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VIII. Les dettes et le taïux) de Vintérèt

Après la chute de l'Empire d'Occident et la graduelle transformation des monarchies mérovingiennes ou plutôt gallo-germaniques en Etats féodaux, nombre de vieilles coutumes, que le niveau administratif du Bas-Empire avait voilées ou comprimées, apparurent ou plutôt réapparurent. Ainsi ridée primitive suivant laquelle tous les membres d'un groupe devaient être considérés comme solidaires et responsables des fautes commises par l'un d'eux, devint un principe de droit public, du moins en matière de dettes. Si, par exemple, un citoyen génois était débiteur récalcitrant ou insolvable d'un citoyen de Pise, la commune de Pise délivrait au créancier impayé des lettres de représailles, en vertu desquelles tous les Génois, qui lui tomberaient entre les mains, pourraient être capturés et dépouillés, à moins que la commune de Gênes ne soldât la dette en souffrance. Ce droit de solidarité réciproque était même inscrit dans les statuts de certaines communes ; en cela, les princes n'agissaient pas autrement que les villes ; aussi n'était-il pas rare

(1) E. de Préville. Mém, conce'tm, le comm. de Rouen, t, 1, 100.

(2) Cibrario. Loc. cit., 201-202.

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de voir toute une ville mise en interdit pour la dette d'un de ses marchands (1).

Or, ces cas d'insolvabilité étaient très fréquents, en raison du taux extrêmement élevé de l'intérêt, qui, souvent, se payait par semaine. Le taux ordinaire du Moyen âge semble avoir été de 20 0/0 environ. En 1270, ce chiffre était légal à Modène. En général, on tolérait même un intérêt de 23 0/0(2). A la fin du xiu« siècle, dans le nord de la France, on alla jusqu'à payer deux deniers d'intérêt par livre et par semaine, soit 43 0/0 par an (3). En i430, à Florence, les principaux marchands appelèrent dans leur ville les banquiers juifs, à la condition qu'ils s'engageraient à ne pas prélever plus de 20 0/0 d'intérêt (4).

Ces conditions étaient éminemment favorables au trafic de l'argent; aussi les changeurs, les banquiers, les usuriers pullulaient ils partout. Déjà le simple change était fort onéreux. Uni voulait de Tor devait payer un agio variant de 6 à 14 0/0 (3). En vain, vers la fin du xii® siècle, les pontifes romains condamnèrent-ils le trafic de l'argent ; en vain même des peines sévères furent édictées contre l'usure. On vit un ordre de religieux, celui des Templiers, donner l'exemple de la rapacité, faire métier de prêteur, de changeur, de spéculateur. Au dire de Joinville, durant les expéditions dirigées contre les infidèles, les Templiers se faisaient suivre de caisses spéciales pour recevoir les dépôts. Même une de ces caisses fournit 30,000 livres, qui manquaient pour compléter la rançon de saint Louis (6). L'ordre, qui avait 9,000 commanderies en Europe, en Asie, en Afrique, recevait des dépôts, prêtait, émettait

(1) Gibrario. Loc. cit., I, 443.

(2)Ibid.,U, 263.

(3) 0. Noël. Loc. cil., I, 283.

(4) A. Giry. Hist, de la ville de Saint-Omer, 29G.

(5) Cibrario. Loc. cit., II. 264.

(6) 0. Noël. Loc. cit., t. I, 284.

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des lettres de change et de crédit, jusqu'au jour où Philippe le Bel, soû débiteur, le détruisit avec approbation du Concile de Vienne (1311) (l).

Au Moyen âge, il n'y avait guère de spécialités dans les. diverses manières de trafiquer avec Targent. Les préteurs d'argent faisaient aussi le change, opération des plus importantes et des plus fructueuses ; en même temps, ils servaient souvent d'intermédiaires pour les contrats d'assurance, de vente: toute opération financière leur était bonne.

Sans doute il y eut alors des banquiers de toute origine ; mais pourtant les noms mêmes, qui leur furent donnés, les classent en quelques catégories principales. Ainsi les principaux commerçants d'argent furent les Lombards, les Juifs, et les Cahorsins.

Dans cette éclosion médioévale du commerce de l'argent, l'Italie se sigpala particulièrement, surtout le nord de ritalie, la Lombardie, de sorte que, pour le reste de l'Europe, tous les banquiers d'origine italienne furent confondus sous le nom générique de Lombards, De là vint qu'en France, presque chaque ville eut sa rue des Lombards. Mais Florence ne le céda point aux vrais Lombards et même on en pourrait dire autant de toutes les cités italiennes. Dès le xu'' siècle, il exista en Italie des banques de prêt et de change. En cela, certaines villes se distinguèrent, notamment Asti et Florence. Tous ces banquiers italiens étaient en même temps des prêteurs sur gage et ils fondèrent dans la péninsule une véritable aristocratie financière. A Florence, les Bardi, les Peruzzi, les Frescobaldi ; à Sienne, les Salimbeni jouaient le rôle des Rothschild dans nos sociétés contemporaines. A Florence, quand les Bardi et les Peruzzi firent un« première fuis faillite, ils avaient avancé au roi d'Angleterre une somme totale de 1,363.000 florins, soit

(1) Villiaumé. Econ. pol. I, 210.

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28.357,793 francs (1). On ne distinguait pas les banquiers des autres marchands et à Florence, où ils trafiquaient en pleine rue, ils faisaient partie de la corporation des marchands (2).

A en juger d'après les écrivains du Moyen âge, les Juifs semblent avoir poussé l'usure au delà des limites, pourtant si larges, que tolérait l'époque : « Que Dieu ait pitié de nous, disait Erasme d'Erlach (1487) les Juifs usuriers s'installent maintenant à poste fixe dans les plus petits villages. Quand ils avancent cinq florins, ils prennent des gages qui représentent six fois la valeur de l'argent prêté ; puis ils réclament les intérêts des intérêts et de ceux-ci encore des intérêts nouveaux, de sorte que le pauvre homme se voit à la fin dépouillé de tout ce qu'il possédait (3) ». De ces excès de rapacité naquit un antisémitisme médioéval, beaucoup plus brutal que le nôtre et qui se vengeait par les sauvages représailles que chacun connaît : l'expulsion des Juifs d'un grand nombre d'Etats allemands^ les persécutions, les mauvais traitements, qu'ils eurent à subir en Espagne et ailleurs. On rapporte qu'à York, un Juif opulent, refusant de rendre gorge, on se mil à lui arracher une dent par jour. A la huitième avulsion, il restitua ou abandonna 10.000 marcs d'argent (4). Plusieurs souverains castillans firent remise légale aux Chrétiens d'un tiers ou d'un quart des dettes contractées envers les Juifs (3). Enfin, pour rendre inutile l'intervention des Juifs, des banques nationales se fondèrent un peu partout. La première en date fut le Monte ou le Banco del giro à Venise (1157), remarquable en ce qu'elle créa une monnaie fiduciaire, les lire (jrosse^ subdivisé en vingt wldi de douze deniers. Cette monnaie eut un grand succès,

(1) Cibrario. Loc. cit., t. II, 258.

(2) Noël. Loc. cit., f, 288.

(3) Ibicl , I, ^296.

(4) [bid., 297,

(5) ma,, 298.

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