‹ L'évolution du commerce dans les diverses races humainesChapitre 123 sur 145 · IV. Celtes et Gaulois · texte numérisé non relu

IV. Celtes et Gaulois

Les populations celtiques et gauloises étaient plus avancées en civilisation que les Slaves et les Germains de la protohistoire ; c'est qu'elles étaient sédentaires et agricoles depuis plus longtemps ; c'est aussi que, par le littoral de leur pays, elles avaient eu, bien avant les autres barbares de l'Europe, des relations avec des étrangers plus civilisés, notamment avec les Phéniciens et les Grecs. Les Celtes, qui avaient le mieux conservé la rudesse première, étaient les populations de l'île de Bretagne, du moins celles de lïnté-

(1) Tacite. Gei*mania.

(2) Ibid. XXVI.

(3) Ibid.

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rieur. Mais le commerce ne leur était point étranger ; ces Celtes bretons exportaient des esclaves, des chiens de chasse excellents, qu'ils employaient aussi à la guerre, du bétail, du blé, de l'or, de l'argent, du fer (1), de l'étain. Au contraire, le cuivre leur était apporté du dehors. Ce métal, et aussi le fer et Tor, leur servaient de monnaie ; mais on ne les employait qu'en lingots marchands, en plaques, dont le poids seul déterminait la valeur (2).

Les Celtes d'Irlande, contemporains de César, mais que le conquérant n'a pas connus, avaient sûrement des mœurs analogues à celles de leurs voisins de la Grande-Bretagne. Nous savons que, plus tard, l'Irlande médioévale et indépendante avait encore conservé des coutumes fort primitives, notamment celle du jeûne (la veillée dharna de Tlnde) pour amener à résipiscence un débiteur ou un créancier haut placé et faisant la sourde oreille : « Quiconque, dit le Senchus Mor, ne donne pas un gage à celui qui jeûne est un être sans conscience » (3). Dans cette Irlande d'autrefois, le créancier pouvait encore saisir non seulement tout ce que possédait son débiteur, mais même Tavoir des membres de sa famille (4).

11 est probable qu'en Irlande, le bétail jouait le rôle de monnaie; car la quantité, qu'on en pouvait posséder, mesurait la richesse et les chefs plaçaient leur bétail en cheptel chez leurs subordonnés pauvres, exactement comme on place de l'argent à intérêt. Ce placement se faisait pour sept années et il mettait l'emprunteur personnellement sous la dépendance du prêteur. L'intérêt du bétail ainsi prêté était représenté parle croit, les petits, et par les engrais (5); or, ce profit naturel équivalait à un taux moyen de

(1) Strabon. Liv. IV, ch. V, par. 2.

(2) J.-César. De Bello gallico. V. XII.

(3) H.-S. Maine. Institutions primitives. 52-54.

(4) Meyer et Ardant. Question agraire, 132.

(5) H.-S. Maine. Loc, cit., 197-199.

33 0(0 (1). Il est vrai qu'au bout de sept ans, le tenancier devenait propriétaire du bétail prêté ; mais alors le bailleur en avait touché environ deux fois la valeur. Dans cette coutume encore, nous retrouvons l'idée primitive de la non perpétuité de l'intérêt ; surtout nous y voyons comment il a pu, comment il a dû débuter dans les sociétés surtout pastorales ; car le bétail, capital vivant, croissait de lui-même et donnait ainsi au prêteur Tidée de réclamer ce croît comme un revenu légitime.

On sait que la population de l'ancienne Gaule et même de celle de la Gaule actuelle n'avaient et n'ont rien d'homogène; cependant la race celtique en a fourni la portion moyenne et aussi la population de la haute Italie. Aujourd'hui encore, les Belges de César, c'est-à-dire des Celtes quelque peu germanisés, occupent toujours la région gauloise du nord et les Aquitains, apparentés aux Basques et peut-être aux Berbères d'Afrique, peuplent, comme autrefois, la partie méridionale. Il est probable que, dans l'antiquité, les anciennes mœurs des Belges et des Celtes se rapprochaient fort de celles des Bretons insulaires. Leurs maisons, couvertes de chaume, étaient construites en planches et en claies d'osier. Leur bétail était très abondant, comme en Irlande ; mais surtout le menu bétail : les moutons et les porcs (2). Les Celtes gaulois cultivaient du blé et du millet (3). Ceux de la Cisalpine possédaient aussi d'immenses troupeaux de porcs et des champs de millet, céréale rustique qui brave les intempéries. Déjà commerçants et artisans, ils fabriquaient et vendaient des étoffes et des tapis estimés, etc. (4). A l'époque de Strabon, les Aquitains avaient fondé sur la Garonne un important entrepôt, un emporium nommé Burdigala (S).

(1) Meyer et Ardant. Loc. cit., 129.

(2) Srabon. Li? IV, eh. IV, parag. 3

(3) Ibid., parag. 2.

(4) fbid., Liv. V, eh. I, parag. 12. ^ (5; Ibid.. L. IV,ch. II, parag. 1.

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La Province proprement dite, la Province romaine, civilisée et industrialisée par Marseille, ne le cédait guère aux Romains, quand elle fut annexée et proclamée partie intégrante de la République en 118 avant J.-C. Alors elle exportait dans le reste de la Gaule des tissus de laine, des armes, de la poterie. Ces marchandises, transportées à dos de cheval, arrivaient ainsi jusqu'à Vannes où on les embarquait pour les Iles Britanniques. En retour, Marseille recevait des pelleteries, des esclaves, des chiens de chasse, etc. (1;. Narbonne d'abord et, après la conquête romaine^ le Ge7iabxim des Carnutes (Chartres) furent les deux plus célèbres entrepôts de la Gaule romanisée, civilisée et mercantilisée.

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