle son moulin à blé, son four, son atelier de tisseranderie, ses outils, ses ustensiles usuels et des esclaves pour s'en servir. On s'habillait avec des étoffes fabriquées à la maison môme. Auguste tint encore à singer ces vieilles mœurs par ostentation de simplicité (4). Dans les grandes familles, même les objets de luxe furent longtemps l'ouvrage d'esclaves artisans, habiles dans tel ou tel métier. Ainsi un tombeau, celui des serviteurs de Livia Augusta et des Césars, porte de nombreuses inscriptions funéraires consacrées à des esclaves brodeurs, doreurs, ciseleurs, peintres, architectes, sculpteurs (3). Pour une grande famille, c'était un point d'honneur de produire ellemême tout ce dont elle pouvait avoir besoin.

Mais peu à peu il se constitua une classe prolétarienne, à la fois libre et sans autre ressource que son travail journalier. Sous Numa Pompilius, cette classe existait déjà,

(1) Wallon. Hist, de V esclavage dans V antiquité, II, 40.

(2) Ibid.

(3) Noël. Loc, cit.,1, 5L

(4) Moreau Christophe. Loc. cit,, 206.

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mais elle devait être composée surtout de plébéiens ; puisque le roi la distribua en catégories d'artisans, qui bientôt s'organisèrent et formèrent les premières corporations, les ipremievs métiers (1). Quand la population servile grossit énormément par suite des victoires romaines, le nombre des afifranchis (liberti) devint énorme. Beaucoup de ces affranchis restaient clients de leurs maîtres et vivaient de la sportule ; mais d'autres, qui déjà avaient été avant leur libération des artisans serviles, devinrent simplement des artisans libres. En outre^ l'attraction exercée par la grande capitale amenait à Rome quantité de prolétaires, qui espéraient y trouver une existence facile. Dans cette classe si mêlée de gens sans ressources, ceux, qui avaient droit aux distributions gratuites de blé, etc, pouvaient vivre en travaillant fort peu ; mais les autres devaient forcément louer leurs hras. Ces bras à louer abondaient donc à Rome ; seulement ils y rencontraient une concurrence redoutable, celle des bras serviles, que les maîtres donnaient en location pour en tirer profit (2). La spéculation sur le travail des esclaves avait commencé de bonne heure ; puisque Caton l'ancien le type du praticien rapace, prêtait à ses esclaves des capitaux, avec lesquels ceux-ci achetaient d'autres esclaves, qu'ils dressaient à divers métiers, puis revendaient avec un beau bénéfice dont une large part était prélevée par le vertueux Censeur (3).

Les esclaves habiles à exercer un métier étaient exploilés de deux manières : ou les maîtres les louaient à tant la journée, ou bien ils les faisaient travailler à leur bénéfice dans un atelier industriel, fondé à cet effet. Par la simple location de ses esclaves, un maître en retirait un bénéfice annuel de 30 à 40 0/0, à une époque où le taux de l'intérêt

(i) Duruy, etc., Loc. cit., 603.

(•^) Moreaii Christophe. Loc. cit., 495.

(3) ]bid., 224.

n'était plus guère que de 12 à 16 0/0. En cinq ou six ans, un esclave ainsi exploité était plus qu'amorti ; il avait ordinairement rapporté à son maître une somme double de son prix d'achat (i) ; aussi les grands de Rome avaient-ils pris l'habitude d'affranchir au bout de six ans l'esclave honnête et laborieux (2) . Or ces affranchis allaient le plus souvent grossir le nombre des artisans libres, parmi lesquels figuraient ausâi beaucoup d'étrangers admis à domicile (3). — Toute cette masse de manouvriers de provenance diverse se répartissait en corporations, en collèges, àoni les origines légendaires remontaient à Numa : il y avait des collèges de joueurs de flûte, de fondeurs en or, de forgerons, de teinturiers, de cordonniers, de corroyeurs, de potiers (4).

Cet état de choses se transforma graduellement au fur et à mesure de l'épanouissement du pouvoir impérial etdes progrès de la centralisation. Théoriquement au moins, l'empereur devint Tunique moteur de tous les rouages sociaux; il fut le grand juge, le grand général, le grand administrateur, enfin l'unique producteur en ce sens que tout le travail releva de sa sérénissime personne (5). Les guerres, qui si longtemps avait alimenté la population servile, étant devenues de plus en plus rares, les plébéiens ne se portaient plus vers les légions. En même temps le travail n'était plus méprisé ; les empereurs le couvrirent même de leur haute tutelle et lui accordèrent desimmunités,des faveurs (6); mais en l'asservissant à l'Etat. Finalement le travail finit par être érigé en service public ; on l'organisa en corporations ou fabriques impériales ; les ouvriers devinrent des fonctionnaires et l'Etat ne se gêna point pour prendre aux.

(1) Moreau Christophe. 223

(2) md., 2-^3.

(3) Ibid., 192.

(4) Wallon. Loc.cit,, II, 11.

(5) Moreau Christophe. Loc, ce7.,268.

petits ateliers restés libres les artisaQS, dont il avait besoin pour combler les vides de ses vastes ateliers publics (1). La question sociale se trouva donc ainsi résolue, mais de la mauvaise manière, par en haut, despotiquement et monar- -chiquement. L'histoire du Bas-Empire et de sa lamentable décadence a prouvé expérimentalement, que cette méthode impériale n'est pas à imiter.

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