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VI. — La conquête germaniqtbe

L'industrie, le commerce, l'influence de Marseille et de Ja Province romaine, surtout l'affinité avec les Celtes latinisés de la haute Italie^ tout avait préparé la Gaule à accepter la civilisation romaine ; aussi, après la conquête, l'assimilation s'opéra-t-elle rapidement et, lors de l'invasion germanique, la Gaule n'était guère au point de vue politique, administratif^ industriel qu'une seconde Italie. Elle avait ses ateliers d'État, ses collèges ou corporations asservies, etc. Personne n'y était libre : le colon était lié à la glèbe, le curiale à la cité, le marchand à sa boutique, l'artisan à sa corporation et nul n'avait le droit de quitter sa fonction (1).

(1) A. Tourmagne. Histoire du servage. 108.

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La conquête germanique appesantît encore la dépendance générale. Les collèges et les ateliers d'État disparurent ; à leur place le servage se généralisa ; partout la civilisation galloromaine déclina (1). Les artisans subirent le sort des colons ;: ils furent confondus avec le domaine rural et travaillèrent, pour leurs maîtres, pour les seigneurs, pour les abbayes, aux mômes conditions que les serfs. Les conquérants barbaresconservèrent pourtant le cadre extérieur de la société, surtout la rapace organisation du fisc, savamment établie par le Bas-Empire. Les taxes douanières continuèrent à être affermées comme auparavant (2) ; elles paraissent avoir été uniformément de 2 1/2 0/0 ad valorem et avoir frappé seulement les marchandises transportées pour le commerce (3). Mais les péages intérieurs doublaient les taxes douanières ; on les percevait au passage des rivières et sur les ponts. Les villes avaient établi des octrois à leurs portes et elles en grevaient même les marchandises, qui ne faisaient que* transiter. Mais tout cela était d'origine romaine à ce point qu'aux 111® siècle les empereurs avaient dû interdire aux villes d'instituer sans autorisation de nouveaux octrois (4).

Peut-être faut- il attribuer au fisc germanique certainestaxes raffinées, qui se percevaient à la fin de la période mérovingienne, savoir : un impôt dit pulveraticus, c'est-àdire pour le soulèvement de la poussière des routes ; d'autres dits rotaticus ou temonaticus, c'est-à-dire portant sur la roue d'un chariot ou sur son timon ; un autre sur les bêtes de ^omme ou sau77iaticus '^ un sur le gazon foulé ou cespitaticus ; sur la rive du fleuve côtoyé ou ripa^ ticus (5). En même temps, les souverains barbares, qui, en Germanie, n'avaient pas fait usage de monnaie propre-

(1) Tourmagne, Loc, cU,y 411.

(2) Fustel de Goulanges. Inslit. PoL. etc., 250.

(3) IbicL, !250.

(4) lOid. 259.

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ment dite, en firent frapper alors à leur effigie à Timitation des empereurs. Le premier, qui usa ainsi du droit régalien de monnayage, fut Théodebert, roi d'Austrasie (334-547) ; et il se borna à copier exactement, à son nom, les types monétaires impériaux (1), attestant par là même, que sa prétention était simplement de se substituer en tout et pour tout aux empereurs.

G. Moyen Age.

VU. De la monnaie.

Pour la monnaie, comme pour tout le reste, les princes mérovingiens ne firent donc guère que jouer gauchement le rôle des empereurs ; mais le fait de battre monnaie à leur effigie proclama aussi haut que possible la mort définitive de r Empire d'Occident.

Au Moyen âge, le système monétaire dérivait très visiblement encore de la période plus primitive, où Ton ne connaissait d'autre monnaie métallique que les lingots. Ainsi la livre monétaire représentait réellement dans le principe un poids d'une livre en or ou en argent ou bien un groupe de pièces de monnaie pesant ensemble une livre. Les sous, les sous d'or, si souvent mentionnés dans les Godes germaniques à propos de la tarification des délits ou des crimes, furent d'abord des subdivisions pondérales, des parties aliquotes de la livre ; de môme que les deniers furent ausst des parties aliquotes du sou. Mais le type adopté pour subdiviser la livre varia souvent ; le plus habituel fut de vingt sous pour une livre et de douze deniers pour un sou (2). Dans la Loi Salique le sou d'or commença par représenter

(1) Fr. Lenormant. Monnaies dans Vantiq. t. Il, 452-453.

(2) Cibrario. Economie politique du moyen dge,i. II, 197.

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douze deniers, puis quarante (1). Avec le temps la livre finit par devenir une simple valeur de eonventiôn et alors les sous et les livres varièrent de poids et d*alliage. Au vu* siècle même, le sou équivalait seulement à une somme de douze deniers quelconques (2). En même temps, les monnaies de cuivre, en usage sous l'Empire dans le commerce de détail, disparurent entièrement; il n'y eut plus en circulation que des monnaies d'or, d'argent ou d'un alliage de ces deux métaux précieux. Alors les pièces divisionnaires devinrent très petites, trop petites, et il fallut abaisser le titre de leur alliage. Ainsi une monnaie de Milan, les terzuoli, ne contenait plus qu'un tiers d'argent (3).

Parmi les monnaies médioévales il faut citer la plus estimée, le gros tournois im^^é par saint Louis; il valait un franc six centimes de notre monnaie et se subdivisait d'abord en oboles équivalant chacune à la moitié d'un gros, puis en demi-oboles. Saint Louis fit aussi frapper des deniers d'or appelés agnelets ou moutons parce qu'ils portaient le symbole de tagnus dei (4).

En Italie, les Florentins, après la défaite des Siennois, émirent leur fameux florin d'or pur à vingt-quatre caiats, portant, d'un côté, l'effigie de saint Jean ; de l'autre, le lys de la République. Ce florin^ eut une renommée si grande qu'il fut imité ou contrefait par toute l'Europe (3). La plupart des villes italiennes eurent ainsi une monnaie à leur effigie. Parmi ces monnaies, il faut encore citer le ducat d'or et le ducat d'argent de Venise (6).

La multiplicité des monnaies médioévales compliquait fort les transactions commerciales, surtout parce qu'on avait

(1) P. Viollet Histoire des Français^ 82.

(2) Gibrario. Loc. cit.

(3) Ibid,, II. 198.

(4) Ibid,, II, 201-203.

(5) Ibid., 203.

(6) O. Noël. Loc. cit. I, 275-277.

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toujours à redouter la falsification, des pièces ayant cours ; car, à l'exemple des empereurs Romains de la décadence, les princes du Moyen âge considéraient le faux monnayage comme un droit régalien et l'exerçaient sans scrupule. En 1080^ les ducs de Normandie s'engagèrent solennellement à ne plus altérer les monnaies, si les roturiers leur payaient une rente perpétuelle appelée Mounéage ou Fouage (1). En France, saint Louis réagit contre le passé en faisant frapper sa livre tournois afin de rétablir la pureté des monnaies tant altérée par ses prédécesseurs (2).

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